Comment on a vécu cet US Open complètement fou de l’intérieur: la fougue de Félix Auger-Aliassime, la joie de Leylah Fernandez et le nouveau Denis Shapovalov


Jessica Lapinski
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FLUSHING, New York | Les amateurs de tennis qui ont déjà assisté à l’US Open ont sûrement encore en tête le chemin de croix qu’il faut emprunter pour s’y rendre, quand on accède à l’immense site en métro.
À la sortie de la station Mets-Willets Point, il faut traverser un pont de bois d’environ 500 mètres qui surplombe des dizaines de wagons de métro à l’arrêt ou en maintenance.
Comment ce pont peut-il supporter chaque jour le poids de la dizaine de milliers de fervents qui y déambulent, durant la quinzaine?
C’est la question que l’on se pose chaque fois que l’on y met les pieds. Non seulement les lattes craquent, mais elles sont inégales. L’autre enjeu de la marche est de ne pas trébucher.
Mais évidemment que le trajet en vaut la peine. De l’autre côté du pont, c’est la frénésie.
La folie et les Honey Deuce
Une ambiance folle, un parfait mélange d’amateurs purs et durs avec leurs casquettes enfoncées sur la tête et de fashionistas qui y ont vu la parfaite occasion d’enfiler leur plus belle robe, posant avec leur Honey Deuce à 32$.
Ce pont semblait la parfaite métaphore de ce qui attendait les Canadiens à New York. Un chemin dangereux avant le Graal. Le tirage au sort ne les avait pas épargnés, les six représentants de l’unifolié en lice en simple.
D’autant plus que, l’an dernier, un seul, Gabriel Diallo, avait atteint le deuxième tour.
Mais une fois le chemin de croix traversé, ce fut effectivement le Graal pour trois d’entre eux. À des niveaux différents, bien sûr.
Sauf qu’il y avait longtemps qu’un tournoi nous avait autant fait sourire... et ce fut la même chose pour Félix Auger-Aliassime, Leylah Fernandez et Denis Shapovalov.

On vous raconte ces deux dernières semaines comme on les a vécues de l’intérieur.
On a retrouvé le vrai Félix
Félix Auger-Aliassime semblait différent quand on l’a rencontré pour la première fois, à l’aube du tournoi. Oh, il était poli. Mais il n’avait pas cet entregent qui le caractérise généralement avec les médias québécois.
Félix, il est du genre à te serrer la main en premier en guise de salutations.
On aurait pu le croire préoccupé. Il l’était peut-être, mais on a maintenant tendance à penser qu’il était plutôt en mission. Depuis juin l’an dernier, il avait perdu au deuxième tour ou avant dans chacun des cinq tournois majeurs.
Le futur, c’est maintenant
Un moment donné, ça ne pouvait pas durer éternellement, cette disette. Un commentaire, émis en réponse à une question sur sa compatriote Victoria Mboko, nous avait fait sourciller.
«Le temps passe vite.»
Auger-Aliassime n’a peut-être que 25 ans, mais il a aussi déjà 25 ans. Le futur, c’est un peu maintenant.
Puis, il y a eu cette victoire, sensationnelle, contre l’Allemand Alexander Zverev, au troisième tour. Parce qu’elle affrontait le troisième joueur au monde, la 25e tête de série avait eu le privilège de renouer avec le stade Louis-Armstrong, le deuxième plus grand à New York.
Félix a gagné. Après la rencontre, il a joué avec les 14 000 spectateurs en pointant son oreille pour qu’ils crient plus fort. Mais surtout, il a joué tout un match de tennis.

