Pourquoi la victoire des Panthers me fait sacrer
La ligue doit trouver une solution à ce problème qui continue de déséquilibrer ses marchés

Jean-Nicolas Blanchet
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On peut se réjouir pour les Panthers et reconnaître à quel point ils ont construit l’équipe championne parfaite. Mais peut-on aussi s’ouvrir les yeux pour constater à quel point c’est n’importe quoi, ce qui se passe avec la LNH?
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En fait, il n'y a rien qui me réjouit dans la victoire des Panthers, sauf pour Anthony-John Greer. Ça me fait vraiment sacrer de les voir gagner.
Pour la troisième année de suite, c’est l’équipe avec le plus bas taux d’imposition qui a remporté la coupe Stanley.
C’est la cinquième fois en six ans. Et l’exception, c’est l’Avalanche, qui est aussi un marché très avantageux pour l’imposition (le septième plus bas) dans la LNH.
Depuis 11 ans, aucune équipe n’a gagné la coupe parmi les 10 marchés où le taux d’imposition est le plus élevé.

Ils étaient forts, les Panthers. Mon point n’est pas là.
Simple à comprendre
Le pourquoi du pourquoi ils sont plus forts, c’est ça qui est injuste.
Pourquoi Sergei Bobrovsky, alors qu’il était le gardien de l’heure en 2019, a-t-il décidé de se joindre aux pauvres Panthers, qui n’avaient pas remporté une ronde de série depuis 23 ans?
Matthew Tkachuk ne voulait plus rien savoir des Flames de Calgary. Ça l’a amené en Floride. L’inverse, ça n’existe pas. Pourquoi?
Brad Marchand, cette année, et Vladimir Tarasenko, l’an dernier, sont deux des plus belles prises à la date limite des transactions. Peut-être que le directeur général Bill Zito est un génie. Peut-être aussi que son job est plus facile que les autres directeurs généraux.
Ce n’est pas compliqué à comprendre, batinse. Si tu gagnes 3 M$ en Floride, il te reste 2,24 M$ dans les poches après imposition.
À Toronto ainsi qu’à Montréal, il t’en reste 1,43 M$, et à Anaheim, 1,56 M$.
Si tu gagnes 10 M$, c’est 2 M$ de plus que tu as dans tes poches, chaque année, en jouant avec les Panthers, le Lightning de Tampa Bay ou les Golden Knights de Vegas.
Ajuster la masse salariale?
Les Stars de Dallas ont aussi un taux similaire à celui de la Floride. Je vous l’annonce, ils seront les prochains à mettre la main sur la coupe. Et les Predators de Nashville aussi. Vous voyez comment ç’a été facile pour eux d’amener des joueurs autonomes même s’ils ont été mauvais.
Donc oui, il y a les palmiers, le soleil, moins de pression médiatique. Il y aussi le fait que ce sont des équipes intéressantes pour gagner. Mais à la base, ce qui attire les joueurs, c’est le taux d’imposition incomparable.

Et c’est notamment grâce à ce dernier point que ça devient des équipes intéressantes pour les joueurs qui veulent gagner.
La LNH doit trouver une solution à tout ça. Pourrait-on ajuster les masses salariales des équipes?
Quand c’est le temps d’aider des clubs pauvres qui n’attirent pas un chat, la LNH n’a pas hésité à bouger avec un système forçant les clubs riches, dont plusieurs clubs canadiens, à verser une partie de leurs profits aux petits marchés américains.
Mais pour les taux d’imposition qui désavantage surtout les marchés canadiens, là, la ligue s’en contrefiche.
Ce n’est pas farfelu comme idée. Plusieurs ligues sportives dans le monde évaluent comment attaquer ce problème. La Ligue 1 de soccer, en France, l’a déjà fait. Des équipes peuvent payer les impôts des joueurs étrangers. Ça devient un contrat en salaire net garanti.
La preuve est dans le pouding avec les six dernières coupes Stanley. Là, c’est rendu ridicule comment les équipes dans les marchés avec de hauts taux d’imposition doivent être imaginatives pour combler l’écart.
Les joueurs se font ajouter des commandites dans leur contrat, comme le nom d’un burger par exemple. Ou des experts en fiscalité tentent de trouver tous les tours de passe-passe possibles pour limiter les impôts. Ça peut être aussi d’inclure des bonis. Et là, ça vire comme John Tavares qui doit aller en cour, car tout n’est pas si simple.
C’est du grand n’importe quoi qui désavantage tellement plusieurs marchés non seulement au Canada, mais en Californie et dans le coin de New York, où l’impôt est presque similaire à celui du Québec, par exemple.
Gary s’en moque
Gary Bettman s’est fait talonner sur le sujet durant les séries sur les ondes de TNT. Pour lui, cet enjeu est «ridicule».
«Quand les équipes en Floride n’étaient pas bonnes, et ce fut le cas pendant environ 17 ans, personne ne s’est plaint», a-t-il lancé.

