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Controverse des genres à la boxe: des combats vraiment inégaux ou de la discrimination?

Photo MOHD RASFAN / AFP

Stéphane Cadorette et François-David Rouleau

2024-08-02T19:39:16Z

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Pendant que le tournoi de boxe olympique féminine bat son plein à Paris, c’est loin de l’arène que les coups les plus furieux sont portés en raison de la controverse des genres, qui suscite de vives réactions partout dans le monde.

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• À lire aussi: Une adversaire avec «des taux élevés de testostérone»: l'abandon d'une boxeuse suscite la controverse aux JO

Rappelons d’abord les faits. Jeudi, la boxeuse algérienne Imane Khelif a poussé sa rivale italienne Angela Carini à l’abandon au bout de 46 petites secondes.

Khelif est au cœur d’une tempête puisqu’elle a été exclue des championnats du monde de 2023 par l’International Boxing Association (IBA) lors d’un test de genre, dont la nature n’a toutefois pas été précisée.

La Taïwanaise Lin Yu-ting se retrouve exactement dans la même situation, elle qui a remporté son premier duel, vendredi. Elle aussi avait été bannie par l’IBA.

Les deux pugilistes ont toutefois obtenu le feu vert du CIO pour participer aux Jeux. «De nombreuses femmes peuvent avoir un taux de testostérone égal à celui des hommes, tout en étant des femmes», a fait valoir le porte-parole du CIO, Mark Adams.

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Lin Yu-ting a remporté son premier combat à Paris.
Lin Yu-ting a remporté son premier combat à Paris. AFP
Considérées comme des hommes

Depuis le début du tournoi, la controverse porte ombrage aux athlètes qui se démènent entre les câbles.

Dans le coin de ceux qui soutiennent Khelif et Yu-ting, on assure qu’elles sont bien des femmes, même si elles possèdent un taux de testostérone élevé. On dit qu’elles sont nées femmes et qu’elles subissent du harcèlement. Khelif a notamment pu combattre sans problème de 2018 à 2023 et neuf adversaires l’ont déjà battue.

Imane Khelif, sur le réseau social X.
Imane Khelif, sur le réseau social X. PHOTO TIRÉE DU COMPTE X D'IMANE KHELIF

Dans le coin des opposants, l’inégalité des combats est déplorée et plusieurs vont jusqu’à prétendre que les deux boxeuses sont littéralement des hommes.

«Seules les concurrentes présentant des caractéristiques biologiques exclusivement féminines doivent être autorisées à concourir dans la catégorie femme», a déclaré le comité olympique hongrois.

«Dans le cas contraire, le droit des femmes à l'égalité des chances et à une concurrence loyale est fondamentalement violé», a poursuivi l’organisme.

Dimanche, la boxeuse taïwanaise se confrontera à la Bulgare Svetlena Kamenova. Il n’en fallait pas plus pour que le comité olympique bulgare fasse une sortie musclée en prévision du combat.

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«Nous sommes inquiets pour la santé des athlètes féminines, car il a été scientifiquement prouvé que les coups portés par les hommes peuvent entraîner des blessures graves et des traumatismes permanents», a commenté le comité.

Les politiciens s’en mêlent
Le père d'Imane Khelif, Amar, en compagnie de ses deux autres enfants, montre une photo de sa fille lorsqu'elle était jeune.
Le père d'Imane Khelif, Amar, en compagnie de ses deux autres enfants, montre une photo de sa fille lorsqu'elle était jeune. REUTERS

Même les politiciens dans le monde prennent un malin plaisir à se mêler de l’affaire. Sur son réseau Truth Social, le candidat républicain à la présidence américaine, Donald Trump, n’a pas mis de gants blancs.

«Je garderai les hommes hors du sport féminin», a-t-il lancé en guise de promesse, tout en majuscules.

La première ministre italienne Giorgia Meloni, après la victoire expéditive de Khelif contre sa compatriote jeudi, a dénoncé un combat «qui n'était pas sur un pied d'égalité».

Dans tout ce branle-bas de combat sur le genre dans le milieu de la boxe, il faut savoir également que le CIO et l’IBA entretiennent des relations extrêmement houleuses. L’IBA, d’ailleurs, n’est plus reconnue comme une entité apte à gouverner la boxe olympique, aux yeux du CIO, qui assure que les deux boxeuses ont bien leur place aux Jeux.

«Tout le monde veut une explication simple, mais une explication noir ou blanc n'existe pas, ni dans la communauté scientifique ni ailleurs», a expliqué Mark Adams, porte-parole du CIO.

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-Avec des informations de l’AFP

Le milieu de la boxe déchiré

Il n’y a pas que les politiciens et comités de toutes sortes qui déchirent leur chemise sur la place publique autour de la controverse des genres au tournoi de boxe olympique féminine. Le milieu de la boxe est tout aussi déchiré.

La boxeuse irlandaise Amy Broadhurst a vaincu Khelif il y a deux ans et elle s’est rangée derrière elle cette semaine sur le réseau social X (anciennement Twitter).

«Je ne pense pas qu'elle ait fait quoi que ce soit pour tricher. Elle est née comme ça et ce n'est pas quelque chose qu'elle contrôle. Le fait qu'elle ait été battue par neuf boxeuses en dit long», a-t-elle écrit, tout en demandant que le harcèlement cesse.

