Congédiée car elle voulait participer aux JO: la pionnière du hockey féminin France St-Louis se confie


Rodger Brulotte
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France St-Louis a joué sur la scène internationale de 1990 à 1999 avec l’équipe canadienne de hockey féminin qui a remporté cinq fois le Championnat du monde, qui était seulement disputé tous les deux ans. À l’âge de 39 ans, elle faisait partie de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques de Nagano. C’était le tout premier tournoi olympique de hockey féminin. L’équipe a remporté la médaille d’argent malgré le fait qu’elle avait remporté cinq Championnats du monde consécutifs.
Cette défaite a fait tellement mal à St-Louis qu’elle n’a pu s’empêcher de s’effondrer en larmes après la défaite. Cependant, cette défaite a permis au hockey féminin d’avoir sa place aux Jeux olympiques. Finalement, la victoire des Américaines a propulsé le hockey féminin sur la scène internationale.
Avant de s’y rendre, aux Olympiques, cela a été très difficile et même pénible. Lorsque tu es une pionnière dans ton sport, il y a plusieurs embûches. Aujourd’hui, on n’ose même pas penser qu’elles existaient.
Son rêve d’athlète pouvait être détruit par une personne
Elle a été invitée à Calgary afin de participer au camp d’entraînement féminin pour les Jeux olympiques qui se dérouleraient à Nagano. Elle a demandé à sa directrice d’école, où elle enseignait, un congé sans solde, car le camp avait lieu pour une durée de huit mois. Elle a été étonnée quand la directrice lui a refusé son congé sans solde. La directrice en a même ajouté davantage. France devait choisir entre enseigner ou essayer de faire partie de l’équipe canadienne olympique. Elle lui a clairement dit que si elle allait au camp d’entraînement, elle était congédiée. Son rêve d’athlète pouvait être détruit par une personne qui n’avait aucun souci pour la décision qu’elle imposait à France.
Les médias ont fait état de cette situation que France devait vivre. Un tollé venant de parents a forcé la main de la directrice, qui a finalement accordé le congé sans solde à France.
Pour ajouter l’injure à l’insulte, la directrice lui a demandé à son retour à l’école de porter la médaille d’argent qu’elle avait remportée aux Jeux olympiques.
Sans aucune hésitation, il n’était pas question qu’elle prive les enfants d’un si beau moment. Cependant, une fois la cérémonie terminée, elle a remis sur le champ sa démission à la directrice de l’école.
France St-Louis est membre du Panthéon des sports du Québec, elle a reçu l’Ordre du hockey au Canada et fut intronisée au Temple de la renommée du hockey québécois, lauréate d’une mention d’honneur de l’Association québécoise de pédagogie collégiale, cheffe de mission adjointe aux Jeux olympiques de Sotchi et nommée femme d’influence à l’ACAFS en 2014.
Ne mérite-t-elle pas sa place au Temple de la renommée du hockey?
Pas de place pour les filles au hockey mineur

Tu es originaire de Laval.
J’avais trois ans quand nous sommes allés vivre à Rimouski, car mon père, Guy St-Louis, était un représentant des ventes pour la brasserie Labatt. Quelques années plus tard, mon père a eu un nouveau poste avec la brasserie à Montréal.
Ton frère, c’était ton premier entraîneur.
Mon frère, Bernard, m’a permis d’exceller au hockey. Il me donnait la chance de jouer avec lui et ses amis à la patinoire du parc pas loin de chez nous. Parfois, c’était drôle quand un gars disait en pointant vers moi: «Il a une voix de fille». Mon frère lui répondait rapidement: «Oui, c’est ma sœur, et ne la frappe pas.»
Il n’y avait pas de place pour les filles au sein des équipes de hockey mineur.
M. Collerette était le responsable du hockey aux Loisirs Saint-Alphonse. Il n’était pas question que je joue au sein d’une équipe de gars. Tellement, il m’a empêchée de jouer avec mon frère lors d’un match exhibition père et fils. J’ai finalement été obligée de jouer avec la formation des parents.
Tes parents ne t’ont jamais empêchée de jouer au hockey.
Au contraire, mon père, Guy, et ma mère, Lise, m’encourageaient, ils assistaient à mes matchs même lorsque je pratiquais l’athlétisme, ils étaient présents.
Qu’est-ce qui a été difficile pour toi?
Le manque de respect du hockey féminin et surtout l’idée stéréotypée de certaines personnes jugeant la fille jouant au hockey.
Voudrais-tu approfondir ta réflexion?
Je suis invitée à faire une interview radio avec Pierre Pascau, qui anime le talk-show radio numéro un au Canada. Il a été surpris de rencontrer une fille mince jouant au hockey. Il pensait que les joueuses de hockey étaient bâties comme «des chauffeurs de camion».
Quelle a été ta réaction?
Je lui ai fait part de ma déception concernant ses opinions concernant les joueuses de hockey féminin.
Vous aviez plusieurs autres obstacles à surmonter.
Les filles qui ont fait partie des équipes canadiennes au Championnat du monde n’avaient aucune subvention. Trouver des heures de glace avant 23h, c’était presque impossible.
Les commandites.
Les commandites pour des ligues de garage masculines étaient courantes. Tandis que pour les équipes de filles, plus souvent qu’autrement, on n’avait même pas un retour d’appel.
Tu as pu réaliser ton rêve de faire partie de l’équipe olympienne.
J’ai 39 ans et je savais que c’était ma seule et dernière chance. J’ai remporté plusieurs championnats, cependant. Quand l’entraîneur d’Équipe Canada a confirmé ma présence au sein de l’équipe, juste à y penser, j’ai encore des frissons.
Tu es une pionnière pour les filles.
À l’Université de Sherbrooke, j’étais la première fille à suivre des cours de hockey avec les gars. J’ai été une des fondatrices du sport-études de hockey féminin à Boucherville.
Une première école de hockey pour les filles.
Il y a des écoles de hockey de garçons qui permettaient aux filles d’y assister. Mon école, c’était complètement l’inverse. C’était une école de hockey pour des filles et avec le temps les gars se sont ajoutés.

Ton école a pris de l’expansion.
J’ai été invitée comme conseillère pour l’équipe féminine de hockey de la France. En plus, je donnais des leçons de hockey aux jeunes en France. Pendant huit ans, je me suis rendue au Japon pour partager mes connaissances. J’ai même joué au hockey une saison en Suisse pour la formation de Lyss, du canton de Berne.
Tu as été nommée cheffe de mission adjointe aux Jeux olympiques de Sotchi.
Steve Podborski était à la tête de la délégation canadienne à titre de chef de mission tandis que moi, j’ai partagé le rôle de cheffe de mission adjointe avec Jean-Luc Brassard. Quel beau moment extraordinaire pour moi et surtout pour la reconnaissance du hockey féminin!
De quoi es-tu le plus fière?
Sans aucun doute, le programme féminin de hockey au Canada qui est maintenant offert aux filles. Sur une note personnelle, la carrière de Caroline Ouellette comme joueuse et maintenant comme entraîneuse à l’Université Concordia. À ses débuts, je l’ai conseillée beaucoup.
Tu es à la retraite maintenant.
J’ai enseigné au primaire, au secondaire et au cégep. Aujourd’hui, je suis détentrice de billets de saison pour la nouvelle équipe féminine de hockey professionnel montréalaise. Mon plaisir, c’est de garder à l’occasion les enfants de Caroline Ouellette.