Claude Bégin raconte comment la quarantaine et ses enfants ont inspiré son nouvel album
L'album «Demain déjà» est disponible dès maintenant
Marjolaine Simard
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Claude Bégin vient tout juste de lancer son troisième album, Demain déjà, huit ans après son précédent opus. Jeune quarantenaire et désormais père de trois enfants, le chanteur et musicien s’inspire d’une vie plus ancrée et familiale aux côtés de sa conjointe, Lysandre Nadeau. Une nouvelle réalité qui teinte ses chansons, sans jamais faire disparaître la signature musicale qui le distingue. Rencontre avec un artiste toujours porté par sa fougue créative.
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Tu as sorti ton premier album, Les magiciens, en 2015, et ton second, Bleu nuit, en 2018. Depuis, tu es devenu père de trois enfants. Est-ce que ça a changé les thèmes que tu abordes dans tes chansons ?
Oui, énormément. Quand j’ai fait mes premiers albums solos, j’étais un jeune papa. J’avais un fils, mais on vivait en garde partagée et ma vie était très différente. Je voyageais beaucoup, je sortais beaucoup, il y avait une énergie très nocturne. Aujourd’hui, je suis vraiment un papa à temps plein. J’ai trois enfants, dont deux très jeunes. Mon quotidien est complètement différent. La famille occupe une place énorme dans ma vie. Forcément, ça influence l’écriture.
Dans la série sur ton couple, Lysandre + Claude, actuellement sur Crave, on te voit en pleine création de cet album et on te sent traverser beaucoup de questionnements...
Oui, vraiment. Mes deux premiers albums sont nés dans une énergie très spontanée, alors que celui-ci est arrivé à un moment de remise en question. Je traversais une sorte de crise de la quarantaine et je me demandais sincèrement pourquoi je faisais encore de la musique. J’avais l’impression de ne plus m’asseoir naturellement pour créer. Finalement, ce questionnement a eu l’effet inverse : depuis ce moment-là, je n’ai jamais fait autant de musique. Une fois la machine repartie, tout s’est remis à couler et aujourd’hui, je n’éprouve qu’une envie, c’est de continuer.
Lysandre et toi, on vous sent très solides comme couple. Est-ce que cet amour-là a influencé l’album ?
Oui, énormément. C’est la première fois que je suis dans une relation aussi calme. Dans mes relations précédentes, il y avait souvent beaucoup d’intensité, de disputes, d’explosions. Mes anciennes chansons parlaient beaucoup de ça. Avec Lysandre, on ne se chicane pratiquement jamais. Il y a une stabilité, une douceur qui est nouvelle pour moi. Ça change la manière d’écrire des chansons d’amour. Ma chanson sur Lysandre, c’est vraiment J’aime comment tu bouges, et ma chanson d’amour, c’est Pour le meilleur et pour le pire.
Tu as même enregistré une chanson avec elle...
À la base, c’était moi qui chantais le refrain. Mais en travaillant sur la chanson, je me suis dit que ce serait plus beau que ce soit une fille qui chante. Alors je lui ai demandé de le faire. Au départ, elle ne voulait pas vraiment, mais il y avait quelque chose de touchant dans sa voix. Elle parle presque plus qu’elle ne chante, et je trouve que ça donne une authenticité incroyable. Finalement, elle a tout envoyé la veille de la remise finale de l’album. Je trouve que ça donne quelque chose de très beau.
Dirais-tu que ce troisième album confirme ta signature artistique ?
Je pense que oui. Quand je regarde les trois albums ensemble, je vois vraiment une continuité. Ma mère me dit souvent qu’on reconnaît immédiatement ma signature musicale. C’est drôle parce que, vocalement, je suis quelqu’un qui s’est toujours cherché. J’ai rappé, j’ai chanté de différentes façons, j’ai joué avec ma voix, j’ai crié dans le micro... Mais musicalement, il y a une couleur qui revient.
Pourquoi avoir choisi le titre Demain déjà ?
Ça vient de cette période de remise en question. À 40 ans, j’ai regardé ma vie de l’extérieur et j’ai réalisé à quel point le temps passe vite. Dans mon esprit, cet album poursuit aussi le chemin des deux précédents. Les magiciens, c’était la naissance de mon personnage solo, Bleu nuit, mes années très nocturnes, festives, pleines de romances, Demain déjà, c’est un peu le réveil après tout ça, comme le matin après une longue nuit. Entre-temps, il y a eu la pandémie, la naissance de mes enfants et la perte d’un ami très proche avec qui je faisais de la musique.
En parlant de cet ami, Karim Ouellet, tu lui rends hommage dans la chanson Le renard...
Oui, c’était très délicat pour moi de faire cette chanson. On s’était un peu perdus de vue dans les dernières années. J’avais essayé de relancer le contact et de lui proposer qu’on fasse une chanson ensemble, mais ça ne s’est jamais concrétisé. Alors, j’ai repris l’idée que je lui avais envoyée à l’époque et j’ai construit la chanson autour de ça.

La pochette de l’album montre une photo de toi enfant. Pourquoi ce choix ?
C’est ma mère qui m’a envoyé cette photo. Quand je l’ai vue, je me suis dit que ça pourrait être la pochette de l’album. Quand je regarde ce petit garçon-là, ça change complètement la perception de moi. Les gens me trouvent parfois un peu mystérieux ou intimidant. Ce petit gars-là n’a rien d’intimidant ; il est espiègle, un peu vintage avec son style, et je trouve que ça fait écho au son de l’album, qui a quelque chose d’un peu rétro, très soul.
Y a-t-il une chanson de l’album que tu préfères chanter en ce moment ?
Curieusement, c’est la dernière que j’ai faite. Elle s’appelle La maison. Je l’ai écrite très rapidement, pour le plaisir. Elle est légère, mais j’ai tellement eu de fun à la créer que c’est celle que j’ai le plus envie de chanter.
Et laquelle est pour tes enfants ?
Si tu nous cherches. C’est vraiment ma chanson de papa. C’est une réflexion sur le monde dans lequel on vit, sur le rôle qu’on essaie de jouer comme parent, sur l’exemple qu’on veut donner à ses enfants dans un monde qui peut parfois sembler un peu fou.