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Corneille tisse un lien entre son père et ses enfants grâce à son nouveau livre

«La mélodie du pardon» dans toutes les bonnes librairies

Marjolaine Simard

2025-06-20T10:05:00Z
2026-02-18T20:10:51Z

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Après la publication de son autobiographie Là où le soleil disparaît, le chanteur et coach à La Voix, Corneille, reprend la plume dans le nouvel ouvrage La mélodie du pardon. Dans ce récit empreint d’émotion, il engage un dialogue intime et imaginé avec son père au ciel, victime – tout comme sa mère, ses deux frères et sa sœur – du génocide rwandais. Trente ans se sont écoulés depuis cette nuit tragique d’avril 1994. À travers ces pages, Corneille revisite des thèmes qui ont nourri ses réflexions, ainsi que les forces qu’il a su en tirer pour continuer d’avancer et devenir un conjoint et un père aimant. Rencontre avec un homme qui, malgré l’horreur, a su transformer sa douleur en un message d’espoir.

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Corneille, tu dialogues avec ton père disparu dans ton plus récent livre. Crois-tu vraiment que les réponses que tu lui prêtes sont ce qu’il t’aurait dit ?

Pas entièrement. Il y a un peu de fiction, mais c’est ma manière à moi de rester en lien avec lui. Plus j’avance dans mon rôle de père, plus je ressens le besoin de sa présence. C’est aussi une question d’âge. À un moment, je lui dis : « Je suis rendu plus vieux que toi ! ». C’est étrange, d’être plus vieux que son père au moment de sa mort... Je l’avais déjà convoqué dans mon autobiographie. Je lui parlais parce qu’il n’y a pas de mode d’emploi pour être papa. Dans ce nouveau livre, je le fais revenir pour lui poser des questions sur plein de sujets.

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Et quand tu le convoques, comment ses réponses te viennent-elles ?

C’est très étrange, mais elles viennent toutes seules. Pendant la journée, mon père n’est pas là. Il n’est jamais dans mes pensées de manière consciente. Mais dès que je m’installe devant mon ordi pour écrire, c’est là qu’il arrive. Ce père-là, celui avec qui je dialogue dans le livre, c’est une version projetée de celui que j’ai connu jusqu’à mes 17 ans. J’ai gardé son humanité, parce qu’un père, c’est sacré. Dans la culture africaine, un père, c’est tout. C’est la figure centrale.

Ta mère aussi apparaît dans le livre...

Oui, elle est là, mais plus discrètement. Ma mère, c’était la sagesse tranquille. Toujours en retrait, elle observait, elle veillait. Dans le couple, c’était elle qui avait les pieds sur terre. Mon père était un rêveur. Un jour, je consacrerai un livre à ma mère. Il sera sans doute plus intime, plus profond, mais je ne suis pas encore prêt. Dans La mélodie du pardon, il fallait quand même que la présence de ma mère se fasse sentir. Avec mon père, il y a ce lien presque amical que j’imagine aujourd’hui. Je peux le faire parler, débattre et même rêver avec lui. Je crois qu’il aurait voulu être artiste, malgré son métier d’ingénieur. Il pensait différemment, à sa manière. Il m’a soutenu dans la musique, ce qui était rare à son époque et dans notre culture.

Par ce livre, désirais-tu aussi transmettre quelque chose à tes enfants ? Leur dire : « Voilà ce que votre grand-père aurait pensé »?

Oui, c’est une façon de faire revivre les morts. Je ne veux pas qu’ils soient juste des figures du passé, des souvenirs flous. Je veux qu’ils fassent partie de l’histoire de mes enfants. Et le jour où ils seront prêts à lire tout ça, ce sera là pour eux. C’est aussi une manière pour eux de me découvrir autrement.

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Ton livre parle de pardon, mais aussi d’unité. De l’espoir que, malgré tout, on fasse partie d’un tout...

Quand je fais dire à mon père que « nous sommes un », ce n’est pas une vérité que je prétends acquise. Je ne suis pas naïf. Mais c’est un idéal, un horizon vers lequel j’aimerais qu’on tende en tant qu’humains. Parce qu’au fond, on vient tous de la même souche. Par exemple, quand je suis arrivé au Rwanda tout petit, dans le village de ma grand-mère, les enfants m’appelaient « le petit blanc » parce que j’étais né en Allemagne et que j’y avais grandi. Pourtant, j’étais un des leurs. Ce genre de clivage, ce sont des constructions, des vêtements qu’on enfile comme des armures, parce qu’on croit qu’ils nous protègent. Mais au fond, ils nous séparent.

