Tous les résultats
Publicité

Comme si la COVID-19 n’existait pas en Alberta

Le gouvernement Kenney a aboli l’essentiel des restrictions sanitaires en Alberta

De nombreux spectateurs s’étaient rassemblés pour un concert du groupe Glass Tiger dans le cadre du Edmonton Rock Fest, à Edmonton, le 14 août.  En Alberta, de nombreux citoyens vivent comme si le virus de la COVID-19 n’existait pas.
De nombreux spectateurs s’étaient rassemblés pour un concert du groupe Glass Tiger dans le cadre du Edmonton Rock Fest, à Edmonton, le 14 août. En Alberta, de nombreux citoyens vivent comme si le virus de la COVID-19 n’existait pas. Photo Reuters
Photo portrait de Patrick Bellerose

Patrick Bellerose

2021-08-22T02:48:07Z
2021-08-22T13:25:44Z

Partager

EDMONTON | Entre le Québec et l’Alberta, le contraste sur les mesures sanitaires est complet. De nombreux Albertains vivent comme si le virus n’existait pas. 

Pourtant, sur le vol d’Air Canada entre Montréal et Calgary, les agents de bord semblaient prêts à entrer dans un bloc opératoire: lunettes de protection, masque KN95, jaquette et gants jetables. 

Mais à la descente de l’avion, le port du masque devient aléatoire. Et plus on s’éloigne des grands centres, plus les mesures sanitaires deviennent un lointain – et mauvais – souvenir. 

C’est que le premier ministre Jason Kenney a mis fin aux principales restrictions sanitaires le 1er juillet dernier. Le masque demeure requis dans les transports en commun, mais cette exigence devrait tomber le 27 septembre prochain. Il sera alors seulement exigé dans certains établissements de santé. Certaines universités et écoles, ainsi que des événements sportifs ou culturels, imposeront également leurs propres mesures sanitaires sur une base volontaire. 

On est bien loin des mesures annoncées récemment par le gouvernement Legault, comme le passeport sanitaire et le retour du masque en classe au cégep et à l’université. 

Publicité

Manifs pro-mesures sanitaires

Contrairement au Québec, ce sont donc les citoyens en faveur des mesures sanitaires qui manifestent dans la rue en Alberta. 

L’urgentologue Joe Vipond a récemment organisé plusieurs rassemblements afin d’empêcher le gouvernement d’aller encore plus loin, en mettant fin aux tests, au traçage et à l’isolement obligatoire des personnes infectées. 

Le gouvernement Kenney a finalement reculé à la mi-août, en prolongeant ces mesures au moins jusqu’à la fin du mois de septembre. 

«Au moins, on a réussi à infirmer cette décision, ils ne seront pas capables de cacher les chiffres, dit Joe Vipond. Mais il y aura quand même une croissance exponentielle [des cas], parce qu’il n’y a pas de politique en place pour l’endiguer.» 

Les chiffres tendent à lui donner raison. Jeudi dernier, l’Alberta rapportait 749 nouveaux cas de COVID-19, alors que la province compte seulement la moitié de la population du Québec. 

Polarisation

Pour le professeur de science politique Frédéric Boily, le premier ministre Kenney a voulu contenter ses électeurs les plus conservateurs, portés sur la défense des libertés individuelles, en annonçant la fin des restrictions. 

«On peut soupçonner que Jason Kenney savait qu’il fallait conserver des mesures sanitaires. [...] Mais si on les gardait en place, comme le demandait le parti néo-démocrate, par exemple, c’est là que la droite de la droite se rebellait», dit celui qui enseigne au campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta. 

Ajoutez à cela des opinions souvent bien différentes entre les citadins de Calgary ou Edmonton et les ruraux des grandes plaines. 

Publicité

«Il y a beaucoup de petites villes, beaucoup plus isolées, où on se sent loin des grands centres et où le taux de COVID-19 n’a pas été le même, bien que ça ait frappé durement dans le Nord», souligne le professeur Boily. 

«Cette fracture-là, entre ruraux et urbains, est plus prononcée ici, à mon avis, qu’au Québec», ajoute-t-il. 

Intimidation

Cette polarisation, Joe Vipond l’a vécue lors de ses manifestations, qui pouvaient réunir jusqu’à 800 personnes. Des contre-manifestants sont venus intimider l’urgentologue, si bien qu’un ami a été mandaté pour assurer sa protection. 

«Ils nous criaient après. Il y a même eu des moments de confrontations physiques qui n’étaient pas agréables. Un de nos manifestants s’est fait cracher dessus, d’autres ont été poussés», raconte l’urgentologue. 

Le gouvernement Kenney s’en est aussi pris à lui, en révélant publiquement qu’il avait fait des dons au NPD par le passé. 

«C’est parfaitement légal de donner à un parti», réplique Joe Vipond, en dénonçant la manœuvre.

La situation en Alberta en date du 19 août   

  • 749 nouveaux cas       
  • 221 personnes hospitalisées       
  • 48 personnes aux soins intensifs       
  • 77% des 12 ans ont reçu une première dose du vaccin       
  • 68% sont pleinement vaccinés              

* Plus récents chiffres disponibles

Publicité
Publicité

Sur le même sujet