La Ville de Québec transformera le chemin Sainte-Foy, d’ici la fin de l’été, pour favoriser la pratique du vélo à l’année. Deux voies de circulation et 136 cases de stationnement seront retirées pour implanter un lien cyclable sécuritaire.
Visiblement inspiré par la mairesse de Montréal Valérie Plante et par son récent périple à Copenhague au Danemark, le maire Bruno Marchand a confirmé, mardi, son engagement d’accélérer le développement du réseau cyclable de la capitale dès cet été.

Il avait déjà verbalisé son souhait en novembre dernier et s’est félicité de concrétiser un tel «miracle» en si peu de temps, tout en se défendant une fois de plus de faire la guerre à l’auto.
«On ne dira jamais aux gens comment se déplacer. Eux seuls savent, dans leur réalité, ce qui est mieux pour eux (...) Il y a des gens qui détesteront toujours le vélo puis c’est bien correct. On n’est pas en train de dire que tout le monde doit en faire», a-t-il insisté. Mais un «repartage» de la voie est nécessaire, a-t-il plaidé.
Dans l’axe est-ouest, le chemin Sainte-Foy a été identifié comme étant celui ayant le plus fort potentiel de développement pour la pratique du vélo. Plus de 5 000 cyclistes par jour, en moyenne, pourraient y circuler. «Ça en ferait le lien le plus utilisé de la Ville de Québec. Ça dépasserait notre lien Dalhousie. On s’attend à une énorme fréquentation», anticipe le vice-président du comité exécutif, Pierre-Luc Lachance.
Le premier tronçon ciblé a une longueur de 2,4 km entre l’avenue de Vimy et l’avenue des Érables. À plus long terme, la Ville envisage de prolonger la piste cyclable jusqu’à l’Université Laval à l’ouest et jusqu’aux portes du Vieux-Québec à l’est, pour en faire un véritable corridor Vélo Cité.
Une question de sécurité
Le statu quo n’était plus une option envisageable dans cette zone accidentogène du chemin Sainte-Foy, où 285 accidents ont été recensés entre 2013 et 2017 (dont 28 impliquants un piéton ou un cycliste), a-t-on par ailleurs fait valoir en point de presse. Une zone tampon et des bollards permanents seront aménagés.

Malgré le retrait d’une voie de circulation aux automobiles, dans chaque direction, la Ville estime que l’impact sera marginal et que le temps de déplacement en voiture va augmenter de 1 à 5 minutes, tout au plus, selon l’heure de la journée.
Une bonne partie du trafic risque aussi d’être détournée sur des axes parallèles, notamment le boulevard Charest qui est actuellement en «surcapacité», a exposé Marc Des Rivières, le directeur du Service du transport et de la mobilité intelligente.
Impact sur les commerçants
Les gens d'affaires qui sont situés dans la zone commerciale de ce tronçon, dans le quartier Saint-Sacrement, perdront l'équivalent de 67 cases de stationnement. Ils seront rencontrés dans les prochains jours et prochaines semaines pour discuter des mesures d’atténuation et de l’enjeu de la livraison de marchandises.
La Ville a déjà prévu retirer 16 bornes de paiement de stationnement derrière la caisse Desjardins. Elle allongera aussi la durée du stationnement pour 155 cases dans les rues voisines, où le taux d’occupation est sous la barre des 50%. Dans la portion résidentielle touchée, les 69 cases retirées n’étaient occupées que 6% du temps, relativise la Ville.
Boulevard Laurier et 4e Avenue
La Ville de Québec a également annoncé la «mise à niveau» de deux liens cyclables existants d'ici juin, soit ceux du boulevard Laurier (entre l’avenue des Gouverneurs et l’avenue Marguerite-Bourgeoys) et la 4e Avenue Est dans Limoilou (entre la 22e Rue et la 5e Avenue Est).
Aucune voie de circulation ne sera retirée dans ce cas-ci. En revanche, pas moins de 126 espaces de stationnement seront retirés sur la 4e Avenue (entre la 22e Rue et la 47e Rue, afin d’aménager une zone protégée pour les cyclistes avec des bollards. Le taux d’occupation moyen de ces espaces n’était que de 9%, minimise la Ville.
