Chapelle ardente pour Rodger Brulotte: tout le monde avait une anecdote à raconter
Aimé de tous, le défunt chroniqueur et analyste de baseball a laissé des souvenirs impérissables à ceux qui sont venus lui dire un dernier «bonsoir»

Antoine Lacroix et Alicia Flageol
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Chaque personne venue rendre un dernier hommage à la chapelle ardente de l’animateur Rodger Brulotte avait une anecdote ou un bon souvenir à narrer au sujet de « la voix officielle du baseball au Québec ». Le Journal s’est entretenu avec des visiteurs qui avaient de belles histoires à raconter.
Ardent défenseur du sport amateur... et chauffeur de taxi à ses heures
Deux des sœurs Dufour-Lapointe, Maxime et Justine, ont tenu à souligner l’apport de Rodger Brulotte au sport amateur et aux sportifs du Québec.

« Il était partout, toujours présent, il répondait toujours à l’appel, a relaté Justine. Il soutenait beaucoup les athlètes amateurs, comme nous, pas juste les athlètes professionnels, mais pour lui, c’était important. »
« C’était vraiment touchant pour nous parce qu’en tant que jeune athlète, de voir qu’on avait une place dans ses chroniques, dans ses photos... a-t-elle ajouté. Il arrivait tout le temps avec sa petite caméra. »
« Il avait ce don-là, d’être proche des gens, a renchéri Maxime. J’avais l’impression que je parlais à un ami de longue date [...] qui était profondément intéressé aux humains derrière les athlètes en plus d’être passionné du sport. »
Justine a d’ailleurs souligné son éternelle gentillesse, alors qu’il l’avait dépanné après une soirée au Centre Bell.
« J’étais en train d’essayer de me trouver un taxi et j’étais pas capable, a-t-elle raconté. Finalement, il m’a liftée. Et c’était pas du tout sur son chemin ! Ça m’avait tellement touchée qu’il ait pris le temps. »
Un homme irremplaçable et un véritable mentor
Celui qui a pris la relève de Rodger Brulotte comme président de la Ligue de baseball junior élite du Québec (LBJÉQ) a perdu un « grand ami » et un « mentor ».
« Il est irremplaçable. Je vais essayer de faire le plus que je peux, de donner tout ce que je peux à cette ligue-là, pour Rodger », a laissé tomber Michel Vallée, qui le connaît depuis les années 1970.

Ce dernier a été très présent dans la vie de l’animateur depuis l’annonce de sa maladie, il y a environ cinq mois, lui qui l’a accompagné pour de nombreux rendez-vous médicaux.
« Ces derniers mois à l’hôpital, je me suis rapproché de lui, un être avec une profonde humanité. Ç’a été un collègue, c’est devenu un mentor. Puis ça a fini comme un de mes meilleurs amis », a soutenu M. Vallée.
La LBJÉQ sera renommée cette année le Circuit Rodger Brulotte pour rendre hommage à celui qui a donné de nombreuses années de sa vie à cette organisation. Plusieurs événements et petites attentions seront mis en place pour souligner sa mémoire.
« Lors de la saison 2027, il voulait prendre sa retraite comme président, car il aurait eu 80 ans et ça aurait été les 80 ans de la ligue », a souligné M. Vallée.
Il prenait des nouvelles de ses enfants
Une mère de famille était fort émue après s’être recueillie devant le cercueil de celui qu’elle a pu appeler « son ami » pendant 18 ans.
« Il a connu mes enfants, il suivait les enfants dans les sports. C’était un homme généreux de son temps, a raconté Émilie Maurice. Il se souvenait de tout, des anniversaires, il appelait pour savoir quand les gars jouaient au hockey ou non. »
Les deux s’étaient rencontrés lors d’une partie du Canadien de Montréal.
« Il m’a pris en photo pour passer dans le journal avec mon frère, puis on a commencé à correspondre comme ça. Puis, ça a fait une amitié de 18 ans », a-t-elle relaté, alors qu’elle a fait la route depuis Mont-Tremblant avec sa famille composée de Cédric, Zack et Elliot Paquette.

Les deux ont habité sur la même rue
Un ami d’enfance de Rodger Brulotte, qui a habité sur la rue Hogan tout comme lui lorsqu’ils étaient jeunes, a salué un homme « humain et accessible ».
« Ça m’a toujours touché. C’était un gars qui était une certaine célébrité, mais il reconnaît même son petit monde, a soutenu André Nadeau. Il nous a toujours reconnus, même si on est du monde bien simple, bien ordinaire pour lui. »
« Mon père, il a coaché Rodger au baseball. [...] On a joué ensemble aux Loisirs Saint-Eusèbe », a raconté M. Nadeau, qui était accompagné de Johanne Barney et Alain Cousineau.

Venus du Nouveau-Brunswick
Un grand-père et son petit-fils qui ont fait la route depuis le Nouveau-Brunswick pour aller voir le Tricolore jeudi soir en ont sauté sur l’occasion pour faire un détour au Stade IGA.
« Quand on écoutait le baseball, c’était pour lui. C’était la voix du baseball », a soutenu Étienne DeGrâce, accompagné de son petit-fils Yoan, venu de Shippagan, située dans la région de la Péninsule acadienne.

« On venait à la game [du Canadien] ce soir, mais on en a profité pour venir lui dire un dernier bonsoir. C’était important, c’était un grand », a-t-il renchéri.
Un joueur... de tours
L’annonceur maison des Aigles de Trois-Rivières et ancien journaliste, André Beauchesne, s’est souvenu des nombreuses fois où il a côtoyé Rodger Brulotte dans sa carrière.

