Comprendre le phénomène Michel Laplante en 9 histoires


Jean-Nicolas Blanchet
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Je vais déclarer mon intérêt dès le départ. J’adore Michel Laplante.
C’est le parrain de mon neveu, j’ai joué au hockey avec lui longtemps (j’ai essayé), il me donnait des cours comme lanceur quand j’avais 14 ans et c’est devenu un ami. Pour son départ des Capitales, j’ai décidé de sortir neuf (comme son numéro) histoires qui pourront vous permettre de mieux comprendre ce phénomène ou ce «superhéros», comme plusieurs de ses proches aiment le qualifier.
J’ai été témoin de certaines de ses anecdotes, mais, sinon, j’ai demandé à ses amis, joueurs et ex-coéquipiers Jean-Philippe Roy, David Glaude, Charles Demers, Steve Jobidon, Patrick Scalabrini et Olivier Lépine de m’aider.
La fois qu’il voulait faire Capi après l’accident d’hélicoptère

Le 4 septembre 2016, Laplante et ses amis Frédéric Décoste et Bob Bissonnette ont été victimes d’un écrasement en hélicoptère. Michel a été le seul survivant. Trois jours plus tard, les Capitales amorçaient leur série à domicile et ont rendu hommage aux deux victimes. Mais il était hors de question pour Michel Laplante de rater cette soirée.
Il ne voulait toutefois pas qu’on sache qu’il est là pour éviter de détourner l’attention. Évidemment, le personnel hospitalier au Nouveau-Brunswick, là où s’est produit l’accident, était contre l’idée. C’était trop dangereux pour sa santé. Michel Laplante était toujours mal en point. Mais non, il a décidé de signer une décharge, de partir et d’embarquer dans une voiture durant six heures pour être présent.
Son idée, c’était de porter le costume de Capi, ce que le médecin des Capitales lui a interdit en raison des risques d’infection de ses nombreuses plaies. Michel a donc embarqué dans un véhicule avec des vitres teintées qui a circulé sur le terrain avant le match comme véhicule promotionnel du commanditaire, le Groupe JD. Personne ne l’a su, sauf quelques proches.
L’homme-orchestre des Capitales

C’était beaucoup plus que le président des Capitales, Michel Laplante. C’était lui qui arrosait les fleurs sur la terrasse, qui versait parfois la bière pour les clients, qui déneigeait l’hiver, qui vidait les poubelles, qui posait les collants de numéros de siège au début de l’année, qui installait les pancartes des commanditaires, qui était le technicien du son durant les matchs, qui veillait à la sécurité des enfants dans les jeux gonflables et qui, après chaque match, saluait chaque partisan à la sortie. Il ne faisait pas ça tout seul. Mais ça fait partie des tâches qu’on pouvait le voir faire durant un match.
L’athlète énervant

