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Crise au Pakistan: comment le cricket a-t-il pu tomber si bas?

AFP

2024-09-09T14:05:56Z

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Mélange des genres, favoritisme et sièges éjectables. Au Pakistan, des travées du Parlement à la presse ou sur les réseaux sociaux, on ne se pose plus qu’une seule question: comment le cricket, sport roi, a-t-il pu tomber si bas?

C’est la récente défaite contre le Bangladesh, largement moins bien classé mondialement, qui a tout précipité.

«Ce n’est pas une défaite, c’est un anéantissement», s’est enflammé un sénateur, après cette déroute qui a fait tomber le Pakistan au 8e rang mondial, son pire classement depuis près de 60 ans. «Nous sommes une nation sous le choc, tout le pays veut la démission de Mohsin Naqvi», a-t-il ajouté.

Mohsin Naqvi est probablement celui qui incarne le mieux le mélange des genres au Pakistan actuellement: patron du Pakistan Cricket Board, il est aussi... ministre de l’Intérieur.

Fin août, par exemple, peu après des attaques meurtrières qui ont bouleversé le pays, il tenait une conférence de presse.

Et se proposait d’y commenter pêle-mêle la réponse sécuritaire contre les rebelles auteurs des attaques, et les derniers résultats de l’équipe nationale de cricket.

«Chaos et instabilité»

Mais de moins en moins de Pakistanais semblent prêts à accepter cette double casquette: récemment, un proche du premier ministre a estimé à la télévision que M. Naqvi «devait choisir» entre ces «deux métiers à plein temps».

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Car au Pakistan, où le cricket est roi et les contrats publicitaires juteux, les résultats internationaux sont scrutés à la loupe, et toute dégringolade de l’équipe nationale est une blessure à vif. Et aujourd’hui, la question du népotisme et du clientélisme se pose ouvertement.

En deux ans, l’équipe nationale a vu défiler quatre entraîneurs, trois patrons de fédérations et trois capitaines, rappelle Ahsan Iftikhar Nagi, journaliste sportif et ancien chargé de communication de la fédération.

«Quand le chaos et l’instabilité règnent dans la direction, ça se ressent sur le terrain», dit-il à l’AFP.

Depuis sa cellule de prison, un autre amateur du cocktail sport et politique enfonce le clou: «ce qui détruit des nations, c’est que des corrompus et des incompétents occupent des positions de pouvoir», écrit Imran Khan.

Le capitaine qui décrocha la Coupe du monde en 1992 pour le cricket pakistanais, vedette mondiale adulée des supporteurs en Europe autant qu’en Asie ou en Océanie, était rentré au pays pour devenir premier ministre en 2018.

Au terme d’une campagne où il a notamment promis de lutter contre la corruption, il avait fini par l’emporter, avec l’aide en sous-main de la puissante armée, selon les experts.

Il avait aussitôt choisi un nouveau patron pour le cricket, et avait commencé à intervenir souvent dans la gestion du championnat national.

«Objectifs personnels»

Désormais évincé du pouvoir et incarcéré pour diverses affaires, il juge sévèrement M. Naqvi.

«On impose des gens parce qu’ils sont dans les bonnes grâces pour gérer un sport technique. Quelles sont les qualifications de Mohsin Naqvi?», lance-t-il, accusant l’homme d’avoir «annihilé» l’équipe nationale.

Najam Sethi, un journaliste nommé trois fois patron du Pakistan Cricket Board et deux fois ministre, s’interroge aussi sur ces nominations.

«Des généraux, des juges, des bureaucrates ont été nommés, parce qu’ils aimaient le cricket, pas parce qu’ils le comprenaient, affirme-t-il à l’AFP. Ou des joueurs qui connaissent bien le cricket, mais n’ont aucune expérience de gestion.»

La presse, habituellement prompte à tout faire pour ne pas démoraliser les troupes, est devenue récemment bien plus dure.

«Depuis 1998, écrit ainsi l’Express Tribune, des favoris des différents régimes se sont succédé à la tête de la fédération pour gérer le cricket chacun d’une mauvaise manière, et ils l’ont laminé.»

«Ils sont trop occupés à réaliser leurs objectifs personnels, qui consistent à sauver leur peau ou leur mandat, ou à se faire beaucoup d’argent aux dépens du cricket», accuse encore le quotidien.

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