Consignes sanitaires: abandonnés par les autorités après avoir frappé un orignal

Vincent Larin
Partager
Un jeune couple de Terrebonne a dû soudoyer le conducteur d’une dépanneuse pour quitter le Nouveau-Brunswick après avoir frappé un orignal en pleine nuit, les autorités les ayant abandonnés à leur sort en raison des consignes sanitaires.
Fani Barrette, 28 ans, et Ramez Popel, 26 ans, se souviendront longtemps de la nuit de vendredi à samedi dernier. Ils avaient quitté la couronne nord de Montréal en début de soirée, en direction de Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard, d’où ils devaient prendre le traversier vers les Îles-de-la-Madeleine.

Pour ceux qui souhaitent faire ce trajet de 13h, conduire de nuit est obligatoire s’ils souhaitent pouvoir prendre le seul traversier qui part vers midi puisqu’il n’est plus permis de s’arrêter dans les provinces atlantiques en raison des règles de santé publique qui y sont en vigueur.
Mais alors qu’ils traversent le Nouveau-Brunswick vers 4h du matin, dans la noirceur totale, coup de malchance: ils foncent dans un orignal. Par chance, elle et son conjoint s’en sortent sans blessures, mais leur véhicule est une perte totale.
Arrivés sur place pour constater l’accident, les agents de la Gendarmerie Royale du Canada les ont avertis qu’ils ne pouvaient les embarquer en raison des règles sanitaires en vigueur.
«L’agent a appelé le 8-1-1, il a vraiment essayé de nous aider, mais c’était catégorique. Il a reçu un feu rouge, il n’avait pas le droit de nous embarquer», se souvient Fani Barrette.
Seule solution possible qu’on leur propose: prendre un taxi pour se rendre à Moncton, à 95 kilomètres de là.
Or, aucun taxi ne veut se rendre en pleine nuit jusqu’au lieu de l’accident. Le couple fait donc appel à une dépanneuse et pour 50$, le conducteur accepte de les embarquer, masque au visage, jusqu’à Moncton, en contravention des consignes de ses supérieurs. De là, ils ont réussi à louer une voiture de justesse pour se rendre jusqu’à Souris.
Fani Barrette considère qu'ils ont somme toute été chanceux. Mais le pire risque d’arriver sous peu, croit-elle.
«Il va y avoir d’autres accidents, c’est sûr. Les gens sont obligés de conduire la nuit. Il y a plein d’orignaux, c’est peu éclairé, il peut y avoir de la brume, explique-t-elle, encore sous le choc. Je pense à mes parents, à ma famille, qui font souvent la route.»
Pas moins de quatre accidents graves ont eu lieu sur ce tronçon depuis l’été, a rappelé mercredi le député péquiste Joël Arseneau. L’élu des Îles-de-la-Madeleine s’est servi de l’exemple de l'accident du jeune couple pour demander au gouvernement Legault d’entamer des pourparlers avec le Nouveau-Brunswick en vue d’établir «une voie de passage sécuritaire» pour les personnes désireuses de se rendre dans sa région.
«La plus grande crainte que j'ai c'est que le prochain coup de téléphone soit un appel de la Sûreté du Québec pour nous annoncer que le pire est arrivé, qu'un accident mortel s'est produit. Et ça, je regrette, là, mais la responsabilité du gouvernement du Québec sera évidente si le pire survient au cours des prochaines semaines», a indiqué par la suite Joël Arseneau en point de presse.
APPEL À TOUS
Vous avez vaincu la COVID-19? Le Journal est à la recherche de personnes guéries du coronavirus et qui aimeraient témoigner.
Écrivez-nous à jdm-scoop@quebecormedia.com