Chantal Lamarre révèle comment elle a rencontré son conjoint Michel Laperrière
Le spectacle «Steppettes et cornemuse» est présenté partout au Québec. Infos et billets: chantallamarre.com.
Patrick Delisle-Crevier
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Je connais Chantal Lamarre depuis un quart de siècle. À l’époque, j’étais son recherchiste à l’émission Les Trois Mousquetaires et j’ai rapidement eu un coup de cœur pour cette femme de grand talent que je considère comme plus drôle que n’importe qui. En jasant avec celle qui présente cette année son spectacle Steppettes et cornemuse aux quatre coins du Québec, je comprends mieux son désir de rester loin de ce qu’elle appelle « la grosse sphère populaire ». Nous avons jasé de son spectacle, de son rapport au métier, de sa vie à deux avec Michel Laperrière, de son rôle de maman et de bien d’autres choses.
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D’abord Chantal, comment ça va ?
Bien, même si je trouve que l’état du monde est préoccupant en ce moment. On doit être à la recherche de notre propre bien-être et générer notre propre enthousiasme parce que sérieusement, je n’ai jamais senti le monde aussi lourd. Ça m’a toujours préoccupée, mais là, je suis sidérée. À part ça, je pense que je vais bien et que je suis dans de bonnes dispositions. Je tente du mieux que je peux de me faire une belle vie. C’est certain que je m’en fais pour mes deux enfants, mais nous tentons d’avoir le plus de bons moments possible ensemble malgré cette grisaille mondiale.
Ce sont aujourd’hui de jeunes adultes...
Oui, ma fille, Agathe, a 23 ans et mon fils, Timothée, en a 20. J’aimerais tellement qu’ils aient une vie avec exactement la même sensation qu’on avait à leur âge, alors que nous vivions une belle innocence et que nous regardions devant. Nous avions des aspirations et c’était permis de rêver. Aujourd’hui, les jeunes entendent constamment qu’ils n’auront jamais assez d’argent pour vivre décemment et pour s’acheter une maison.
Essaies-tu de les conseiller de ton mieux dans tout ça ?
Oui, mais en même temps, il ne faut pas se leurrer : de jeunes adultes, tu ne guides plus ça ! Tu peux superviser de haut en étant une espèce de référence pour des problèmes techniques et pour des petits besoins ici et là. Sinon, ils sont devenus des adultes et ils mènent leur vie. Mais depuis qu’ils sont enfants, je leur dis de s’éblouir, de s’émerveiller et d’aimer quelque chose passionnément ; ça va les porter. Je leur ai dit d’aimer lire et d’être curieux des gens, que ce sont les meilleures cartes à avoir dans leur jeu. Je pense que Michel et moi leur avons légué le sens du plaisir et pour moi, c’est une fierté.
Chantal, tu présentes un premier spectacle solo, Steppettes et cornemuse. Je te connais depuis 25 ans et j’attendais ça depuis longtemps. Pourquoi avoir pris autant de temps ?
Tout simplement parce qu’avant, je ne me voyais pas du tout faire ça. J’ai toujours eu une grande lucidité par rapport à ma place dans l’univers et je ne vais pas donner dans la fausse modestie en disant que je me suis peut-être un peu trompée. Avant, je me disais que ça n’intéresserait personne et qu’il n’y aurait pas d’intérêt. J’ai toujours dit que je n’étais pas dans la grosse sphère populaire. Je ne suis pas une étoile parmi les étoiles. Je fais juste mes petites affaires, mes projets et mon rapport à ce métier là en est un avec beaucoup de discrétion. J’adore mon métier, je suis curieuse de tout, mais je n’arrive pas à faire une autopromotion adéquate de mes affaires. De plus, avant de se décider à faire un spectacle solo, il faut avoir quelque chose à dire et moi, j’en suis arrivée au constat que je n’ai peut-être rien à dire, mais qu’il y a juste moi qui le dis comme ça. (rires) J’ai accepté ma médiocrité dans le premier sens du terme, c’est-à-dire « être dans la moyenne ». En même temps, j’ai des outils, j’ai écrit toute ma vie et je suis créative, j’ai des ressources et de l’inventivité. Cette fois-ci, je les utilise pour moi avec ce premier spectacle où je suis seule sur scène.
As-tu fait autant de scène que tu l’aurais souhaité dans ta carrière ?
