Danault a fait passer beaucoup de monde pour des jambons


Jean-Nicolas Blanchet
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Vous vous rappelez la pub mythique de Loto-Québec des années 90: «Le mari de Sylvie avait tous les numéros de l’Extra, mais il a dit non merci.» C’est ça qui me vient en tête quand je pense à ce que le Canadien a fait avec Phillip Danault.
Montréal a dit «non merci» et s’est retourné pour dire «oui merci» à Brendan Gallagher en lui donnant 39 M$ pour un contrat de six ans, dont 6,5 M$ par année.
Les Kings ont offert à Danault 33 M$, soit 5,5 M$ par année durant six ans. Et l’affaire était ketchup. Le Canadien lui offrait 5 M$ par année, donc 500 000$ de moins.
C’est beaucoup d’argent, 500 000$. Mais en termes de hockey de la LNH, c’est une poignée d’arachides. C’est moins de 1% de la masse salariale de l’équipe.
Vous connaissez la suite de l’histoire. Ne pas garder Phillip Danault, tout en donnant encore plus à Brendan Gallagher, est sans équivoque l’une des pires décisions du Canadien moderne.

Deuxième pointeur du CH depuis
Depuis son départ de Montréal, Danault a récolté 152 points en trois saisons. Seul Nick Suzuki a fait mieux chez le CH. Souvent blessé, Gallagher en a obtenu 69, avec un différentiel de -39.
Et ce qu’il y a de plus impressionnant concernant les statistiques offensives de Danault, c’est qu’il est surtout réputé pour sa contribution défensive. Imaginez, son différentiel est à +18 en trois ans même s’il est le joueur de centre qui affronte le plus souvent Connor McDavid. Il doit aussi contenir l’attaque des Golden Knights, autres rivaux de section.
C’est lui qu’on a laissé partir de Montréal, sans même lui faire une fête ou un gâteau. Comme s’il ne nous méritait pas en demandant autant de millions de dollars.

Comme si on l’aimait bien quand il surpassait les attentes. Quand il jouait mieux que sa valeur contractuelle. On trouvait ça génial de voir un petit gars de chez nous faire ça en plus. Mais de là à le payer comme les meilleurs joueurs (même s’il en était assurément un), là, c’était impensable. Tout ça alors qu’il avait amené son équipe en finale de la Coupe Stanley.
Evans va le remplacer!
Ne me dites pas que tous les fans voulaient absolument signer Danault à tout prix. C’est faux. C’était controversé, mais loin d’être un scandale quand il est parti à Los Angeles. Plusieurs jugeaient même que les Kings risquaient de regretter un si long et onéreux contrat pour le centre de Victoriaville.
À Montréal, on parlait de Jake Evans, qui allait prendre sa place. De Suzuki, qui allait prendre du galon. Et on est allé chercher Christian Dvorak. Tout allait bien.
Finalement, Danault nous a tellement fait passer pour des jambons. Evans et Dvorak n’arrivent pas à la cheville de Danault.
Nick Suzuki, lui, a été excellent, mais clairement surtaxé. Il est un des rares meilleurs pointeurs de son équipe à devoir jouer beaucoup en désavantage numérique. Il est trop important offensivement pour ça, à mon avis.
Imaginez Danault à la place de Gallagher dans la formation du Canadien aujourd’hui. Ça change un club. Et tout ça n’est pas contre Gallagher. C’est incroyable ce que ce gars-là fait pour aider son équipe. Mais je revois la photo de Danault et Caufield avec leur pizza. Je pense à Danault qui peut alléger le travail de Nick Suzuki. Je pense à Kirby Dach qu’on voit à 23 ans comme un deuxième centre dominant après une saison de deux matchs. Je me dis que Danault serait plus qu’important.

Est-ce que Phillip Danault aurait dû rester à Montréal avant Gallagher, car c’est un Québécois? Non.
Mais est-ce qu’il méritait plus d’argent, car il est québécois? Oui.
Il faut juste l’écouter dans ses points de presse à Québec lors de la visite des Kings pour voir à quel point il était, et serait, un ambassadeur extraordinaire pour le Canadien.
Il y a son style de jeu, mais aussi son accessibilité, son humour, son franc-parler et surtout son sourire. C’est ça que j’aime le plus de lui. Il a l’air heureux et il semble aimer le hockey comme mon neveu de 9 ans. Et ça fait changement de certains autres joueurs.
Le départ de Danault est une autre méchante belle leçon de notre incapacité à apprécier nos talents d’ici quand ils sont encore dans notre cour. On dirait qu’on est incapable de les évaluer raisonnablement. On les laisse partir et on les admire quand ils sont ailleurs. Et nous, on se retrouve avec Josh Anderson qu’on paie plus cher.
Russel Martin a gagné 82 M$ avec les Blue Jays entre 2025 et 2020. Est-ce que c’était trop? Oui. Est-ce que son jeu valait ce salaire? Non. Est-ce que les Jays regrettaient de le payer autant? Pas du tout. Le receveur est devenu le préféré de la foule, un ambassadeur et l’exemple pour tant de jeunes Canadiens qu’il est possible de joueur dans le baseball majeur même si on grandit dans la neige.
Phillip Danault ne méritait pas 82 M$. Mais il méritait certainement ce qu’on a refusé de lui verser à Montréal. Et si certains croyaient que le contrat allait être lourd pour les Kings, disons que c’est plutôt l’inverse finalement. Danault méritait encore plus que sa valeur pour ce qu’il aurait continué de représenter au Québec et pour le rôle d’ambassadeur payant qu’il aurait incarné pour le Canadien.