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Conquis sans résistance

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2026-05-15T02:07:07Z

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La fièvre du Canadien m’a frappé en plein front. Je l’admets. Mais le voir jouer sur un écran géant sur le cimetière des Nordiques, devant 15 000 personnes, là, c’est trop pour moi.

Je ne commencerai pas à vous dire d’éviter ça, franchement. Le match de samedi y sera présenté aussi. C’est pour les bonnes causes et c’est vraiment trippant.

Comme il était facile de le prédire, c’était presque exclusivement rempli de fans finis du Canadien. Badaboum aurait plutôt dit : infesté.

Mais je suis incapable de ne pas me gratter la tête. J’essaie fort.

Je vous le dis : j’ai suivi l’équipe sur la route et à Montréal en séries. C’est fabuleux et contagieux.

Le côté obscur

Attendons un instant, néanmoins. Montréal, ça reste le club qui braillait quand les Kings sont venus faire leur camp d’entraînement à Québec, même si le CH se fichait de nous depuis cinq ans.

Montréal, c’est l’organisation qui a tout fait pour empêcher Québec de rejoindre la LNH.

Ça fait presque 50 ans. Il faut tourner la page. Sûrement.

Mais beaucoup de ceux qui ont vécu tout ça sont encore furieux.

Ils ont le droit de ne pas avoir de date d’échéance à leur rancœur.

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Et leurs enfants ont grandi en se faisant rappeler de détester le CH.

Et il y a leurs enfants – ça, c’est moi – qui ont seulement connu le Canadien et adorent Nick Suzuki.

Pauvre grand-maman

Ma regrettée grand-maman Nicole, par exemple, aurait déchiré le journal en lisant que le CH serait diffusé au Centre Vidéotron.

Elle trouverait qu’on est conquis sans résister.

J’écris ces lignes juste avant le début du match et j’ai vu un seul chandail des Nordiques. Il avait tellement l’air du dernier des Mohicans qu’il était en entrevue à la télé. Presque tout le monde a un chandail du tricolore. Plusieurs sont même maquillés. Il y a même une boutique souvenir du CH à l’entrée. Grand-maman Nicole capoterait.

Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

J’ai contacté Badaboum. Il m’a dit qu’il était bien heureux de ne pas aller là et qu’il espérait une défaite cinglante du Canadien.

Le plus grand défenseur des Nordiques, c’est le légendaire Jean Furois, qui présidait le fan-club à l’époque.

Photo STEVENS LEBLANC
Photo STEVENS LEBLANC

Âgé de 84 ans, il ne pouvait pas se déplacer pour ce match. Amputé d’une jambe après un accident de vélo, son état limite ses déplacements.

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« Si j’avais pu, j’y serais allé. Pas pour écouter le Canadien. Ça aurait été pour rester assis quand ils marquent », me lance-t-il avec sa voix toujours énergique.

Il écoute beaucoup le Tricolore. « C’est pour les voir perdre. Avant, on avait du fun, on riait tout le temps. Depuis un an ou deux, on a moins de fun », poursuit-il, disant apprécier des joueurs de talent comme Lane Hutson.

« Lui, il m’énerve. Il me met en tabarn@?!*. Parce qu’il est bon et qu’il ne joue pas pour nous autres. »

Chose certaine, il trouve ça « bizarre » comme événement.

Je lui ai dit qu’il risquait d’y avoir une marée de chandails rouges et non bleus.

« Je pense que ce sera du monde qui vient de Montréal ou d’un peu partout dans la province. Il n’y aura pas grand monde de Québec qui va encourager le CH, je ne penserais pas. Sinon, je serai déçu. »

M. Furois prend une pause et me dit : « Je pense que je vais être déçu, hein ? ».

Je me sentais mal de briser son illusion et je crois qu’il connaissait déjà la réponse. On l’a eue quelques heures plus tard.

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