Non, je suis sérieusement passée à côté de beaucoup de spectacles de théâtre parce que j’avais de bons contrats à la télévision et parce que j’ai eu des enfants. J’aimais tellement ça monter sur scène que si je ne pouvais pas le vivre pleinement et qu’en finissant le soir, je devais rentrer en courant parce que je devais me lever tôt le lendemain pour la télévision, pour les enfants ou les deux, aussi bien laisser tomber le projet. C’est ce que j’ai fait, et je suis la seule responsable de ne pas avoir joué sur scène autant que je le voulais. Juste avant la pandémie, je jouais au théâtre dans la pièce Les nonnes. Ça faisait longtemps que je n’avais pas joué au théâtre et j’ai eu une épiphanie. Plus nous avancions vers la fin du projet, plus j’avais le motton dans la gorge. Je savais que ça allait me manquer et après ça, je me suis dit que ça me tentait de faire de la scène à nouveau et que la façon la plus sûre d’y parvenir était de créer mon propre projet. De là est né mon spectacle Steppettes et cornemuses.

Comment se passe le rodage de ton spectacle ?
Ça se passe très bien et le public est au rendez-vous. En me lançant dans cette aventure, j’étais d’abord craintive, puis je me suis dit que j’allais trouver du monde pour me suivre. Il faut croire que j’ai pris une place que personne n’avait prise encore. Je suis une femme, j’ai 63 ans et je n’ai pas la prétention de prendre la place de Lise Dion. Je ne me compare pas à elle et on ne vient pas du tout de la même place. Je suis beaucoup plus dans la théâtralité et je parle de l’air du temps, sans pour autant me gêner pour plonger dans les bonnes vieilles affaires, de temps en temps.
Comment décrirais-tu ce spectacle ?
Ce spectacle, c’est un objet culturel un peu bigarré que j’ai beaucoup de plaisir à faire. C’est un peu comme passer une veillée au cabaret de l’époque ; c’est une expérience. Je propose aux gens de dépoussiérer leur chapeau et leur étole de vison et de venir voir ce spectacle de variétés. Mon spectacle rejoint les codes du cabaret tout en étant un peu théâtral.
Est-ce que ça se passe comme prévu sur scène ?
Sérieusement, ça se passe beaucoup mieux que je le pensais. J’avais cette peur de mourir de trac chaque soir ou encore de me tanner, mais non. Le tout se fait de façon organique et c’est un work in progress. J’aime cette façon de procéder. Je pourrais faire ce spectacle pour le reste de ma vie tellement j’aime ça et tellement je suis bien ! J’ai des spectacles prévus jusqu’en 2027, et on verra ensuite. Mon chum, Michel, vient souvent avec moi en tournée et c’est un plaisir ; il prend de petites notes et nous en jasons après. J’aime tout de cette vie de tournée-là.
Tu me disais tantôt que tu ne fais pas partie de la grosse sphère populaire. Est-ce par choix ?
Complètement... et non à la fois ! Je pense qu’il y a des gens qui sont là-dedans malgré eux et de mon côté, j’ai longtemps et inconsciemment mis un frein. J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie et je sais très bien où est mon bonheur et où il n’est pas. Moi, les gros gâteaux, les grosses productions, ça m’étourdit. Je suis une fille d’Infoman et de théâtre expérimental. J’aime le côté sororité, j’aime être proche des gens et faire quelque chose d’artisanal. Toute ma carrière, je l’ai passée avec un fusil à colle et du duct tape. Quand j’ai été juge à l’émission Les dieux de la danse, j’aimais ça, mais je trouvais que c’était un gros bateau et ça m’étourdissait au début. Lothaire Bluteau a dit, un jour, qu’« on a la carrière de son tempérament », et il avait raison. Je suis en paix avec tout ça.
As-tu la carrière que tu voulais ?
J’ai bien plus que ça, même si mon CV d’actrice est plutôt mince. Mais à la sortie de l’école, je n’étais pas celle qui rêvait d’avoir sa face sur un panneau à la sortie du pont. C’était exclu, dans ma tête. Moi, ce que je voulais, c’était travailler... et j’ai travaillé ! Ma carrière est bien mieux que ce que j’aurais pu imaginer au départ. Je me serais contentée de faire la direction artistique d’un théâtre pour enfants, je n’aurais pas été malheureuse là-dedans. Faire ce métier, c’est déjà énorme pour moi, parce que quand j’étais petite, j’étais tellement timorée que je ne fonctionnais pas ! Je voulais juste être chez nous, tranquille et cachée, à écouter La souris verte et à dessiner. Je détestais aller à l’école. J’ai donc surmonté tout ça.
Aurais-tu aimé jouer plus ?
Oui, bien honnêtement, j’aurais aimé ça. Disons que si on partait une nouvelle émission pour enfants, je voudrais bien jouer une dame Plume ou un personnage du genre. J’aurais adoré jouer de beaux rôles à la télévision et au cinéma, mais en même temps, les gens m’ont tellement vue décrire le pape à Infoman que je me dis que, hélas, c’est impossible qu’on pense à moi.
