Comment un attaquant avec les habiletés et le potentiel de Michael Hage est tombé dans les mains du Canadien au 21e rang d'un repêchage?
La question a fait tourner le petit rongeur dans ma tête, et pas à peu près, pendant que l’espoir du CH empilait 15 points et sept matchs sous mes yeux au Minnesota pour dominer le Championnat mondial junior.
Avec les données à notre disposition aujourd’hui, Hage aurait probablement été repêché bien plus tôt à Las Vegas en 2024.
Devant plusieurs attaquants
Le directeur général et entraîneur-chef de Hage l'année de ce repêchage, c'était Mike Garman, du Steel de Chicago, dans le junior majeur aux États-Unis (USHL). C'est par lui que les équipes de la LNH passaient pour récolter de l'info.
«Quand on était entrés dans la deuxième portion du premier tour, je me suis dit : "Oh mon dieu. Quiconque a la chance de le choisir là va être vraiment chanceux"», m’a confié Garman.
On ne comparera pas Hage aux défenseurs qui lui ont été préférés parce que chaque équipe a ses besoins.
J'ai de bonnes raisons de croire que sa sa trajectoire le place devant ces huit attaquants choisis devant lui : Cole Eiserman (20e, Islanders), Trevor Connelly (19e, Golden Knights), Sacha Boisvert (18e, Blackhawks), Terik Parascak (17e, Capitals), Michael Brandsegg-Nygard (15e, Red Wings), Konsta Helenius (14e, Sabres), Jett Luchanko (13e, Flyers) et Berkly Catton (8e, Seattle).
Ça peut changer, hein. Au hockey, bien des opinions vieillissent comme du lait au soleil en à peine un an. Mais en ce moment, je vois mal un DG échanger Hage contre un des noms plus haut.
Le CH le voyait bien plus haut
«J’étais surpris parce qu’il était meilleur que les joueurs repêchés dans les mêmes eaux que lui», a admis Garman sans mentionner qui que ce soit.
On met Hage en compétition avec Tij Iginla (6e, Mammoth). Si A+ est «élite» (pensez à Ivan Demidov), disons que les deux sont des espoirs de la catégorie A ou A-. On a écarté Cayden Lindstrom (4e, Blue Jackets) de l'exercice, puisqu'il n'a pas assez joué.
Après le premier tour en 2024, Kent Hughes avait lancé aux journalistes à Las Vegas que Hage était «bien plus haut que 21e sur notre liste».
Quand le Canadien songeait à faire une transaction pour s’avancer, le codirecteur du recrutement amateur Nick Bobrov estimait à «20%» les chances de mettre le grappin sur Hage au 21e rang.
Qu'est-ce qui s'est passé, alors? Parce que les autres clubs de la LNH ne sont pas simplement idiots.

Voici les raisons
Voici le résultat de ma petite enquête.
Septembre 2022, un tout jeune Hage s'est déchiré une épaule à son tout premier entraînement avec le Steel. Cette année-là, les recruteurs l'ont vu pendant 19 matchs seulement.
«Il est un peu tombé sous le radar après», a mentionné son bon ami Zayne Parekh, qui le connait depuis l’âge de 7 ans.
«La USHL, c’était une énorme décision pour lui. Il allait être repêché très haut en Ontario [9e par Kitchener]. Soudainement, il n’était plus capable de jouer», a ressassé Garman.
Rien pour aider sa cote, il était méconnaissable au début de son année de repêchage. Hage, éprouvé par le décès tragique de son père au cours de l’été, sentait l’urgence de se faire valoir après une saison écourtée.
Après 24 matchs, il avait 24 points et un différentiel de -9. Le Steel montrait l’une des pires fiches de la USHL.
«Je crois qu’il pensait au repêchage et qu’il essayait de trop en faire», s'est rappellé Garman. «On a eu plusieurs dures conversations, dans le blanc des yeux.»
Au retour des Fêtes, le train est parti à pleine vapeur. Pour les 30 matchs suivants, Hage a amassé 51 points et compilé un différentiel de +26. Trente-cinq buts de différence entre deux moitiés de saison pour le +/- !
Avec le recul, le «quart-arrière du lundi» repêche Hage dans le top 15 les deux doigts dans le nez. Bien beau, mais en 2024, il fallait mettre sa foi dans 30 matchs. Pas aussi évident qu'il n'y paraît.
Plus facile d'être agressif, aussi, quand on profite de liens privilégiés avec le club de Hage. Le directeur au développement des joueurs, Adam Nicholas, a longtemps travaillé pour le Steel.

Vers la LNH
«J'ai eu de bonnes conversations avec Nicholas», a confirmé Garman. «Mais je n'avais aucune idée de qui allait le prendre. Je savais qu'il ne serait pas choisi dans le top 10. Son nom sortait autour du 15e rang, mais aussi au début du deuxième tour.»
Garman est désormais entraîneur adjoint à Notre Dame dans la NCAA. Au moment de notre discussion, il s’apprêtait à affronter Hage et l’Université du Michigan.
Sans trop dévoiler ses cartes, Hughes parlait récemment de Hage comme d’un joueur qui pourrait l’aider en fin de saison. Du bout des lèvres, il a fait allusion aux jeunes qui pourraient foutre en l'air le plan, comme Lane Hutson l'avait fait.
«Il va faire ce qu'il faut pour exceller, a prédit Garman. C'est un petit gars qui trouve des solutions. De gros défis l'attendent dans la LNH, mais tu peux être ferme avec lui. Il répond bien à ça.»

