Croyez-moi, je sais que Kirby Dach revient de loin

Antoine Roussel
Partager
Est-ce qu’on voit enfin le vrai Kirby Dach avec ses récents succès? Par succès, je ne parle pas nécessairement du fait qu’il a marqué quatre buts en trois matchs.
Je parle de la façon dont il a joué dans la dernière semaine et demie, qui nous laisse présager de bonnes choses.
La semaine dernière, Martin St-Louis parlait d’Alex Newhook. Il faisait remarquer qu’il a été repêché pour sa vitesse et ses habiletés. Mais c’est son engagement qui lui a permis de devenir un joueur établi dans la LNH.
Le même principe s’applique parfaitement à Dach. Et c’est le fun de parler comme ça de Dach.
Dach, il revient de deux grosses blessures à un genou en autant de saisons, pour lesquelles il a subi deux opérations majeures à 16 mois d’intervalle.
La bible du genou
Je sais ce que c’est. Quand j’étais à Vancouver, j’ai eu presque la même opération en 2019. Le ligament croisé antérieur, le latéral, le ménisque... c’était presque une reconstruction.
Je n’ai pas joué pendant neuf mois. Je me suis fait opérer par le Dr LaPrade. C’est le même qui a opéré plusieurs joueurs de la LNH. En fait, ce jour-là, Andrew Ladd passait juste avant moi.
Ç’avait ça de bon. Je me disais que s’il fallait qu’il se trompe pendant une des opérations, ce serait durant la première!
Blague à part, le Dr LaPrade avait plein de chandails de hockey dans son bureau. Avant que je parte, à la fin de la consultation, il m’a dit qu’il avait quelque chose à me remettre.
Je pensais qu’il allait sortir mon chandail des Canucks (humblement, là). Non, c’était un livre qui s’appelait La bible du genou.
Ce qui n’y était pas écrit et, surtout, qu’on ne m’avait pas dit, c’est que je n’aurais pas la même vitesse ni la même impulsion au bout de neuf mois de convalescence, que je ne serais pas le même joueur.
«Arrête de te plaindre»
J’ai tellement trouvé ça difficile. Et ça, tu ne le sais pas tant que tu ne le vis pas.
Je me souviens que le lendemain de l’intervention, j’avais un rendez-vous en physiothérapie. C’était à 7h du matin. Je m’étais dit: «Voyons, ils ne peuvent pas me laisser dormir?»
Mais ce n’était pas nécessaire. À 3h, j’étais ben réveillé, les yeux ronds comme des balles. La veille, on m’avait rentré une mèche de perceuse dans le genou.
J’ai dit à ma blonde de me donner tout ce qu’on avait comme médicaments contre la douleur.
Arrivé à mon rendez-vous, j’ai vu une femme qui, elle, s’était fait opérer aux deux genoux. Je me souviens de la souffrance dans son visage. Je me suis dit: «OK, Antoine, arrête de te plaindre.»
Je suis revenu au jeu en décembre de cette année-là, mais c’est juste en Arizona, presque deux ans plus tard, que j’ai eu l’impression d’être à nouveau celui que j’étais avant ma blessure.
Je trouvais que j’étais redevenu le premier sur la rondelle. Que j’étais vite, que j’étais intense.
Bon pour le plan de Hughes
Dach, lui, il est passé deux fois par ce marasme-là.
Je lui lève mon chapeau. J’espère que ça ne s’arrêtera pas, qu’il gardera cette même intensité et peut-être même qu’il augmentera un peu son niveau de production.
Le Canadien, c’est une petite équipe. Si tu as un gars, à l’interne, qui est capable de jouer comme Dach le fait en ce moment et que tu n’as pas à payer la lune pour aller en chercher un, c’est une grande victoire.
On est content, le Canadien est premier. Mais ce qui doit tracasser Kent Hughes, c’est de savoir si son équipe est assez physique, assez costaude pour les séries.
On peut comparer avec les Devils. Les deux dernières fois qu’ils ont fait les séries, ils se sont fait brasser et c’est ce qui les a sortis. C’est une chose d’avoir des joueurs électrisants, mais ça te prend un équilibre.
Et Kirby Dach peut devenir ce gars physique, d’impact. L’équipe a besoin de ça.
– Propos recueillis par Jessica Lapinski