Le commissaire a raison. Durant plusieurs années, tout le monde s’en fichait. Mais on pouvait fumer dans les avions durant plusieurs années, et tout le monde s’en fichait aussi.
Maintenant, les salaires sont deux fois plus élevés. Le déséquilibre est donc deux fois plus grand. Les joueurs sont devenus des PME extrêmement bien conseillées et ceux-ci admettent que c’est un facteur non négligeable et un avantage tangible quand vient le temps de choisir une équipe.
Et c’est tellement évident! Regardez les équipes qui ont les plus bas taux d’imposition et regardez où signent les meilleurs joueurs autonomes.
Mais pour Gary, tout ça est ridicule... C’est choquant, gênant et injuste.
Taux d’imposition
Les marchés les plus payants
- Floride: 35,81%
- Tampa Bay: 35,81%
- Vegas: 35,81%
- Seattle: 35,81%
- Dallas: 35,81%
- Nashville: 35,81%
- Colorado: 40,21%
- Utah: 40,36%
- Caroline: 40,56%
- Chicago: 40,76%
Les 10 marchés les moins payants
- Montréal: 52,45%
- Ottawa: 52,29%
- Toronto: 52,29%
- Vancouver: 52,09%
- Winnipeg: 49,44%
- Rangers: 48,40%
- Anaheim: 48,31%
- Los Angeles: 48,31%
- San Jose: 48,31%
Source: Cardinal Point
En vitesse
- Si la défaite des Oilers fait très mal pour le Canada, j’estime quand même qu’à Toronto, on peut relativiser avec cet autre parcours éliminatoire inachevé. Des têtes sont tombées chez les Leafs, les remises en question sont nombreuses et les fans sont exaspérés. Mais au fond, on peut se dire que l’équipe à battre au Canada, c’était Toronto, qui a amené les Panthers à la limite. La Floride a démoli le Lightning, les Hurricanes et les Oilers. Il y a seulement Toronto qui a tenu tête. Il faut chercher le positif, parfois. Surtout chez les Leafs.
- Est-ce que je suis le seul à avoir un peu capoté en voyant le protecteur d’avant-bras de Sergei Bobrovsky lors des célébrations lundi soir? La LNH dit encadrer strictement la taille de l’équipement des gardiens de but afin d’éviter qu’il ne serve à bloquer artificiellement plus d’espace. Quand je vois ce morceau d’équipement qui ressemble à une boîte à lunch, je me pose des questions. C’est sûr qu’à 36 ans, ça prend des trucs pour rester dominant. Je me demande juste comment un gars de 180 livres peut avoir l’air du bonhomme Michelin dans son but.

- Ça brise un peu le cœur de voir le hockeyeur le plus talentueux de notre époque encore aussi triste. Connor McDavid a fait son travail et aurait soulevé la coupe Stanley si son directeur général, lui, avait fait son travail. Ça fait 35 ans que les Oilers n’ont pas eu un excellent gardien. Le dernier, c’était Bill Ranford. J’avais deux ans. On attend quoi? La perte de deux gars qui auraient été des piliers en raison d’une offre hostile est aussi très gênante pour la direction de l’équipe, comme le manque de renforts utiles à la date limite des transactions.