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Chauvin coupable: et s’il n’y avait pas eu la vidéo?

Photo AFP
Photo portrait de Luc Laliberté

Luc Laliberté

2021-04-21T16:02:42Z

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Depuis l’annonce du verdict dans le procès de l’ancien policier Derek Chauvin, nous entendons et observons le soulagement d’un grand nombre de personnes aux États-Unis et dans le monde.

Alors que Minneapolis et les grandes villes américaines se préparaient au pire, craignant de revivre les émeutes de Los Angeles de 1992, on a plutôt assisté à des manifestations de joie. Comme le soulignait le président Biden dans son allocution, il faut que ce soit un premier pas vers la fin du racisme systémique. 

Si j’ai été très attentif à la déclaration du président, je me suis beaucoup intéressé aux propos de la vice-présidente Kamala Harris. Première femme et première personne issue des minorités élue pour cette fonction, elle a souligné que cette condamnation, malgré le message qu'elle envoie, ne peut faire oublier les souffrances ou guérir les plaies de trop nombreuses générations de Noirs américains.

Comme bien des observateurs l’ont exprimé depuis hier soir, je ne peux qu’espérer le début d’une nouvelle ère, mais on l’a déjà annoncée si souvent, dans l’histoire des États-Unis, que mon enthousiasme est rapidement tempéré par le souvenir de très nombreux échecs de réformes et la tiédeur des législateurs, tant au niveau des villes qu’au niveau des États ou parmi les politiciens élus à Washington.

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Après avoir suivi le procès quotidiennement depuis le début et après avoir écouté les plaidoiries finales lundi, j’étais convaincu de la culpabilité de Chauvin. Il me semblait évident que, malgré les efforts de la défense, la preuve était si accablante qu’on le reconnaîtrait minimalement responsable de meurtre au troisième degré. 

Allait-on ajouter un verdict de culpabilité pour l’accusation de meurtre au second degré? Dans ce cas, les jurés devaient être convaincus de l’intention de Chauvin, ce qui n’est pas une mince affaire. Lorsque j’ai entendu le juge lire la décision du jury, j’ai tout de suite pensé à la vidéo de 9 minutes et 29 secondes, repassant dans ma tête une phrase de la poursuite: «You can believe your eyes», vous pouvez croire ce que vos yeux ont vu.

Sitôt évoqué ce souvenir des mots du procureur Steve Schleicher, une question a surgi dans mon esprit: et s’il n’y avait pas eu cette vidéo? Si les 12 jurés n’avaient pu voir le regard défiant de Chauvin face à des témoins écœurés par la scène se déroulant sous leurs yeux? Et si les jurés n’avaient pu constater l’attitude décontractée et nonchalante du policier maintenant sa position même si Floyd ne représentait plus aucune menace?

Le simple fait que le verdict ait provoqué un tel suspense alors que les faits étaient accablants démontre bien la frustration, la colère et la fatigue que peut ressentir la communauté noire. Ils en sont à se réjouir du simple fait que justice ait été rendue. 

Si je reconnais que la condamnation de Chauvin puisse permettre d’espérer d’autres changements et si je me réjouis du fait que beaucoup de policiers aient dénoncé le comportement de leur ancien collègue, le poids de l'histoire m'incite à la prudence et à la réserve.

Il y a une belle occasion à saisir aujourd’hui, un rendez-vous avec l’histoire qu’il ne faudrait pas manquer. Espérons qu’on ne laisse pas la poussière retomber, comme on le fait trop souvent dans les cas de tuerie, et qu’on commence dès maintenant le travail colossal qu’exige une réforme des services de police, mais aussi une lutte contre les inégalités. Ce sont ces dernières qui constituent le nœud du problème.

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