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De la drag-queen au film Barbie: un retour en force du machisme?

Photo fournie par Pierre Desjardins

Pierre Desjardins, Philosophe et auteur de Regards sur les temps actuels

2023-08-15T04:00:00Z

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Mis à part le côté obligeant de la population vis-à-vis la communauté LGBTQ+, interrogeons-nous sur le sens profond de la popularité actuelle des drag-queens, où la femme est représentée sous ses aspects, disons... les plus aliénants.  

À tous les points de vue, cette image de la femme est incompatible avec celle de la femme moderne, une femme qui se veut libérée de tous ces artifices de séduction loufoques datant de l'époque du burlesque.

Rappelons qu'aux 18e et 20e siècles, il existait aussi aux États-Unis des spectacles de travestis que l'on appelait les Minstrel Show. Ils étaient des spectacles à teneur raciste où des blancs se moquaient des noirs en les imitant autant par la couleur de leur peau que par leurs tenues vestimentaires ou que par leur gestuelle.

Aliénation

Tout comme l'on parle aujourd'hui de racisme systémique, ne peut-on pas voir dans l'acceptation généralisée de cette femme-potiche qu'est la drag-queen l'expression d'un machisme systémique? Alors qu'en Orient on voile la femme pour la rendre inaccessible comme objet de désir, en Occident, on la transformerait en un objet de séduction si insignifiant que toute revendication féministe sérieuse apparaît comme déplacée et non crédible.

Tout comme l'esclave noir qui, dans son état d'aliénation, refusait de briser ses chaînes et continuait à respecter son maître malgré l'abolition de l'esclavagisme, plusieurs femmes, encore aujourd'hui, ne refusent-elles pas de voir l'état d'aliénation dans lequel elles se trouvent enlisées en accordant toujours un grand respect à l'homme? 

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De son côté, le film à la mode Barbie prétend nous illustrer le progrès parcouru par le féminisme depuis 1959. Or, dans ce cas-ci, Mattel, qui a fait fortune avec sa petite poupée charmante et délicate, ne pouvait, comme producteur, jeter son bébé à l'eau et nier les stéréotypes féminins qui lui sont inhérents. En se référant à ces stéréotypes de beauté, le film Barbie servirait en quelque sorte d'entre-deux entre la femme soumise des années soixante qui se devait d'être délicate et de plaire et la femme émancipée actuelle que beaucoup d'hommes redoutent encore. 

Alors que cette dernière se fait, à leurs yeux, toujours menaçante par sa présence grandissante en société et notamment sur le marché du travail, par son look doucereux, la femme-poupée Barbie vient en contrecarrer l'image inquiétante. Sa présence amusante se fait rassurante auprès de milliers d'hommes toujours soucieux quant à leur pouvoir et leurs prérogatives mâles. 

Stagnation du féminisme

Comprenons d'autre part que la drag-queen, polarisée présentement par le mouvement LGBTQ+, ne peut se délester d'une image de la femme possessive et envahissante dont plusieurs de ses membres ont eu à souffrir dans leur enfance et dont ils prennent aujourd'hui plaisir comme travestis à réactualiser avec humour sur scène. Chez Freud, ce genre de phénomène par association s'appelle un transfert d'identification.

Par leurs présences respectives, que ce soit sur scène, sur le grand écran ou à la télévision, en femme douce et charmante ou en femme rétro et vulgaire, les deux se présentent comme domesticables, et cela... au grand soulagement du public! En ce sens, les deux consacrent cependant la stagnation actuelle du mouvement féministe...

Elles le stigmatisent chacune à leur façon en suggérant que tout a été déjà fait en ce domaine et que la femme doit, plus que jamais, être belle et charmante comme à ces époques pour être pleinement émancipée socialement. N'est-ce pas d'ailleurs souvent ces mêmes femmes qui considèrent que les mouvements féministes vont trop loin dans leurs demandes et préfèrent rester dans l'ombre de leur mari? 

Pierre Desjardins, philosophe et auteur de Regards sur les temps actuels

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