Chasse au record de Wayne Gretzky: Alex Ovechkin a-t-il marqué trop de buts dans des filets déserts?


Kevin Dubé
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Avec un total de 879 buts, Alex Ovechkin n’est qu’à 16 du record de tous les temps pour le plus de filets en carrière dans la LNH, détenu par Wayne Gretzky. Si plusieurs y voient un accomplissement phénoménal, d’autres estiment qu’il faudra peut-être placer un astérisque à côté du record du no. 8. La raison : son nombre de buts dans un filet désert.
Mardi soir, Ovechkin a inscrit son 25e but de la saison et 878e en carrière, dans un gain de 6-3 des Capitals de Washington. Ce but, vous l’aurez deviné, a été inscrit dans la toute dernière seconde du match, dans un filet désert.
Il s’agissait de son 63e but en carrière inscrit alors que le gardien adverse avait déserté sa cage, un sommet dans l’histoire, devant Wayne Greztky qui en avait inscrits 56 au total.
La question avait été soulevée à quelques reprises dans les derniers mois et elle est revenue à l’avant-plan, mardi : devra-t-on discréditer Ovechkin lorsqu’il battra le record de Gretzky – parce qu’il va le faire – en raison du nombre de buts inscrits dans un filet désert?
Penchons-nous sur la question.
1. Combien en ont marqué les autres plus grands?

Ovechkin a marqué 63 de ses 878 buts dans un filet désert, donc 7,2% de ses filets. Gretzky, lui, en a inscrits 56 sur un total de 894, soit 6,3%.
Le troisième meilleur buteur de l’histoire, Gordie Howe, n’en a marqués que 12 sur un total de 766, pour un pourcentage de 1,6% de ses buts, tandis que le quatrième, Brett Hull, en a marqués 11 sur 741 (1,5%).
Mario Lemieux (4,8%) et Jarome Iginla (5,1%) font partie des meilleurs de l’histoire avec un taux de buts dans des filets déserts élevés.
Mais, oui, le pourcentage de buts inscrits par Ovechkin dans un filet désert est élevé en comparaison aux autres grands de l’histoire. Il y a des raisons, à ça. Premièrement, ce n’est pas à toutes les époques que les équipes envoyaient leurs vedettes offensives pour protéger une avance, en fin de match, en situation de 5 contre 6.
«[Les joueurs offensifs] savent où anticiper où la rondelle va se diriger, et c’est ce que O [Ovechkin] fait constamment», expliquait récemment l’entraineur-chef Spencer Carbery à propos de son utilisation d’Ovechkin lorsque l’équipe adverse a retiré son gardien.
De plus, le moment de retirer son gardien a changé au fil des ans. Dans une étude réalisée par l’analyste de données Meghan Hall, et comptabilisée entre la saison 2013-2014 et le mois de mars 2021, il a été déterminé que le temps de jeu restant moyen lors duquel les entraineurs retiraient leur gardien dans un match était passé de 1 min 13 s à 1 min 37 s, atteignant un sommet de 1 min 46 s en 2019-2020.
Les joueurs passent donc plus de temps sur la patinoire alors que le gardien a été retiré et, donc, ont plus de chances de marquer dans cette situation qu’avant.
2. Les gardiens de buts

Se fier au nombre de buts inscrits dans un filet désert pour discréditer la production historique d’Alex Ovechkin, c’est mettre de côté le fait qu’il deviendra fort probablement le meilleur buteur de l’histoire à une époque où les gardiens n’ont jamais été aussi bons.
À titre comparatif, en 1981-1982, Wayne Gretzky a inscrit 92 buts, un sommet personnel. Cette année-là, le meilleur gardien de la LNH ou, à tout le moins, celui qui a remporté le trophée Vezina, Billy Smith des Islanders de New York, avait conclu la saison avec un pourcentage d’arrêts de 0,898 et une moyenne de buts alloués de 2,97 ce qui, à l’époque, étaient des chiffres exceptionnels pour un gardien de but. Il était le seul gardien partant ayant disputé au moins 40 matchs à avoir maintenu une moyenne de buts alloués sous les 3.
Lors de sa dernière saison de 40 buts (41), en 1990-1991, une poignée de gardiens seulement maintenaient un pourcentage d’arrêts en haut de la barre des 900 et une moyenne de buts alloués sous les 3.
Maintenant, c’est quasiment devenu la norme.
Lors de sa meilleure saison en carrière, celle où il a inscrit 65 buts en 2007-2008, le gagnant du trophée Vezina, Martin Brodeur, avait terminé avec un pourcentage d’arrêts de 0,920 et une moyenne de buts alloués de 2,17. Cette année-là, c’était complètement l’inverse : il fallait fouiller pour trouver la poignée de gardiens partants ne présentant pas un pourcentage d’arrêts sous les 900.
3. Les lock-outs et la pandémie

On en parle souvent. N’eut été des lock-outs de 2004-2005 et de 2012-2013, ainsi que des pauses dûes à la pandémie, on ne parlerait même plus du record de Gretzky puisqu’il appartiendrait à Ovechkin depuis un certain moment, déjà.
Mais, quand exactement? Essayons de faire une projection.
Le premier lock-out lui a empêché de faire ses débuts dans la LNH après avoir été le tout premier choix du repêchage de 2004. L’année suivante, il en avait inscrits 52. Donc, imaginon- nous, de façon conservatrice, que s’il avait fait ses débuts en 2004-2005, il aurait été en mesure d'en marquer 30.
Ensuite, en 2012-2013, il a raté la moitié de la saison en raison de lock-out, avant de revenir au jeu et d’en compter 32 en 48 parties. Sur une saison de 82 matchs, ça lui en aurait fait 55.
Puis, en 2019-2020, la saison a été écourtée alors que les Capitals n'avaient joué que 69 matchs. Cette saison-là, Ovechkin se dirigeait vers une campagne de 57 buts. La saison suivante, écourtée à 56 parties, le grand no. 8 a marqué 24 buts en 45 matchs. Sur une saison complète, on parle d'une production de 30 filets.
En ajoutant ces 172 buts à sa fiche, Ovechkin aurait égalé le record de Gretzky quelque part vers la fin de la saison 2020-2021.
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Donc, est-ce qu’on doit discréditer Ovechkin parce qu’il a marqué beaucoup de buts dans un filet désert? Sa réponse à une question à ce sujet, récemment, veut tout dire.
«Chaque but est difficile à marquer dans cette ligue. Si vous voulez essayer, mettez vos patins et allez-y, jouer à 6 contre 5.»