Comment le hip-hop a sauvé mon adolescence


Anne-Lovely Etienne
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BILLET - Le 1er août dernier, au Centre Bell, 50 Cent et d’autres stars du rap ont livré un concert qui m’a replongée dans les années où Anne-Lovely, 16 ans, était encore en quête de son identité. La musique hip-hop a encore souvent mauvaise presse alors que pourtant, elle a été essentielle dans mon développement personnel. Voici pourquoi.
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Laissez-moi donc vous transporter aux débuts des années 2000. À Lachine, dans ma chambre d’ado que je partageais avec ma petite sœur, les murs étaient tapissés d’affiches de mes idoles Afro-Américain.es de la scène R&B, rap et pop.

Name it: The Notorious B.I.G., Dr Dre, Outkast, Missy Elliot, Eve, Snoop Dog, Xzibit, Busta Rhymes, Lil’ Kim, Mobb Deep, Fabolous, Kardinal Offishal, Eminem, G-Unit, Lauren Hill, Wyclef Jean...
Ma connaissance de la musique hip-hop m’a permis de connecter avec des amis provenant d’un milieu totalement différent du mien, c’est-à-dire de la bourgeoisie. Mes parents n’avaient pas du tout le même style de vie, car ils étaient issus de l’immigration et mettaient les bouchées doubles pour m’envoyer à l'école privée.
Imaginez-vous deux secondes la petite Noire curvy en pleine poussée d’acné parmi l'élite blanche, mais qui vibe à la pause de récréation grâce à l’album 2001 Chronic de Dr Dre!
Un garçon populaire m’avait même invitée à la danse de l’école sachant que je pouvais très bien me débrouiller sur la piste de danse sous les rythmes déchaînés de 50 Cent.
Je vous raconte tout ça parce que la musique m'a permis de me bâtir un filet social, sans même m’en rendre compte.
Plus que des gangsters, des boîtes de nuit et des femmes en string
Au fil du temps, le hip-hop s’est construit une bien mauvaise réputation auprès du grand public pour toutes les raisons que les médias de masse rapportent: misogynie, incitation à la violence et au gangstérisme, homophobie, exploitation des femmes...
En effet, ce style est associé à la rue, à l'agressivité, aux proxénètes et à la masculinité toxique. Mais il est aussi, pour moi, une voix qui porte la réalité des injustices sociales, la dénonciation au racisme, la spiritualité, l'espoir... Je m’explique.
Je prends pour exemple l’album The Carnival, de Wyclef Jean, qui m’a ouvert une porte sur l’héritage de la culture de mes parents. Wyclef est le premier rappeur international à afficher fièrement ses racines haïtiennes. À la sortie de ce disque, la petite fille de 12 ans que j’étais était fière de traduire des lyrics en créole à mes copains et copines. Cela me rendait très fière à mon tour d’être originaire d’Haïti!
J’écoutais cet album et je m’y reconnaissais.
Wyclef y relate entres autres la réalité de nos parents immigrants qui travaillent dur dans les usines et les manufactures pour subvenir aux besoins de leurs enfants.
Ses paroles dévoilent aussi son intégration difficile à l'école, lorsqu’il a été arraché à sa grand-mère en Haïti, pour venir vivre aux États-Unis. Il exprime que le choix facile de faire partie d’un gang est alléchant quand on est jeune et con. Une de ses chansons évoque également le vaudou et la chrétienté et j’en étais bouche bée en l’écoutant, parce que jamais auparavant la musique mainstream faisait place à ce type de sujet.
Il aborde avec finesse la question du colorisme en Haïti, où la texture des cheveux et le pigment de la carnation détermine encore la classe sociale.
Je réalisais enfin que je n’étais pas seule. Mes amies pour la plupart de descendance européenne ne comprenaient pas ma réalité, mais Wyclef oui.
Les figures féminines du hip-hop
Parlons des femmes rappeuses. Bien avant Simone de Beauvoir, elles ont été pour moi les premières figures du féminisme.
Lorsque je pense à des femmes comme Queen Latifah, Eve, Lil’ Kim, Lauren Hill ou encore Missy Elliot, ce sont toutes des femmes noires bourrées de talent qui ont foncé tête première dans un domaine où les hommes dominaient et qui n’ont pas eu peur, par leur plume et leur flow, de dénoncer la violence conjugale (Love is Blind d’Eve), la libération sexuelle (How many licks de Lil’ Kim), l’estime de soi en tant que femme noire (I’m Really Hot de Missy Elliot), le désespoir d’une relation amoureux toxique (Ex-Factor de Lauryn Hill)...
Puis, l’art du rap de Queen Latifah m’a sensibilisé au harcèlement sexuel avec le tube U.N.I.T.Y. et l'égalité des sexes avec la chanson Nuff of the Ruff Stuff.
Et que dire des vidéoclips? Ces femmes étaient assumées avec leur style, leurs cheveux, leurs courbes ou encore leurs vêtements excentriques. Elles avaient du cran, de l’audace et du caractère pour affronter tous les préjugés que dégagent l’image d’une femme noire forte.
Je n’avais qu’à appuyer PLAY sur mon stéréo vintage et la magie opérait: quelle que soit l’origine de mon entourage, mes girls et moi chantions ou rappions à tue-tête les verses de ces femmes qui pendant l’instant de deux ou trois minutes nous armaient de quelques minutions de super-pouvoirs de femmes!
Ici, le rap international rassemble
Au Québec, le populaire entrepreneur Olivier Primeau a eu l’idée de génie d’inaugurer le festival Metro Metro qui présente, tous les mois de mai, les plus grandes stars du rap au monde, dont Snoop Dogg et Travis Scott. Et ça fonctionne. Big time.
En juin, les Francos de Montréal ont demandé à FouKi de présenter le grand spectacle pour lancer en grande pompe le festival et ce fut un véritable succès, rassemblant des milliers de spectateurs à la Place des Festivals.

Cet été, le Groupe Evenko a affiché complet pour Drake au mois de juillet et 50 Cent au mois d’août.

Le week-end dernier, à Osheaga, la tête d'affiche était nulle autre qu’une grande star du hip-hop moderne, Kendrick Lamar. L’an dernier, la vedette de trap Future n’avait pas manquer son coup en enflammant le parc Jean-Drapeau.
Recette gagnante: le rap + l’été = Montréal se transforme en sa plus belle version. Mosaïque multiculturelle inclusive et joyeuse... loin de tout ce qu’on dit du hip-hop.