«Cette haine est ridicule. L’IBA a publié un communiqué sur ces deux boxeuses il y a plus d’un an. C’est bien beau tout ça, mais les résultats n’ont jamais été publiés. Je ne serai jamais en faveur d’un combat homme contre femme, mais l’abus que cette boxeuse a subi dans les dernières heures sans la moindre preuve, c’est tellement mal», a-t-elle poursuivi.

D’autres intervenants du milieu de la boxe se sont aussi rangés dans le coin des deux boxeuses. La Hongroise Anna Luca Hamori, qui affrontera Khelif samedi, considère qu’elle a sa place dans le tournoi.

«S’ils la laissent concourir, c’est qu’ils savent que c’est une femme», a-t-elle commenté à l’agence hongroise MTI.

Différents organismes sociaux en ont aussi profité pour monter aux barricades.

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«Dès qu'une femme réalise une performance impressionnante, elle est accusée d'être un homme. Considérer qu'une femme forte physiquement ne peut pas être une vraie femme, c'est de la misogynie», a pesté Loé Petit, responsable du collectif intersexe activiste, en entrevue avec l’AFP.

Une championne en désaccord
Nicola Adams porte un coup lors d'un gala en 2017, à Laval.
Nicola Adams porte un coup lors d'un gala en 2017, à Laval. Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal

Une figure importante de la boxe féminine, l’Anglaise Nicola Adams, double médaillée d’or des Jeux de Londres et de Rio en 2012 et 2016, ne veut toutefois rien entendre et n’en démord pas.

«Les gens qui ne sont pas nés biologiquement femmes et qui ont vécu la puberté masculine ne devraient pas être en mesure de compétitionner dans un sport féminin. Non seulement c’est injuste, c’est dangereux!», a-t-elle écrit sur sa page X.

-Avec des informations de l’AFP

Génétique «101», comment ça fonctionne?

Qu’est-ce qui détermine le sexe homme ou femme?

La différence entre l’homme et la femme est déterminée par la paire de «chromosomes sexuels». La femme possède deux chromosomes identiques XX (un gamète X du père et un gamète X de la mère).
Les hommes ont un chromosome X et un autre Y (XY). (Un gamète Y du père et un gamète X de la mère)

* Source: CHU Sainte-Justine

Peut-il y avoir des anomalies?

Oui. Et c’est beaucoup plus compliqué que l’apparence! Il y a le X zéro, c’est-à-dire des femmes qui n’ont pas une féminité normale. Il y a aussi des cas ou le Y est invisible, mais dans lequel l’individu se différencie par sa masculinité.

Il existe également des individus avec un gamète avec deux X s’associant avec un Y. Il est déterminé comme un individu XXY.

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Avec ce patrimoine génétique, le chromosome masculin Y peut l’avantager dans le cadre d’une compétition, par exemple.

Les personnes intersexes représentent environ 1,7% de la population générale, selon la communauté scientifique.

L’hyperandrogénie, qu’est-ce que c’est?

Il s’agit d’un excès d’hormones masculines (androgènes) dans l’organisme. Chez la femme, l’hyperandrogénie détermine un état de masculinisation (comme l’acné, la modification de la voix, l’accroissement de la musculature et libido, l’hypertrophie clitoridienne) et parallèlement de déféminisation (comme l’hypertrophie mammaire).*

On parle d’hyperandrogénie lorsque le taux de testostérone dans le sang est supérieur à la normale selon le sexe et l’âge. Chez la femme âgée de 20 à 45 ans, la normale est fixée entre 0,5 et 3,1 nanomoles par litre de sang.

* Source: Académie nationale de médecine

Qu’est-ce qu’un traitement de testostérone?

Dans le cadre d’une transition de genre de femme à homme, l’hormonothérapie consiste à administrer un traitement de testostérone. Elle peut se donner par injections sous-cutanées ou dans un muscle par application de gel ou solution cutanée.

* Source: Association des médecins endocrinologues du Québec

Quels sont les effets physiques des hormones?

Les hormones masculines apportent, entre autres, une voix plus grave, la redistribution des graisses, l’augmentation de la masse musculaire et l’atrophie vaginale.

Pourquoi Imane Khelif et Lin Yu-ting ont-elles été disqualifiées de compétitions mondiales?

Les deux boxeuses ont été soumises à des tests de féminité de laboratoires lors du Championnat du monde de l’Association internationale de boxe en mars 2023 après que le délégué technique et le juge médical l’ont demandé. Le résultat est arrivé sept jours plus tard et l’IBA les a immédiatement disqualifiées.

Elles avaient 21 jours pour faire appel au Tribunal administratif du sport (TAS). Yu-ting ne l’a pas fait, mais Khelif oui. Celle-ci a toutefois retiré son appel en cours de processus.

L’IBA, présidée par le Russe Umar Kremlev, n’est plus une fédération internationale reconnue par le CIO depuis 2019. Le comité olympique évoque des motifs de transparence financière. La décision a aussi été entérinée par le TAS.

Pourquoi le CIO permet-il aux athlètes de poursuivre le tournoi de boxe olympique?

Tous les athlètes qui participent aux Jeux doivent respecter les règles d’admissibilité et les règles médicales dictées par la Paris 2024 Boxing Unit (PBU). Comme d’autres compétitions olympiques, le genre et l’âge des athlètes sont basés sur les informations du passeport. Les règles s’appliquaient aussi au processus de qualification aux Jeux. Les règles d’admissibilité ne peuvent être modifiées dans une compétition en marche. Toute modification doit respecter un processus rigoureux et être fondée sur des preuves scientifiques, selon les documents du CIO.

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