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Dangereuses et inefficaces: pourquoi les organismes refusent de donner des tentes aux sans-abri

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD
Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2024-09-23T21:47:13Z
2024-09-24T21:26:55Z

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Malgré la hausse des campements à Montréal, les organismes venant en aide aux personnes en situation d’itinérance ou de précarité n’offrent pas de tentes à la clientèle qui en fait la demande. Ils considèrent qu’il ne s’agit pas d’un endroit sécuritaire pour se loger, même temporairement, ni d’une manière de lutter pour de bon contre l’itinérance.

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Dimanche matin, un incendie a éclaté dans un des plus vastes campements de personnes sans abri de la métropole, à l’intersection des rues Sainte-Catherine et Notre-Dame, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Une cabane en bois construite sur le terrain a été détruite par le feu. Les tentes voisines, elles, ont été épargnées.

«Pendant les grands froids, les canicules, pour se nourrir, se laver ou nettoyer ses effets personnels, les campements ne sont pas des endroits sécuritaires, à Montréal, du moins, étant donné la proximité des tentes, des routes et des bâtiments», explique la vice-présidente des services à la Mission Old Brewery, Émilie Fortier.

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L’hiver, des incendies de chaufferette ou de bougies utilisées pour se réchauffer menacent également la sécurité des campeurs.

Des municipalités de partout au pays tiraient la sonnette d’alarme, en décembre dernier, après une hausse de ces feux.

Hausse de la demande

La Mission Old Brewery, le plus important organisme d’aide aux personnes itinérantes de Montréal, constate depuis l’accélération de la crise du logement une hausse de la demande de tentes et de matériel de dépannage, comme des sacs de couchage et des couvertures.

«Il y a deux ans, les gens étaient capables de consommer, vivre avec des enjeux de santé mentale et avoir un logement», affirme Mme Fortier.

Mais aujourd’hui, les personnes itinérantes qui refusent les services des centres d’hébergement en raison de règles jugées «infantilisantes» ou de la proximité avec des gens «parfois violents ou malades» sont contraintes de se réfugier sous un abri de fortune, illustre la gestionnaire clinique à l’Accueil Bonneau, Anna Torres.

«Certains préfèrent être seuls dans leur tente que de se frotter à une forme d’autorité», dit-elle.

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Une discussion plutôt qu’une tente

Pour l’Accueil Bonneau, lorsqu’un usager demande une tente, c’est l’occasion de créer un lien et d’investiguer sur ses besoins.

«Une personne nous a récemment demandé une tente parce qu’elle disait ne pas avoir accès au logement, raconte Mme Torres. Dans ces cas, on aide à régulariser des situations de dettes, faire des papiers d’identité ou trouver de l’emploi, justement pour faciliter l’accès à un logement plus permanent.»

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«La solution à la fin n’est pas de distribuer des tentes si on veut lutter contre l’itinérance et s’assurer que les personnes sans abri soient en sécurité», souligne pour sa part Émilie Fortier, de la Mission Old Brewery.

L’organisme venant en aide aux jeunes sans-abri ou en situation de précarité, Dans la rue, ne distribue pas de tentes non plus.

«Ça nous arrive de temps en temps de nous faire demander du matériel de camping, mais même une demande pour un sac de couchage va générer une discussion avec l’équipe d’intervention pour loger les jeunes dans un endroit sécuritaire», souligne la directrice générale, Cécile Arbaud.

«Il faut comprendre que leur situation est assez différente que celles des adultes, précise-t-elle. Ils se retrouvent en campement souvent parce qu’ils n’ont pas d’expérience en recherche de logement, qu’ils n’ont pas encore 18 ans ou que les loyers sont trop élevés, bien plus que ce qu’un jeune de la DPJ va recevoir avec l’aide sociale.»

Trop tôt dans la saison

Chaque année, les organismes craignent l’arrivée de la saison froide. Alors que les refuges et les logements pour les personnes vulnérables débordent, les campements deviennent parfois la dernière solution envisagée par celles et ceux en situation d’itinérance ou à risque.

Si la plupart des tentes proviennent de dons d’amis ou de connaissances, certains se tournent vers Marketplace pour se procurer ce matériel.

Sur les 11 vendeurs de la région de Montréal interrogés par 24 heures, un seul dit avoir répondu à la demande d’une personne affirmant être en situation d’itinérance pour une tente affichée sur la plateforme de Facebook.

Trois ont cependant mentionné qu’ils l’offriraient gratuitement si la situation se présentait, tandis qu’un autre réorienterait plutôt la personne vers un centre d’aide aux itinérants.

Selon Anna Torres, de l’Accueil Bonneau, il est encore trop tôt dans la saison pour savoir s’il y aura une plus forte demande de matériel de camping cet automne.

«Quand on tombe en situation d’itinérance, on utilise toutes les ressources dans son réseau de contacts. Les gens vont tout tenter avant de demander des services à un organisme comme le nôtre», explique-t-elle.

«À la mi-septembre, les gens bénéficient encore de ce réseau. Une fois qu’il sera épuisé, c’est là qu’ils se retrouveront à la rue. Ça devrait arriver vers les mois de janvier ou février.»

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