Cher et Jane Goodall réunies à Montréal pour discuter de la protection des animaux


Anne-Sophie Poiré
Partager
Qu'est-ce qui pouvait bien réunir à Montréal jeudi la chanteuse et actrice américaine Cher et la célèbre primatologue britannique Jane Goodall? Le duo improbable à la carrière tout aussi étoffée est venu discuter de son travail accompli dans la conservation animale à l’occasion du sommet One Young World, qui se déroule cette année dans la métropole.
«Si vous n’êtes pas capable de traiter correctement un animal, vous ne serez pas capable de traiter correctement un humain. L’étape suivante sera d’être raciste, et l’étape suivante, d’être un partisan de Trump», lançait Cher, 78 ans, à la foule en liesse venue assister à un panel sur la protection de la nature au Palais des congrès de Montréal.

En visioconférence, la scientifique de 90 ans reconnue pour son travail auprès des chimpanzés sauvages, Jane Goodall, complétait les panélistes interrogées par le rédacteur en chef des affaires mondiales à la BBC, John Simpson.
Des centaines de personnes se sont réunies dans une salle comble, jeudi, en fin d’après-midi, devant ce «panel des icônes».

C’est la deuxième fois depuis le lancement du sommet en 2010 que le Canada accueille l’événement surnommé le «Forum de Davos des jeunes», qui se concentre cette année sur la crise climatique et son impact sur l’eau.
Si la présence de Jane Goodall dans une conférence sur la conservation de la faune semble plutôt logique, celle de Cher l’est peut-être un peu moins.
Cher et les éléphants
Il faut savoir que la chanteuse et actrice oscarisée se consacre depuis quelques années à cette cause, en particulier celle des éléphants captifs.
En 2017, elle cofondait l’organisme Free The Wild (FTW), dont la mission est de protéger les animaux sauvages en captivité, libérer ceux qui sont maltraités et à long terme, remplacer les animaux vivants exposés dans des zoos par de nouvelles technologies.
Cher s’est illustrée en 2020 lors d’un voyage où elle avait veillé au sauvetage de l’éléphant Kaavan, maltraité dans un zoo d’Islamabad, au Pakistan. La fondation avait en partie financé le transfert de l'animal, qualifié «d'éléphant le plus solitaire du monde», dans une réserve au Cambodge.
Il lui aura fallu cinq ans de bataille juridique pour le sortir de ce zoo, a-t-elle raconté au Vanity Fair l’an dernier.
Aujourd’hui, elle travaille notamment à libérer Lucy, une éléphante orpheline arrivée en 1977 au zoo d’Edmonton Valley, en Alberta, après avoir été transférée du Sri Lanka à l'âge de deux ans.
Les zoos ne sont pas tous mauvais
«Je ne crois pas aux zoos, je pense qu’ils sont mauvais», signale la chanteuse. Elle dit avoir appris à repérer les signes de détresse des animaux maltraités en «dépression nerveuse».

Sans applaudir tous les parcs zoologiques, la scientifique Jane Goodall n’était pas exactement du même avis. Elle croit que certains endroits où les animaux peuvent se promener librement, par exemple, en font beaucoup pour protéger l’environnement et les animaux.
«Ne condamnons pas tous les zoos. Un jour, j’ai pris conscience que certains animaux y étaient plus heureux que dans la nature», souligne Mme Goodall.
Elle cite l’exemple du pangolin, «l’animal le plus trafiqué au monde» désormais capturé pour sa viande, mais également pour ses écailles prisées dans la médecine chinoise pour ses présumées vertus curatives une fois réduites en poudre.
«Je suis allée rencontrer à Prague le premier bébé pangolin né en Europe. Et depuis, il y a environ six mois, un deuxième bébé a vu le jour. Ce sont des animaux solitaires. Ils n’ont pas besoin de beaucoup d’espace. Je dirais que ces animaux ont vraiment de la chance d’être au zoo de Prague», raconte la primatologue.

Et Jane Goodall en connait long sur le comportement animal.
Qui est Jane Goodall?
Elle est la première scientifique à avoir observé et rapporté que les chimpanzés utilisent des outils pour s’alimenter. Ses travaux ont transformé la compréhension des rapports entre les humains et les animaux.

Passionnée des animaux depuis son enfance, elle se rend chez une amie au Kenya en 1957 après une formation de secrétariat. Elle devient alors la secrétaire du célèbre paléontologue et anthropologue britanno-kenyan Louis Leakey.
Elle sera rapidement envoyée dans la réserve de Gombe, en Tanzanie, où elle étudie pendant six mois une population de chimpanzés. Jane Goodall constate alors que les êtres humains ne sont pas les seuls à avoir une personnalité, être capables d’une pensée rationnelle et d’émotions.
La scientifique observe les liens de soutien et d’affection qui se développent entre les singes membres d’une même communauté.
Elle fera la une du magazine National Geographic à deux reprises dans les années 1960.
En 1962, Louis Leakey envoie la jeune femme à l’université de Cambridge pour compléter un doctorat sans même avoir obtenu de diplôme au préalable. Elle y réalise une thèse en éthologie — l’étude scientifique du comportement animal — sur les chimpanzés vivant en liberté.
Après ses recherches sur le terrain, elle fonde en 1977 l’Institut Jane Goodall qui promeut la recherche, l’éducation et la conservation de la faune.
Elle est depuis une militante écologiste de premier plan, engagée pour la préservation des milieux naturels.