Le terme «covidiot» est utilisé dans les médias et sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie pour décrire des personnes qui ont des comportements contrevenant aux règles de santé publique.
Ça peut être un bon défouloir quand on voit quelqu'un poser une action carrément stupide (rappelons-nous de cette personne qui avait étalé de la morve sur une rampe d'escalier), mais est-ce que son emploi à tout vent pourrait entraîner du tort? Le «24 Heures» a demandé à quelques experts de se pencher sur la question.
Frein à la réflexion collective
Le professeur au département de français de l’Université d’Ottawa et ancien journaliste Bertrand Labasse ne trouve pas le terme particulièrement scandaleux, mais il reconnaît «que ce n’est pas agréable de se faire traiter d’idiot». «C’est un terme qui est réducteur, qui vise un groupe de personne qui n’est pas homogène du tout», a-t-il lancé.
Au fil des mois, dans des médias partout à travers le monde, le mot a été utilisé autant pour décrire des gens qui crachaient sur des policiers, d'autres qui faisaient de grosses réserves de papier de toilette ou encore des personnes qui participaient à des rassemblements illicites. Ces comportements n'ont pas tous le même impact sur la société.
Le professeur au département de communication de l'Université d'Ottawa Marc-François Bernier est du même avis que son collègue. Le terme n’est pas à condamner, mais son utilisation peut créer une division. «La dernière chose à faire c’est d’insulter et de mépriser [les groupes visés] parce que ça ferme la communication et ça fait des dialogues de sourds», a-t-il souligné.
M. Bernier a noté que les sujets liés à la COVID-19 sont déjà hauts en émotions. «Il y a beaucoup de nuance et de complexité, mais il y a aussi beaucoup d’émotions, d’anxiété et de frustration», a-t-il observé.
«Il y a des gens qui ne sentent pas nécessairement dans la même mouvance que les complotistes et les conspirationnistes, qui font juste se servir de leur raison critique, mais qui sont injustement associés à ceux qui voient un complot mondial dans cette pandémie», a remarqué M. Bernier.
M. Labasse estime que les médias utilisent sûrement le terme pour résumer les situations, sans nécessairement penser à mal. «Les journalistes ne l’utilisent pas comme une arme, mais comme un raccourci. Un titre de presse ça ne peut pas faire quatre lignes», a-t-il dit.
Définition?
Le néologisme «covidiot» semble donc utilisé pour décrire plusieurs comportements différents, et peut être perçu comme insultant. Mais quelle est sa définition?
«Covidiot» n’a pas encore de définition précise recensée par un dictionnaire traditionnel, même s’il est abondamment utilisé en français comme en anglais. Son apparition dans le dictionnaire participatif «Urban Dictionary» en date du 16 mars définit un «covidiot» comme étant «une personne qui ignore les avertissements de la santé publique ou quelqu’un qui s’approvisionne en masse limitant les quantités pour les autres», ce qui fait entre autres référence aux achats impulsifs observés au début de la pandémie, notamment de papier de toilette.