Il a peut-être votre crayon
Félix était de retour. Le Félix qu’on attendait dans ces grands moments, ceux qui restent dans la mémoire collective une fois que les joueurs accrochent leur raquette.
Il était de retour devant les journalistes aussi. À la fois posé et généreux, il a fait un peu de temps supplémentaire pour répondre aux médias francophones qui s’étaient fait couper de court en conférence de presse, après sa victoire en quarts de finale contre Alex de Minaur.
Mais l’important, c’est surtout cette confiance qu’il a affichée à New York. En lui, en son jeu. «Je veux gagner le respect du vestiaire», avait-il plaidé. On imagine qu’une bonne partie du vestiaire a tremblé à le voir jouer, dans les deux dernières semaines.

En passant, si Auger-Aliassime vous a déjà signé un autographe après un match et que vous cherchez désormais votre crayon, c’est peut-être lui qui l’a.
«Des fois, j’oublie de les redonner et je les garde dans mon sac», a-t-il expliqué, après en avoir sorti un pour dédicacer des chapeaux, après sa victoire en deuxième ronde.
La grande Venus Williams, dans tous les sens
Venus Williams est une grande dame, dans tous les sens du terme. L’Américaine mesure 6 pi 1 po. Mais il n’y a pas que ça. Devant les journalistes, la légende de 45 ans est souriante et affable. Elle prend le temps de répondre. Bien sûr, elle a l’expérience pour contourner une question habilement.
Mais elle le fait avec politesse. Bref, elle est impressionnante de par son aura, mais pas intimidante.

Puis, il y a cette passion pour le tennis. Que fait-elle encore sur un court à 45 ans, en simple comme en double, alors qu’elle pourrait passer ses journées à frotter ses sept trophées majeurs avec l’un des 42 millions de billets de 1$ qu’elle a obtenus dans sa carrière?
Il n’y a aucune autre explication que l’amour du tennis.
La vraie joie
Un amour que Leylah Fernandez aura pu partager avec elle le temps de trois matchs. Leylah a cette formule qu’elle utilise souvent et qu’on commence à trouver galvaudée: «J’espère donner un bon spectacle aux fans.»
La Québécoise la répète avant chaque match. Dans les entrevues en français, ça semble être devenu une espèce de béquille pour la Lavalloise de 22 ans, qui est tout de même plus à l’aise en anglais.

Mais quand elle a déclaré, après sa défaite en quarts avec Venus, que ça l’avait ramenée à la raison pour laquelle elle a commencé le tennis, par amour pour le sport, et pour apporter de la joie sur le court, on l’a vue sincère.
Un nouveau «Shapo»
Comme Leylah, Denis Shapovalov a vu son parcours s’arrêter au troisième tour. Mais comme la Québécoise contre Aryna Sabalenka, l’Ontarien n’a pas à rougir de sa performance contre le numéro un mondial, Jannik Sinner.
«Shapo» lui a enlevé une manche, à la machine italienne. Le grand blond a été impressionnant par son jeu, mais aussi par le calme qu’il a affiché pendant (presque) tout le match.
Parce que Shapovalov a changé. Souvent prompt sur le terrain comme dans ses réponses (surtout après une défaite, et ça se comprend un peu), le Canadien semblait cette fois zen.

«En vieillissant, je deviens plus mature», a soulevé le gaucher de 26 ans à deux occasions, au cours des derniers jours.
«Je comprends mieux ce qui m’aide et ce qui ne m’aide pas.»
Que c’est bon
La pause de six mois qu’il a dû prendre après Wimbledon, pour soigner son genou gauche, ne l’a pas juste aidé physiquement, a-t-il pointé.
«Ça m’a aidé mentalement, aussi.»
«Tu sais, on a à jongler avec beaucoup de choses durant une année, comme joueur de tennis, a également expliqué Shapovalov. Ç’a été bon d’avoir cette pause pour pouvoir réfléchir à toutes les choses que j’ai traversées, mais aussi à ce que je veux encore accomplir et comment réussir.»
Ces réussites, elles passent par des titres et plus de constance. Ainsi, il était fâché d’avoir perdu devant Sinner, mais fier de son jeu.
Ce ne sera peut-être jamais un long fleuve tranquille avec «Shapo», mais que c’est bon de le voir bien.