C’est énervant de voir aller Michel Laplante dans tous les sports. Car il est bon dans tout et il va tout faire pour te battre dans tout. Au tennis, c’était un talent d’exception. Vous en parlerez à Maria Sharapova, qui avait été surprise de le voir lui renvoyer plusieurs balles en 2003 dans le cadre de la Coupe Banque Nationale du Québec. Ou quand il a commencé à jouer au volleyball pour le plaisir et qu’en quelques semaines, le Rouge et Or de l’Université Laval voulait le recruter. Ou quand il est devenu un des lanceurs les plus dominants de son repêchage avec les Pirates en 1992 avant de se blesser et de faire son chemin jusqu’aux ligues majeures. Et ça faisait trois ans qu’il jouait dans du baseball organisé.
Au golf, il ne joue pas la normale souvent, mais il va jouer la normale la fois où vous allez lui dire qu’il n’est pas capable de jouer la normale. Et il s’est mis à jouer du piano, à jouer de la guitare et à chanter... et il s’en tire bien. C’est presque frustrant. Le regretté Bob Bissonnette en aurait long à dire sur ce point. Au party de «bachelor» de Laplante, en 2016, Bob devait battre Michel aux quilles, mais ce dernier devait jouer de sa mauvaise main avec une mitaine de four. Bob a perdu..
Le toutou qui symbolise que tout est possible
On est au début des années 90. Michel et son épouse, Francine, sont dans le début de la vingtaine et arrivent en Floride alors que Michel évolue dans le secteur de Bradenton, près de Tampa Bay, avec l’organisation des Pirates de Pittsburgh. Un soir, les deux vont à un petit parc d’attractions et Francine tombe en amour avec un toutou de Milou, le chien de Tintin. Mais c’est un toutou d’environ un mètre de haut. Pour le gagner, Michel doit lancer une balle dans une bouche de requin. Il ne parle pas trop anglais, alors il n’est pas certain de comprendre et il se demande si ce n’est pas plutôt 20 balles de suite qu’il doit lancer. Mais non, c’est 2$, une balle, et s’il réussit, le toutou est à lui. Il prend la balle, la garroche directement dans la bouche du requin et Francine à son toutou. Dans sa belle naïveté, Michel explique à l’employé du jeu qu’il ne devrait pas donner ses toutous comme ça aussi facilement et l’employé lui réplique que c’est la première fois qu’il donne un toutou, qu’il s’agit d’une illusion d’optique et qu’il n’y a presque aucune chance de réussir. Le gros Milou est resté avec Francine et Michel de longues années. Ça représentait pour le couple qu’il ne faut pas reculer devant l’impossible, m’a raconté Michel.
La première rencontre entre Lépine et Laplante

Un des meilleurs amis de Michel Laplante est l’ancien receveur Olivier Lépine, avec qui il a formé un duo redoutable. Leur première rencontre, c’est en 1999. Lépine est tout jeune. Il a 20 ans. Il arrive des Alouettes de Charlesbourg et ne connaît pas trop ce lanceur très bon, mais un peu bizarre: Michel Laplante.
Un frappeur vedette de la ligue arrive au bâton, il s’appelait Ryan Kane. Michel va voir Olivier et il lui dit: «Je vais lancer une glissante en plein milieu et il va la laisser passer, ensuite, une glissante au sol, et il va s’élancer. Ce sera zéro balle, deux prises et je vais lancer une rapide à l’intérieur pour le repousser du marbre et ensuite une autre glissante au sol et il va s’élancer dans le beurre. Assure-toi de bloquer la dernière glissante», m’a raconté Olivier. C’est exactement ça qui est arrivé. Ça fait 25 ans et Lépine me raconte encore ça avec un air ébahi.
Pas juste un peu drôle

Michel Laplante n’a pas vraiment de limites lorsqu’il veut faire rire ou lorsqu’il décide de jouer des tours. Pour aider un joueur qui tentait de plaire à une spectatrice, il est déjà allé dire à la dame que le joueur était vraiment un des plus appréciés de son équipe, car il allait acheter des Mr. Freeze à toute l’équipe quand il faisait trop chaud. Ou il a déjà conseillé à un partisan de prendre le fameux raccourci pour faire Québec–Val-d’Or en cinq heures au lieu de huit, à passant à côté d’une église à La Tuque. Un raccourci qui, évidemment, n’existe pas. Mais ce partisan l’a cru, a perdu un temps fou et est revenu au stade pour lui dire qu’il ne l’avait jamais trouvé.
On peut parler de la fois aussi où il avait dit à des partisans que le Centre Vidéotron avait été conçu pour s’étirer durant l’été pour se transformer en stade de baseball pour les Capitales. Cette blague a viré en rumeur, si bien que plusieurs partisans des Remparts ont contacté les Capitales pour savoir si leur abonnement au hockey allait aussi pouvoir être utilisé pour le baseball.
Il aimait aussi jouer «l’épais» à ses débuts dans le baseball professionnel pour caricaturer son personnage de l’Abitibi. Il demanda à son entraîneur, la première fois qu’il a pris l’avion, s’il allait voir la ligne de la frontière entre le Canada et les États-Unis à partir du ciel. Ou il criait chaque fois qu’un ballon était frappé, car il craignait que la balle frappe un avion quand il jouait à Orlando près de l’aéroport. Beaucoup de gens dans le monde du baseball en Amérique du Nord le connaissent pour ce côté hilarant.
Le projet le plus fou


