Tous les résultats
Publicité

Cri du coeur d'une enseignante passionnée qui refuse d'abdiquer

2021-01-04T18:23:13Z

Partager

Pour moi, l'année 2020 fut l'année des constats... et certains furent troublants... 

Alors que je croyais avoir déjà perdu toute naïveté dans la vie en regard des événements vécus sur le plan personnel, j'ai eu la claque du professionnel en pleine face. Je suis sortie de mon monde de licornes d'enseignante qui croyait que tous les intervenants du système avaient à coeur en priorité le bien-être et le respect des élèves que nous avions sous notre aile...

Je me suis butée à des individus, à des systèmes qui avaient plutôt des visées politiques et individualistes dans un système déjà écorché par son sous-financement, par son manque de ressources tant matérielles qu'humaines... 

Alors qu'il ne nous restait que notre confiance en la bienveillance des acteurs de la famille éducationnelle dans notre système public particulièrement, l'année 2020 est venue me prouver que même ce bateau avait divagué pour plusieurs... Et que j'étais en déséquilibre total dans ce système qui ne correspondait plus à mes valeurs profondes, tant sur le plan personnel que professionnel...

La passion d’enseigner  

J'ai toujours enseigné comme je voudrais que l'on enseigne à mes propres enfants. On m'a dit à maintes reprises que je ne les sauverais pas tous, que j'étais trop exigeante envers le système, que je devais lâcher prise, que je rêvais en couleurs, que mes attentes étaient trop élevées, que je pouvais même être vue comme menaçante pour ceux qui voient mon professionnalisme et ma passion comme le reflet de l'absence de leur propre passion.... Ça, je suis capable de le prendre. Après tout, j'ai toujours été une fille intense et passionnée et les parents de mes élèves m'en remercient encore.

Publicité

Mais de subir la pression interne intense et visée d'un environnement dysfonctionnel qui, pour se justifier, a essayé sans broncher et de façon malhonnête et constante de dénigrer mes actions, ma personnalité, mes motifs et ceux de quelques braves collègues qui m'ont accompagnée, ce fut trop... 

J'ai décidé de prendre du recul et ce que je vois de l'extérieur est encore plus clair. Le système d'éducation public indéniablement besoin d'amour, parce que la "bienveillance" est devenue un terme utilisé à outrance par nos gestionnaires pour exploiter ses acteurs ainsi que ceux pour qui nous travaillons, les élèves et leurs familles, en utilisant des excuses de manque de ressources budgétaires ou de ressources professionnelles discutables...

Des besoins centrés vers l’élève  

Moi, je continue d'y croire, car l'enseignement est ma passion. Je continue d'être persuadée que je peux avoir un impact, que nous le pouvons à condition de travailler ensemble et dans le même but : l'élève. 

Seulement, pas sous n'importe quelles conditions. La composition de la classe doit être revue, les besoins spécifiques des élèves doivent être reconnus et traités en premier plan, l'environnement matériel doit être motivant, lumineux, chaleureux et plein d'air pur (filtration et climatisation oblige) autant pour les petits que pour les grands. Et enfin, on doit redonner à l'enseignant son jugement professionnel réel et le libérer des tâches administratives que d'autres pourraient faire à un moindre coût (humain et financier). 

Le gouvernement ne cesse de nous faire miroiter l'ajout d'argent pour des ressources humaines à l'élève. Mais ces ressources, quand elles nous viennent, sont mal organisées, mal informées, gérées dans un cadre de porte après le son de la cloche par un titulaire déjà débordé.... 

Publicité

Or, le titulaire n'a pas à gérer des ressources humaines! Il doit se dédier à planifier son contenu, enseigner, évaluer, observer, discuter, consoler, être attentif à ses élèves quoi! 

Malheureusement, le titulaire est devenu par défaut le gestionnaire d'une mini PME pour laquelle il n'obtient ni le salaire, ni le crédit. 

Il gère les ressources matérielles de sa classe, tous les intervenants qui y viennent (maintenant généralement 6 à 7 intervenants hebdomadairement), joue le rôle de mentor auprès des nouveaux collègues, doit rendre des comptes en regard du plan de réussite, s'impliquer dans les comités, assurer la décoration, assurer le respect des règles sanitaires, rapporter les informations aux intervenants de ses élèves régulièrement, être le chien de garde des dossiers d'élèves mal documentés, rapporter au syndicat lorsqu'il y a bris à la convention ou autres, etc. 

Son temps pour planifier des activités de qualité, pour réfléchir afin d'intervenir convenablement? Quasi nul à moins de le faire chez soi...

Les solutions, elles sont là et beaucoup plus atteignables que l'on pense. Que le pédagogique revienne aux pédagogues, que la gestion revienne à l'administration et que ce soit l'élève et sa famille qui dictent le reste de façon naturelle ! Si on observait et que l'on écoutait davantage, on saurait aisément.... 

Un vent de renouveau souhaité  

Je souhaite que 2021 apporte un vent de renouveau humaniste au secteur de l'éducation publique. Que l'on se souvienne que les parents nous confient leurs enfants pour que nous les qualifiions d'abord (puisque de cela, nous sommes les experts), que nous les socialisions ensuite et que nous poursuivions l'éducation déjà amorcée par le noyau familial. Le tout en collaboration avec eux, sous la base de leurs recommandations! 

Et si le système actuel ne répond plus à nos besoins, permettons-nous donc de rêver et d'en créer un! Moi, je me le permettrai. En espérant avoir du support. Celui de mes collègues, celui des familles avec qui j'ai travaillé étroitement, celui des élèves, celui de la communauté, celui du public. Cri du coeur d'une enseignante passionnée... qui refuse d'abdiquer... qui g la prise plutôt que de la lâcher... pour ses élèves, pour ses enfants, pour une société meilleure...

Et je vous laisse sur cette citation « Merci à la goutte d’eau qui fait déborder le vase, puisque c’est à ce moment que débutent les changements les plus positifs ». 

- Natalie Veilleux, enseignante et fière de l'être

Publicité
Publicité