Tu abordes aussi la complexité du bien et du mal, que tu explores à travers ton père. Pourquoi ?

Parce qu’on peut faire le mal avec l’idée du bien. On peut croire qu’on défend une cause noble et écraser l’autre avec. Quand on a été victime, on a le choix de reproduire la violence ou d’essayer de la briser.

Penses-tu qu’on s’en sort mieux en refusant de devenir bourreau ?

Je pense qu’on s’en sort toujours mieux que celui qui fait du mal. J’ai vu ça de près. Cette nuit-là, quand les hommes sont entrés chez nous pour assassiner ma famille, j’en ai croisé un ensuite. Son regard était vide. Je me suis toujours demandé ce qui peut pousser quelqu’un à être aussi déshumanisé... Ce qui peut l’autoriser à tuer femmes et enfants.

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Ton livre devient alors une manière de relativiser même l’innommable...

Oui, relativiser. Pas pour excuser, mais pour comprendre. Pour donner un sens à ce que j’ai vécu. Peut-être que sans ces tragédies, je n’aurais jamais chanté, jamais rencontré Sofia, jamais eu mes enfants. Ce livre, c’est aussi ça : regarder le pire et y trouver de la lumière.

Ta mère était Hutue, ton père Tutsi. À l’époque de leur rencontre, les tensions entre les deux ethnies qui ont mené au génocide étaient-elles déjà vives ?

Les tensions existaient en sourdine, comme souvent dans les conflits qui couvent, mais rien d’aussi explosif. C’est avec une série de circonstances que tout s’est enflammé. Mes parents, eux, étaient juste deux jeunes qui se sont rencontrés à l’université, qui se sont aimés et ont décidé de bâtir un avenir ensemble. Ils sont partis en Allemagne, ont fondé une famille. J’ai grandi dans un foyer très aimant. Et quand je pense à l’amour sincère qui peut naître entre deux personnes issues de groupes censés se haïr... je me dis qu’il faudrait peut-être revoir certaines certitudes.

Parlons de tes enfants...

Marek a 15 ans et Mila en a 9. Enfin... elle pense qu’elle en a 20 ! Parfois, on a des conversations presque d’égal à égal, comme un match de ping-pong. J’ai souvent envie de lui demander : « Mais t’as quel âge, toi ? » Elle a des réflexions que je n’avais clairement pas à son âge.

Ont-ils hérité de ton côté artistique ?

Oui, les deux ont un talent artistique, mais c’est surtout Mila qui l’exprime. Marek a une très bonne oreille, un vrai sens du rythme, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse. Mila pianote, elle est dans l’harmonie de l’école, elle joue de la clarinette et commence à lire la musique... Et quand je suis à La Voix, elle suit tous les épisodes religieusement.

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On attend le duo père-fille, alors ?

Si ça arrive, ce sera peut-être quand j’aurai arrêté !

En effet, tu dis dans ton livre que tu as moins de plaisir à monter sur scène. Penses-tu vraiment à tout arrêter ?

Je m’en rapproche très sérieusement. Je pense que j’arrive au bout de ce que je cherchais. J’ai l’impression d’avoir dit tout ce qu’on peut dire de soi dans une chanson. J’ai fait 10 albums et j’ai aussi écrit des chansons pour d’autres artistes...

Et comment vois-tu la suite ?

Je vais écrire. Continuer les conférences. Et surtout, accompagner d’autres artistes. Ça, ça m’allume vraiment. Mes 20 ans de carrière, je les vois maintenant comme une école pour transmettre. J’ai créé Maison Kanda, ma maison de disques, à travers laquelle je travaille au développement de jeunes artistes. Je veux reconnaître une flamme, un potentiel, et l’aider à aller plus loin.

Et sur le plan personnel, ça fait 20 ans que tu es en couple avec Sofia...

Dans notre couple, je suis un peu le gardien des dates. On s’est mariés le 9 septembre 2006, on fêtera donc nos 20 ans de mariage l’année prochaine. Mais cette année, ça fait déjà 20 ans qu’on est ensemble. Mon couple, c’est le projet le plus important de ma vie. Le plus formateur aussi. Mon couple avec Sofia m’a forcé à me regarder en face. Moi, j’ai un besoin très fort d’être vu et compris en profondeur. J’ai perdu ma famille jeune... alors, en construire une, c’était essentiel pour moi.

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