On s’est connus il y a 25 ans alors que tu animais l’émission matinale Les 3 mousquetaires en compagnie de Gaston Lepage et Louis-Georges Girard. Quels souvenirs gardes-tu de cette émission, qui a duré plusieurs années ?
C’était un feu roulant parce que c’était une quotidienne, mais c’est un privilège d’avoir connu les dernières heures de la télévision où il y avait du budget. Nous avions un band et des artistes en studio chaque matin. J’ai rencontré tellement de monde sur ce plateau ! Quand l’émission s’est terminée, je me suis dit que c’était une bonne chose parce que j’aurais pu rester là fort longtemps tellement j’étais bien et confortable. Ç’a été une aventure extraordinaire !
Tu fais partie de l’émission Infoman depuis 26 ans. Que représente ce projet pour toi ?
C’est une belle folie, c’est un beau terrain de jeu. Cette émission-là, c’est un train en marche et les gens qui y travaillent sont contents. Ça fait en sorte que tout le monde reste, ce qui est plutôt rare en télévision. Mais c’est la preuve que c’est agréable quand on reste aussi longtemps avec le même monde. J’adore travailler avec Jean-René Dufort.
Chantal, as-tu eu la vie personnelle que tu souhaitais ?
Oui, je voulais être avec une bonne personne. J’ai rencontré des gars avec qui ça ne fonctionnait pas, mais Michel est arrivé et ç’a rapidement été extraordinaire entre nous. Je le fais rire et il me fait rire, nous adorons tous les deux voyager et nous avons des tempéraments qui vont bien ensemble. Ça ne s’explique pas. Nous voulions tous les deux des enfants, même si ç’a été un long processus avant que ça fonctionne. J’ai adoré être une maman et mes enfants ne sont jamais allés à la garderie. J’étais bien à la maison, à jouer avec eux. J’ai mis de côté ma vie professionnelle pendant un bout, et je m’en sacrais. J’ai donc dit non quelques fois et ça en valait la peine. Les enfants ne sont des enfants qu’une seule fois et je voulais être là.
As-tu été le genre de maman que tu croyais être au départ ?
Je pense que oui. Surtout j’ai toujours eu une twist naturelle avec les enfants. Ça aurait été plate que mes filleuls et mes neveux disent qu’ils avaient du fun avec tante Chantal et que mes enfants disent : « Avec nous, elle est plate en maudit ! » Je pense que j’ai été à la hauteur, mais c’est certain que c’est parfois un défi d’être mère parce que nos enfants nous emmènent dans toutes sortes de zones. J’étais une mère poule et je le suis encore, même si maintenant qu’ils sont adultes, je suis en confiance devant leurs ressources et leur débrouillardise. Mais parfois, un sentiment d’inquiétude peut m’envahir et m’empêcher de respirer, ce n’est pas drôle. Par exemple, si ma fille, qui habite à Paris, prend trop de temps avant de répondre à un texto, je m’emballe ! Je me souviens que quand mes enfants ont commencé à sortir et à rentrer tard, j’étais morte d’inquiétude et j’avais l’impression qu’ils allaient me faire mourir 20 ans avant mon temps.
Parle-moi de ta rencontre avec Michel, ton conjoint...
C’est grâce à Ghyslain Tremblay que je l’ai connu. Un jour, je travaillais avec lui et Michel a dit à Ghyslain que j’étais son type de fille. Je me souviens que pendant que je jouais au théâtre, j’avais laissé mon chum de l’époque et j’avais dit à Ghyslain : « Me voilà en solo, je viens de débrancher le patient. » Celui-ci a alors appelé Michel pour lui dire que j’étais libre et Michel est arrivé au théâtre le lendemain. Ça fait 25 ans qu’on est ensemble et on ne s’ennuie jamais l’un avec l’autre.
Ta fille est sommelière à Paris et ton fils étudie en littérature. Aurais-tu aimé qu’un des deux fasse ton métier ?
Je pense que ce n’est pas peine perdue avec mon fils, Timothée. Il étudie en littérature, mais c’est un showman et il fait aussi de la musique. Ça ne m’étonnerait pas de le voir faire le métier un jour. Ma fille, Agathe, s’est intéressée à la danse pendant un bout, elle a étudié le ballet classique, mais la pandémie est arrivée et elle a changé ses plans. Mais je ne pense pas qu’ils feront comme Michel et moi : étudier en théâtre et faire des spectacles expérimentaux qui rapportent 60 $ par semaine.
Que te reste-t-il à faire que tu n’as pas encore fait ?
J’aimerais me laisser aller, me laisser porter par des projets. J’aimerais jouer de beaux personnages dans une série de François Létourneau ou de Sonia Cordeau. J’aimerais explorer plus la radio, j’aimerais jouer plus. Sinon, je souhaite poursuivre ma tournée de Steppettes et cornemuse longtemps. Après, on verra...