Amis depuis plus de 40 ans, les deux fans de baseball se croisaient beaucoup lors des congrès de Baseball Québec.
« Souvent, tu arrivais à ta chambre et il y avait de la crème à barbe dans ton lit, où il manquait des meubles, des fois, elle était vide complètement », a raconté l’annonceur.
Claude Raymond était également un blagueur, selon lui : lorsqu’ils se retrouvaient tous ensemble, M. Beauchesne se demandait qui allait jouer des tours, et quels seraient les mauvais coups.
« C’est pour ça qu’on l’aime, Rodger, c’est pour ça qu’il est attachant. C’est aussi pour ça qu’on va l’aimer encore. »
Il n’a pas voulu lui donner sa casquette
Un ancien pompier de Montréal s’est fait remarquer jeudi grâce à son habit blanc immaculé des Expos autographié par de nombreux joueurs. Richard Leonardo de Dorval et sa fille Josée ont relaté qu’ils ont eu « la grande chance » de croiser Rodger Brulotte à de nombreuses reprises.

« Quand j’ai rencontré Rodger la première fois, en 1969, au stade Jarry, j’avais une casquette que Rodger voulait avoir. J’y ai dit : “Qu’est-ce que tu vas me donner pour ?” Il m’a dit : “Rien”. Je ne la lui ai pas donnée. Aujourd’hui, je le regrette un peu, parce que c’est devenu notre superhéros », a raconté l’homme de 84 ans, ému.
Sa fille Josée a aussi pu constater à quel point il était un personnage sympathique.
« Je l’avais vu au Stade pendant un match de hockey, je lui avais dit : “Bonsoir, elle est partie” ! » a-t-elle raconté.
La jeune femme était gênée à l’époque, mais Rodger lui avait signé une balle qu’elle garde précieusement encore aujourd’hui.
M. Léonardo était très émotif de perdre celui qu’il considérait comme « un ami proche » et une personne si marquante dans sa vie. Les deux ont raconté que l’homme était une personne attentionnée et très attachante.
De petites attentions pour tous
Une dame qui a pu côtoyer Rodger Brulotte lors de partys de famille a raconté que l’animateur a marqué la vie de ses fils grâce à ses petites attentions.
« Quand ils avaient 13 ans, j’avais donné un calepin noir à Rodger. Dans l’avion, il y avait tous les joueurs des Expos, il avait pris le temps d’aller voir chaque joueur et de faire signer tout le monde. Après, il l’avait donné à mes gars et ils l’ont encore, ce petit cahier-là ! » a-t-elle relaté.

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Se décrivant comme une membre de la « famille éloignée », elle ne pouvait qu’admirer sa gentillesse et son attention pour les gens qui l’entourent.
« C’était quelqu’un qui aimait les gens, qui avait une belle humanité. Je dis toujours à mes petits-fils qu’on reconnaît un homme qui est grand quand il est capable de prendre soin des autres. Rodger était comme ça », a confié la dame avec émotion.
Un fan de la Saint-Valentin
Le propriétaire du restaurant Frenchie’s à Fort Lauderdale, en Floride, raconte que Rodger Brulotte célébrait la Saint-Valentin dans son restaurant.
« Il achetait des roses pour toutes les madames et il les leur distribuait, a expliqué Martin Tremblay, mais il n’était pas obligé de faire ça ! [...] Il avait un charisme. »

La prestance de Rodger l’impressionnait aussi beaucoup. Il raconte que lorsque la voix du baseball entrait quelque part, les têtes se tournaient, même dans son restaurant en Floride.
Rodger Brulotte célébrait aussi ses anniversaires le 4 janvier chaque année au restaurant de M. Tremblay. Ils jouaient également au golf ensemble.
Jeudi, celui qui a écourté un voyage à Chicago pour revenir à temps pour la chapelle ardente de son ami lui a rendu hommage en portant une veste que Rodger aimait beaucoup, car elle est en cuir et porte le logo de chacune des équipes de baseball majeur.
Une équipe de Montréal lui rend un dernier hommage
L’entraîneur du Marquis de Montréal, une équipe de sport-études en baseball, Daniel Brodeur, s’est souvenu de Rodger Brulotte comme une personne très accessible, même s’il était fort occupé.

« Dans les dernières années, il était à TVA Sports, il couvrait le baseball et on pouvait s’appeler des fois entre les manches, on discutait des jeux cocasses qu’il y avait, a raconté M. Brodeur. Quand on allait dîner, tout le monde voulait une photo avec lui, il ne disait jamais non à personne, on mangeait froid, mais je ne l’ai jamais vu dire non à quelqu’un. »
Il a fait adopter le baseball à de nombreux Québécois en le rendant plus accessible.
« Il a jargonisé tellement bien un sport pour une clientèle qui, aujourd’hui, suit le baseball parce qu’elle a suivi les années à la radio de Rodger », a-t-il estimé.
Selon lui, Rodger travaillait fort pour aider les jeunes de la province à se développer pour se rendre au plus haut niveau.
« Il défendait beaucoup nos Québécois et Québécoises. Des fois, il m’appelait pour me parler des erreurs des Blue Jays dans les Ligues majeures pour me dire : “Ils ne sont pas si pires que ça, nos jeunes ?!” » a-t-il raconté.
M. Brodeur croit que le Québec perd maintenant un grand ambassadeur du baseball, mais aussi du sport en général.
« C’était un homme du peuple et ça paraît quand tu vois les gens venir lui rendre hommage aujourd’hui », a-t-il décrit en regardant la foule.