Comment la «ronde zéro» pourrait sauver la LNH

Jean-Charles Lajoie
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Le vieil adage dit que le plaisir croît avec l’usage... je n’ai personnellement aucune raison de croire que l’adage ne dit pas vrai. Est-ce que la Ligue nationale de hockey a les même croyances que moi? Pas certain de ça.
Comment le parent pauvre des sports majeurs nord-américains peut-il se permettre de ne pas réfléchir à augmenter ses revenus en dehors d’augmenter son nombre de franchises et d’en collecter un fruit important, ce qui est tout à fait légitime?
Est-ce que les penseurs autour de Gary Bettman manquent de vision à ce point-là? Il y a une évidence lorsqu’il est question de revenus en valeur ajoutée pour la Ligue nationale : le nombre d’équipes admises en séries de fin de saison.
À titre d’exemple, le 6 juin 67, alors que les Leafs de Toronto venaient de remporter leur dernière coupe Stanley encore à ce jour, la Ligue nationale tenait un repêchage d’expansion visant à nourrir les six nouvelles franchises du circuit, qui passait ainsi de six à 12 formations.
La Ligue en a profité pour doubler son nombre de clubs en séries, le faisant passer de quatre sur six à huit sur 12, un ratio de 66% plutôt que 75% alors que se disputaient la coupe les six concessions originales...
Rendue à 18 équipes en 74-75, la Ligue en admet 12 en séries de fin de saison, avec un premier tour en mode séries deux de trois expéditives... une formule qui va tenir jusqu’à la quatrième conquête de la coupe Stanley de suite du Canadien au printemps de 1979, un gain en cinq petits matchs en grande finale face aux Rangers de New York dans une confrontation devant le filet entre les légendes Ken Dryden et John Davidson.
La fusion avec l’association mondiale de hockey fait entrer quatre nouvelles franchises à temps plein pour la saison 79-80, faisant passer la ligue à 21 équipes, dont les Nordiques de Québec.
C’est à cette occasion qu’est née la bonne vieille division Adams dans laquelle s’entretuaient le Canadien, les Nordiques, les Bruins, les Sabres et les Whalers de Hartford...
Seize des 21 clubs de la Ligue allaient désormais être admis dans le gros tournoi... un nombre qui perdure 44 printemps plus tard, et ce, malgré une augmentation de plus de 50% du nombre de franchises, désormais décomptées à 32 plutôt que 21.
La Ligue nationale ne permet hélas qu’à 50% de ses équipes de prendre part aux séries. Seize clubs sur 32, c’est trop peu... et c’est hasardeux.
D’abord, la Ligue se prive de revenus additionnels importants. Elle prive aussi les partisans de plusieurs de ses équipes d’un niveau de compétition digne de ce qu’elle veut demeurer, la meilleure ligue de hockey au monde.
Trop d’équipes gèrent en fonction de leurs faibles probabilités de prendre part aux séries éliminatoires. Elles démissionnent plus rapidement pendant la saison régulière, elles vendent leurs meilleurs éléments au plus offrant dans l’espoir de recruter davantage et mieux, et de trouver lors des séances de sélection la perle rare qui va les emmener à la terre promise.
Conséquence directe : l’intérêt diminue, les ventes de billets stagnent, les auditoires télé baissent. La Ligue ne fait qu’encaisser défaites par-dessus défaites en raison de ce conservatisme obscurant et dépassé.
À titre d’exemple, la puissante NBA, qui engrange presque le double de recettes de la Ligue nationale de hockey annuellement, a créé un championnat à l’intérieur de son calendrier régulier, le «in-season tournament» afin de stimuler l’intérêt et les revenus peu importe le marché et/ou comment il sur-ou-sous-performe.
Elle a de surcroît créé la ronde 0 en séries, le «play-in tournament». Au final, 20 des 30 équipes de la ligue continuent de jouer après le calendrier régulier, 66% des cadres ont droit au grand rêve de championnat.
Le public embarque, les joueurs aussi et avec grand entrain. L’intérêt des commanditaires et des diffuseurs augmente. Et... bien évidemment, les revenus suivent en valeur ajoutée.
La Ligue nationale démontre un intérêt clair à copier ce mouvement avec le retour aux Jeux olympiques et la création de la coupe des nations, éventuellement de la Coupe du monde.
Mais qu’est-ce qu’elle attend pour ajouter un «play-in tournament» qui permettrait à au moins quatre équipes de plus de participer à la grande danse du printemps? Sincèrement, le «play-in», si c’était ma décision, il impliquerait huit équipes, permettant à 24 des 32 franchises de rêver de soulever le gros trophée qui reposait sur ce plateau pas plus tard qu’hier.
Avec l’augmentation prévue à 36 franchises d’ici 10 ans, en admettre 24 en séries, c’est vraiment pas trop demandé. La Ligue a le devoir de tenir une majorité de ses équipes loin du spectre de la médiocrité, car celles-ci, dans certains cas, semblent incapable de le faire par elles-mêmes.