Critique du film «Backrooms»: le film d'horreur le plus déstabilisant de l'année

Bruno Lapointe Agence QMI
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Décidément, YouTube semble être la nouvelle école des maîtres de l’horreur de demain. Après Curry Barker et son terrifiant Obsession, c’est au tour de Kane Parsons de faire le saut du web au cinéma avec un Backrooms hypnotique, ambitieux et franchement déstabilisant.
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Inspiré de la websérie virale du même titre – dont le premier épisode cumule plus de 78 millions de vues –, Backrooms entraîne les cinéphiles dans le quotidien du gérant d’un magasin de meubles à rabais qui croit connaître les moindres recoins de l’établissement où il travaille. Mais tout bascule lorsqu’il découvre par inadvertance que l’étage inférieur cache un portail menant vers une autre dimension.
Sous leurs teintes blafardes, ces espaces liminaux recèlent des secrets toujours plus sombres où il devient facile de se perdre...
Un réalisateur de seulement 20 ans
Après avoir fait ses armes grâce à des courts métrages publiés sur YouTube alors qu’il n’était encore qu’adolescent, Kane Parsons franchit ici une étape importante avec une assurance franchement déconcertante. Et ce faisant, le cinéaste de 20 ans prouve qu’il possède l’une des voix les plus singulières de sa génération.
Car il comprend parfaitement ce qui rend le concept des Backrooms aussi captivant depuis si longtemps : cette peur irrationnelle des espaces vides et impersonnels. Avec une économie de moyens remarquable, il construit des séquences d’une tension suffocante où chaque plan semble conçu pour nourrir l’anxiété grandissante du spectateur.
On se doit d’ailleurs de saluer l’impressionnante retenue dont il fait preuve. Plutôt que d’expliquer longuement – et inutilement – ses mystères ou de surexposer ses créatures, il préfère maintenir un constant sentiment d’incertitude, laissant l’imagination du public combler les trous. Une approche risquée, certes, mais incroyablement payante.
Brillant Chiwetel Ejiofor
Tout ça, évidemment, ne pourrait fonctionner aussi rondement sans le talent de Chiwetel Ejiofor, nommé aux Oscars pour 12 Years a Slave, qui embrasse cette folie grandissante avec une passion évidente. L’acteur porte à bout de bras cette œuvre singulière avec une aisance épatante, entraînant les cinéphiles avec lui dans cet univers qui défie constamment la logique.
Bien sûr, certains personnages secondaires manquent un peu de profondeur et quelques passages plus contemplatifs étirent inutilement le rythme. Mais ces faiblesses deviennent presque secondaires devant la puissance atmosphérique du film.
Car Backrooms fonctionne avant tout comme une expérience sensorielle : le bourdonnement incessant des néons, les cadres géométriques étouffants et cette sensation permanente d’être prisonnier d’un lieu impossible finissent par créer un véritable état d’inconfort qui suit le cinéphile même après avoir quitté la salle obscure du cinéma.
Rarement un film d’horreur récent aura aussi bien capturé cette peur moderne, abstraite et insaisissable.
Backrooms ★★★ 1/2
Un film de Kane Parsons. Avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve et Lukita Maxwell. À l’affiche.