Cuomo ne laisse aucun choix aux démocrates


Luc Laliberté
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Il y a déjà un certain temps que je m’intéresse aux péripéties et controverses du gouverneur de New York Andrew Cuomo. Si, en mars, je m’inquiétais du traitement médiatique américain qui ne semblait pas suffisamment neutre ou important – que penser de Chris Cuomo, qui faisait la promotion de son frère du haut de son perchoir à CNN? –, je soulignais dès le mois de février que le gouverneur pourrait être confronté à une procédure de destitution.
Le rapport présenté mardi par la procureure générale de l’État Letitia James est accablant, et la situation de Cuomo est tout simplement devenue indéfendable. Ceux et celles qui, à l’image de Joe Biden, avaient hésité à lui demander de quitter ses fonctions ont maintenant franchi ce cap.
Cuomo, il l’a bien cherché, est maintenant seul dans son coin. L’argumentaire très faible qu’il a tenté de vendre aux électeurs hier ne fait pas le poids quand on le compare à la gravité et à l’étendue des faits contenus dans le rapport d’enquête. Je dépose d’ailleurs ce rapport ici.
- Écoutez la chronique de Luc Laliberté avec Vincent Dessureault, à QUB radio:
Le gouverneur ne peut plus se présenter comme un politicien de «proximité», un homme d’une autre génération qui peine à trouver de nouvelles manières de démontrer son affection ou son appréciation à des membres de son équipe ou à des représentants de l’État.
L’environnement de travail dépeint autour de Cuomo est toxique et elles sont trop nombreuses à déplorer un mélange d’intimidation, d’abus de pouvoir, de harcèlement ou de contacts sexuels non désirés. Peu importe l’âge ou la culture politique du gouverneur, glisser la main sous le chemisier d'une subalterne pour prendre son sein n’a jamais été une pratique acceptable. On dirait plutôt une mauvaise scène tirée tout droit de la série américaine Mad Men.
Déjà reconnu pour ses coups de gueule et son caractère rugueux, Cuomo ne manque pas d’ennemis politiques, aussi bien démocrates que républicains, qui se contenteront maintenant d’observer sa chute. Si un allié, même un ami, comme le président Biden exige son départ, vous pouvez imaginer sans peine à quel point le camp adverse n’aura aucune peine à exploiter la situation.
Ce qui me trouble un peu, cependant, c’est que, parmi les candidats et candidates qui pourraient succéder à celui qui espérait obtenir un quatrième mandat l’an prochain, on retrouve la procureure générale James. Le système américain nous offre parfois de ces dossiers démontrant un mélange des genres qui permet de douter de la probité du jeu démocratique.
Quoi qu’il en soit, Andrew Cuomo est isolé et je vois peu d’autres options que sa démission. Tout au plus pourrait-il tenter de terminer son mandat, ce qui serait déjà étirer l’élastique à la limite. Les sondages sont on ne peut plus clairs: ce qu’il a fait est inacceptable.
Déjà en sérieuse réflexion, le gouverneur n’est pas sans savoir qu’on travaille sur des accusations formelles du côté de la capitale de l’État, Albany, ou que des législateurs des deux formations politiques se réunissent en prévision d’une procédure de destitution.
Le Parti démocrate, avec raison, se présente en chevalier de la cause des victimes de harcèlement et d’agressions. On n’a pas manqué de soulever les nombreuses allégations et accusations à l’endroit de Donald Trump. Le dossier de Cuomo est devenu un véritable boulet et il ne saurait être question d’un double standard dans son cas. Cuomo doit partir et les démocrates doivent insister pour que ça se fasse plus tôt que trop tard.