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Combattre la désinformation sans perdre son âme: le défi des Européens face à la Russie

Photo Adobe Stock

Agence France Presse

2024-02-16T13:36:02Z

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Face à la multiplication des attaques informationnelles, souvent en provenance de Russie, l'Europe a largement renforcé son arsenal ces dernières années mais semble condamnée à la défensive, répugnant à user elle-même d'infox pour porter le fer chez ses adversaires.

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Jeudi, la France révélait l'existence d'une vidéo virale, faussement attribuée à France24, accusant l'Ukraine d'avoir projeté d'assassiner le président français, ce qui aurait poussé ce dernier à annuler un déplacement sur place.

Si le voyage en Ukraine annoncé par Emmanuel Macron lui-même pour février n'a effectivement pas eu lieu, tout le reste relève d'un «deepfake», selon la chaîne de télévision française.

Les images étaient ainsi bien réelles, mais «quelqu'un a eu recours à l'intelligence artificielle pour faire dire avec un timbre de voix plus ou moins ressemblant à celui notre journaliste quelque chose de totalement différent de la vidéo originale», a ensuite expliqué un fact-checkeur sur France24.

L'infox a également été relayée sur pravda-fr.com, un portail précisément désigné lundi par Paris comme membre d'un réseau de 193 sites diffusant de la propagande russe en Europe, dans le cadre d'une opération d'ingérence de Moscou.

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«On est face à une menace asymétrique, nos adversaires n'ont pas de limites», explique à l'AFP une source militaire française, quand les Européens ont «des limites comme le droit international ou national» et partent donc «avec un handicap».

Mais «nous ne serions pas meilleurs si nous désinformions nous aussi, assure cette source. Si nous mentons, si nous utilisons les mêmes modes d'actions que notre adversaire, nous finirons par perdre toute crédibilité.»

Des groupes prorusses avaient déjà été identifiés par Meta (maison-mère de Facebook et Whatsapp) et les autorités françaises pour leur campagne «Doppelgänger», qui depuis 2022, consiste à usurper l'identité visuelle de médias pour distiller des «fake news».

«Menace informationnelle»

Depuis septembre, une autre campagne surnommée «Matriochka», ou «poupées russes» consiste à interpeller des médias pour les inciter à vérifier des infox et organiser, selon les experts, une «entreprise de diversion» pour épuiser les fact-checkers occidentaux.

Face à ce type d'opération, la Suède a lancé en 2022 une Agence de défense psychologique et la France a créé Viginum, structure de détection des fausses informations et des ingérences.

De son côté, l'Union européenne a établi en 2018 un code non contraignant de bonnes pratiques, signé par plus de trente acteurs de la publicité, de la société civile et surtout du numérique. Depuis août 2023, le Digital services act (DSA) oblige les très grandes plateformes à plus de transparence et à des actions renforcées contre la haine en ligne et les infox.

En parallèle, le service d'action extérieur européen, bras diplomatique de l'UE, recense les opérations de déstabilisation.

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«Il y a une prise de conscience générale de la menace informationnelle et du besoin d'y répondre», explique Viginum à l'AFP.

Chaque État membre a développé sa manière de détecter et traiter ces manœuvres, mais l'approche globale fait consensus : «L'idée n'est pas de dire aux gens ce qui est vrai ou faux (...) mais de démonter la mécanique et montrer aux citoyens comment des acteurs étrangers sont en train d'essayer de manipuler le débat public numérique», ajoute l'institution.

Un enjeu clé à l'orée d'une année 2024 marquée par la tenue d'élections européennes particulièrement propices aux ingérences.

Éducation

Problème, les outils dont disposent les Européens paraissent limités. «La désinformation consiste souvent en une photo sortie de son contexte, une traduction erronée, des choses très simples», explique à l'AFP Paula Gori, secrétaire générale de Observatoire européen des médias numériques (EDMO).

Quelques secondes suffisent à créer une infox massivement relayée en ligne. Mais la production de contre-discours se révèle chronophage, laborieuse et souvent à contre-temps.

«Nous devrions avoir de meilleures stratégies de communication» et «produire des choses qui restent dans l'esprit des gens», insiste Mme Gori, a contrario de ce qui s'est fait durant la pandémie de Covid, quand «de longs textes peu digestes» étaient opposés à une montagne de fake news.

«Les sociétés démocratiques ne peuvent répondre à ce type de menace que par des moyens de long terme tels que l'éducation et la formation», affirme à l'AFP Ruslan Trad, chercheur au sein du laboratoire d'analyse numérique de l'Atlantic Council (DFRLab).

En Finlande ou en Estonie, l'éducation aux médias et à la désinformation est ainsi ancrée de longue date dans les cursus scolaires.

À l'avenir, Ruslan Trad n'exclut toutefois pas que certains pays européens décident d'user eux-mêmes d'infox ou de censure face aux attaques informationnelles. Mais ce faisant, ils risqueraient d'y perdraient leur âme et les prorusses ne se gêneraient pas pour les dénoncer, certifie-t-il. Et ces derniers en profiteraient pour encore «gagner en visibilité».

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