Claude Lemieux, un joueur détesté qui laissait tout sur la glace

Jean-Charles Lajoie
Partager
J’ai 14 ans lorsque le Canadien et les Nordiques entrent en séries éliminatoires en 1986.
C’est documenté, j’étais un bleu, fasciné par le Tigre Bergeron et son club axé sur l’attaque, émerveillé devant les Stastny, Hunter puis Goulet.
Cette saison-là, Québec rêvait grand, champion de la division Adams. Et pourtant...
Les Whalers de Hartford ont eu le plus beau des spasmes de premier tour et ils ont balayé les Nordiques en trois petits matchs, mais ceci n’est pas l’objet de ce billet de saison.
Parallèlement à ce désastre, le Canadien, bon deuxième de la section, s’est farci les Bruins aussi par voie du balayage en trois matchs.
Pas de grand rendez-vous au sommet des rivalités du hockey entre Montréal et Québec, le Tricolore se voyait offrir une opportunité de passer en finale de conférence face à Hartford.
Les Whalers ont donné plus de fil à retordre que prévu au Tricolore, mais des Glorieux, sans peur, y croyaient.
La charge était menée par un certain Claude Lemieux, recrue fraîchement arrivée de la filiale des Canadiens de Sherbrooke.
À seulement 19 ans, celui que ses coéquipiers ont renommé « Pépé » a clos le débat face aux Whalers avec un revers gagnant en prolongation du septième et ultime match.
Ce but mythique est instantanément entré dans la légende du Canadien. Lemieux qui enfile l’aiguille du revers contre un Mike Liut abattu et qui patine et plonge en territoire neutre, rejoint par tous ses coéquipiers.
Tout ça sous les cris partisans de Mario Tremblay, encore joueur actif, mais blessé, qui agissait comme deuxième analyste télé aux côtés de Richard Garneau et Gilles Tremblay.
Après Mario, un deuxième Lemieux s’illustrait dans la Ligue nationale de hockey. Claude a marqué 10 buts et ajouté 6 passes pour 16 points et 68 minutes de pénalités en 20 matchs de séries.
La rumeur a toujours soutenu que « Pépé » était proche de ses cennes. Il incarnait l’expression money player, disparue en même temps que la flambée des salaires.
Au printemps de 1986, Lemieux a triplé son salaire annuel avec les bonis encaissés lors des quatre rondes de séries remportées.
Il y a pris goût, au point de soulever trois autres fois la coupe Stanley, deux fois avec les Devils et l’autre avec l’Avalanche du Colorado, lorsque Pierre Lacroix l’y avait amené avant de conclure une transaction et d’acquérir un certain Patrick Roy en provenance de Montréal.
Lemieux a gagné une médaille d’or aux championnats du monde junior. Il n’a pas pu rejoindre à temps les Canadiens de Sherbrooke pour y soulever la coupe Calder en 1985, occupé à remporter la coupe du Président dans la LHJMQ avec le Canadien junior de Verdun, dirigé par le regretté Jean Bégin, venu en relève d’un certain Yvon Lambert en plein mois de mars.
Avant de gagner une coupe avec un troisième club différent, l’Avalanche, avec qui il a fait la guerre à Kris Draper et aux Red Wings, Claude a gagné le trophée Conn-Smythe lors de la première de deux conquêtes consécutives de la Coupe Stanley au printemps de 1995 avec les Devils.
Claude Lemieux n’était pas le plus respecté. Son style abrasif, doublé de gestes plutôt limites, et sa capacité de faire la poule plutôt que d’assumer ses libertés lui ont souvent valu les réprimandes de ses entraîneurs et de ses coéquipiers.
Il va sans dire qu’il a été le joueur le plus détesté de sa génération par ses adversaires.
Mais il avait une qualité indéniable : celle de tout laisser sur la glace, de jouer chaque match de hockey comme si c’était le dernier.
Claude Lemieux était un vrai gagnant, un gars qui savait comment et qui était prêt à tout pour la victoire.
Son décès annoncé plus tôt aujourd’hui me glace le sang. La grande faucheuse qui frappe encore, emportant cette fois un Claude Lemieux dans la fleur de l’âge, à seulement 60 ans.
Il y a trois jours à peine, Lemieux embrasait la cathédrale du hockey en entrant, portant le flambeau bien haut. Le triste sort a voulu qu’il rejoigne la confrérie des fantômes du Forum, les dieux du hockey du Canadien, qui partent dans un monde que l’on dit meilleur et qui veillent sur leur équipe.
À Brendan, Jocelyn, le reste de la famille et les nombreux amis de Claude Lemieux, sincères condoléances.