Michel Laplante a amené Éric Gagné, les Cubains, les championnats... mais son plus grands succès ou héritage est le terrain synthétique et le dôme qui sert durant l’hiver au stade Canac. Avant ce projet, le stade servait exclusivement aux Capitales et aux Diamants de Québec. Aujourd’hui, les Capitales utilisent le terrain 13% du temps. Sinon, c’est le baseball mineur, le sport-étude, le soccer, le frisbee, etc. Ce projet qu’on n’avait jamais vu ailleurs au Québec a permis d’utiliser le stade à longueur d’année, mais aussi, et surtout, de justifier les investissements publics pour le stade.
La Ville n’allait plus seulement aider les Capitales en injectant de l’argent dans le stade, elle le faisait maintenant pour toute la communauté du sport amateur. Et ç’a fait boule de neige. Ç’a permis de donner le stade à la population qui, en retour, s’est mise à remplir le stade Canac pour le match des Capitales. Toute cette vision, c’est Michel Laplante. Le projet a bien failli ne jamais voir le jour, car tout devait se signer quelques jours après son accident d’hélicoptère. De son lit d’hôpital, Michel Laplante a contacté les intervenants pour leur dire qu’il n’allait pas abandonner ce projet.
Le chum de tout le monde

Le Wayne Gretzky du baseball à Cuba, c’est Lourdes Gurriel Sr. C’est un des joueurs les plus décorés du pays depuis la révolution. C’est un héros là-bas. C’est aussi le père de deux joueurs des ligues majeures de baseball. Quand Michel Laplante a réussi le miracle diplomatique de faire jouer des Cubains à Québec, il a tellement réussi à avoir une bonne relation avec Lourdes qu’il a même dormi chez lui et est devenu son grand chum. On peut parler de Felipe Alou aussi. Si vous avez déjà croisé l’ancien gérant des Expos dans le Vieux-Québec avec sa canne à pêche, vous n’avez pas rêvé, c’est qu’il revenait d’un voyage de pêche avec Michel Laplante et aimait qu’on le laisse assez loin de son hôtel pour marcher.
Pas comme les autres

Comme journaliste, si vous pensiez réussir à dénicher une bonne histoire avant un match des Capitales quand il était gérant; bonne chance! «Ça n’avait aucun sens. Il parlait de n’importe quoi. Il appelait un de ses amis de Val-d’Or qui était capable de dire des phrases à l’envers au lieu de nous parler de baseball. On sortait de là et on se grattait la tête», m’a raconté mon collègue Stéphane Cadorette, qui couvrait l’équipe quand Laplante étant gérant. Jean-Philippe Roy a été entraîneur adjoint avec Laplante et il en rajoute. «À un moment donné, il m’a dit: “Regarde, je vais aller voir le lanceur, mais je vais le garder dans le match et tout le monde va me huer. Mais ce n’est pas grave, je veux que ce lanceur sente que j’ai confiance en lui.” Il est allé voir le lanceur et ça s’est mis à crier pour le huer. Ça démontre juste à quel point il faisait passer les autres avant lui et défendait son monde.»
Patrick Scalabrini a aussi longtemps été témoin de son approche particulière. «Tu n’as pas idée de ce qu’il pouvait dire à un joueur, que ce soit vrai ou pas, juste pour que ce joueur se sente invincible et déborde de confiance. Et ça marchait!» Même sa vision de l’avenir, sans revenu avec les Capitales, expose comment il ne voit pas la vie comme tout le monde. Il dit sincèrement qu’il n’a pas de plan et fait confiance à la vie. «Je vais travailler au Subway s’il le faut et je vais être heureux! Dans le sens que je ne vois rien comme un sous-métier». Vous pouvez être certain qu’ils seront plusieurs à courir après lui.