– Avec la collaboration de Taïeb Moalla
Réactions mitigées des gens d’affaires
Des commerçants du quartier Saint-Sacrement voient d’un bon œil le changement annoncé, mais affirment du même coup que la modification ne fera assurément pas l’unanimité.
L’amélioration de la fluidité de la circulation sur le chemin Sainte-Foy, cet été, pour favoriser la pratique du vélo, n’est pas perçue négativement dans le secteur.
Toutefois, le retrait de nombreuses cases pour implanter le lien cyclable suscite quelques craintes.
Bien que les retombées ont le potentiel d'être intéressantes, l’Association des gens d’affaires du quartier Saint-Sacrement (AGA) doit encore constater si les mesures de mitigation seront suffisantes pour prendre position.
En d’autres mots, la forte congestion observée par moment sur le tronçon nuit peut-être aux affaires, mais l’impossibilité de se stationner devant les commerces pourrait aussi avoir un impact. Le mode de vie un peu plus piétonnier risque de plaire, mais les réactions seront possiblement mitigées.
Réactions mitigées
«Plusieurs commerçants voient la situation positivement, mais afin de représenter tous nos membres parce que d'autres ont déjà émis des réserves concernant la disparition des stationnements, l'AGA suspend pour le moment son jugement», a expliqué le vice-président Thomas Roussel.
L’an dernier, des discussions ont eu lieu au sujet du retrait de certains espaces de stationnement sur l’avenue Marguerite-Bourgeois. «Plusieurs ne seront pas aussi contents. Pour l’association, il faut dire aussi dire que certains commerces disent manquer de stationnement. Ça sera inégal», précise M. Roussel.
De son côté, le nouveau patron du pub Sacrement, Samuel Dufresne se dit favorable au changement à venir. «Tout à fait. C’est tellement bon pour l’économie locale. Je trouve que c’est une bonne idée. Les stationnements en façade, c’est déjà un problème. Ça ne va rien changer», explique le jeune homme d’affaires qui dit prendre position uniquement comme propriétaire de son commerce.
Dans ce projet de développement du réseau cyclable utilitaire de la Ville de Québec, tout le segment entre de Vimy et des Érables est touché dans Saint-Sacrement.
Enfin, l’Association québécoise des médecins pour l’environnement et Santé Urbanité applaudissent la décision de la Ville de Québec de développer son réseau cyclable utilitaire et d’investir dans l’entretien hivernal de pistes cyclables.
Voici quelques réactions à ce projet:
«Je salue le rattrapage de la Ville de Québec en transport actif. Le nouveau lien cyclable en haute-ville permettra à Québec de passer à un autre niveau en répondant à la demande des cyclistes de se déplacer d'un point A à un point B rapidement et en sécurité.»
– Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville
«Si les études de mobilité (de la Ville) démontrent que c’est le chemin Sainte-Foy qui a le plus de potentiel, on se rallie immédiatement. On aime le choix, oui.»
– Pierre Baillargeon, Table de concertation vélo des conseils de quartier de Québec
«Je trouve qu’on agit avec beaucoup de précipitation. Le maire est pressé, il veut aller vite, vite, vite. Je pense qu’il ne mesure pas tous les impacts. C’est beaucoup de pression à faire subir à cette artère-là qui est importante.»
– Claude Villeneuve, chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Québec
« Je trouve que c’est décousu. On a l’impression que c’est Lucky Luke qui tire plus vite que son ombre. Ce n’est pas bien attaché. Ne pas enlever de bollards l’hiver pour déneiger, c’est la première fois que j’entends ça. Le maire est complètement déconnecté.»
– Patrick Paquet, chef d’Équipe Priorité Québec
«Avec des voies de plus de 2 mètres de large chacune, un déneigement quatre saisons et une zone tampon assurant la sécurité des pistes cyclables dès 2023, Sainte-Foy donne le ton pour le futur des axes Vélo cité.»
– Angèle Pineau-Lemieux, porte-parole d’Accès transports viables
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