Cuba libre?

Danièle Lorain
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Récemment, la télé nous a transmis des images de la vieille Havane. Elles montraient des rues au parfum de fin du monde, où défilaient des centaines de manifestants dont la colère et le désarroi grondaient aussi fort que les vagues qui se fracassent sur le Malecon.
Basta! Ils en ont plein le dos.
De vivre sous un régime qui les maintient dans un état de précarité que la pandémie n’aura fait qu’aggraver puisqu’ils ont été privés de leur principale source de revenus : le tourisme.
On manque de tout sur l’île. Les Cubains ont beau concevoir des trésors d’ingéniosité pour tenter de pallier la pénurie de produits de première nécessité et de médicaments, ils sont exsangues.
Leur quotidien est lourd et complexe.
La population cubaine, jeune et majoritairement éduquée, vit repliée sur elle-même, gouvernée par un régime qui exerce des politiques datant de l’âge d’or de l’idéologie soviétique.
Fidel est mort et bien mort.
Il est grand temps pour nous, étrangers, de nous défaire de notre représentation romanesque de la révolution cubaine. Grand temps aussi de dire adieu aux héros, Che Guevara et Fidel Castro libérant le peuple, cigare au bec et fusil sur l’épaule. C’est fini!
Lorsque les guides touristiques nous vantent ad nauseam les miracles de la révolution et le bonheur du socialisme cubain, ayons à l’esprit qu’ils sont écoutés et surveillés par des pions du régime et qu’ils risquent gros s’ils dérogent du discours officiel.
L’envers du décor de nos vacances de rêve et des forfaits de tout-inclus relève d’une réalité tout autre que celle distillée par le régime.
En entendant le président Miguel Diaz-Canel dénoncer les États-Unis comme responsables de la révolte actuelle du peuple cubain, on constate à quel point le régime est « déconnecté ».
Quand les autorités cubaines auront-elles le courage de tendre le miroir vers leur propre image?
Cette révolte, ce sont les bonzes du parti et leurs politiques qui la nourrissent. Et c’est bien là, le cœur du problème : c’est le peuple qu’il faut nourrir. Ne jamais oublier qu’un peuple affamé n’a rien à perdre.
Combien de temps encore ce régime survivra-t-il?
J’offre à mes amis cubains les mots de Gaston Miron. «Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver.»