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Changer des vies en Afrique

En créant une académie de tennis, Sam Aliassime souhaite redonner ce que le Canada lui a offert il y a 23 ans

Un groupe de jeunes et des entraîneurs qui ont participé au camp de sélection organisé par Sam Aliassime en octobre dernier à Abidjan.
Un groupe de jeunes et des entraîneurs qui ont participé au camp de sélection organisé par Sam Aliassime en octobre dernier à Abidjan. Photo fournie par Sam Aliassime
Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2023-01-10T02:15:08Z

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Sam Aliassime nourrit depuis des années un projet ambitieux : redonner, par le tennis, ce que le Canada lui a offert depuis qu’il y a posé les pieds pour la première fois, il y a 23 ans. C’est pourquoi il compte ouvrir d’ici cinq ans un centre de développement de haut niveau en Afrique. 

« Mon objectif, c’est de changer la vie des gens par le sport », dit le père de Félix, en entrevue au Journal

Le but ultime n’est pas uniquement de former des champions, explique M. Aliassime. Mais il veut, grâce à ce tennis qu’il chérit, donner des opportunités aux jeunes de son continent natal. 

Leur permettre, par exemple, d’obtenir un diplôme dans une bonne université. 

« Si on peut les aider à développer, par le tennis, une bonne éthique de travail, de bonnes valeurs, je serai heureux », explique-t-il. 

L’idée de Sam Aliassime est d’abord venue à son esprit lors d’un voyage dans son Togo natal, il y a quelques années. L’entraîneur a alors constaté que peu de choses avaient changé depuis son départ. 

Devoir faire quelque chose

Puis, il y a un an, M. Aliassime et son fils ont réalisé à quel point il était rare que des joueurs de talent émergent du continent africain. 

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« Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour aider, d’un point de vue économique et sportif », explique-t-il. 

« Avec le succès que Félix connaît et tout le travail qui a été fait [avec Tennis Canada et son centre d’entraînement], je me suis dit : pourquoi ne pas faire un copier-coller qui soit adapté à la réalité africaine pour amener des joueurs à ce niveau ? »

En octobre dernier, M. Aliassime est donc retourné en Afrique pour tenir un camp de détection de talents, appelé « Team Aliassime Africa ». 

Sam Aliassime a supervisé de jeunes joueurs de tennis lors d’un camp de détection de talent qui s’est tenu à Abidjan en octobre dernier.
Sam Aliassime a supervisé de jeunes joueurs de tennis lors d’un camp de détection de talent qui s’est tenu à Abidjan en octobre dernier. Photo fournie par Sam Aliassime

Des joueurs de 20 pays

Des joueurs d’une vingtaine de pays s’y sont présentés. Du lot, ils étaient six, âgés de 12 et 13 ans, chez qui l’entraîneur a flairé du potentiel. 

En attendant que naisse l’académie, il les a invités à passer six mois à son académie à Québec, en 2023, pour peaufiner leur tennis. Ce n’est pas chose faite, dit-il, mais les demandes de visa ont été envoyées. 

« À ce camp, j’ai vu des joueurs qui avaient faim, au sens où ils avaient envie de réussir, de sortir de cette pauvreté et de gagner leur vie à travers le sport. »

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« Ce n’est pas logique [que peu de joueurs africains émergent], poursuit-il. Il y a tout là-bas : le soleil, la chaleur humaine, des terrains. Ce dont je me suis rendu compte, c’est qu’ils ont besoin d’avoir une structure, un plan de développement. »

Le but de M. Aliassime n’est pas de sortir ces athlètes de l’Afrique. Mais ils doivent disputer des tournois à l’étranger, affronter les meilleurs afin de se développer, affirme-t-il. 

« À 12 ans, ils jouent peut-être un tournoi par année. À cet âge, avec Félix, on en faisait une vingtaine », illustre le père du sixième mondial. 

Photo fournie par Sam Aliassime
Photo fournie par Sam Aliassime

Un projet d’équipe

Sam Aliassime le précise : ce projet, c’en est un d’équipe, de famille. 

Son fils, qui est déjà impliqué dans le développement de l’éducation au Togo avec sa mission #FAAPointsForChange, l’aide notamment financièrement. 

Sa fille, Malika, s’occupe de la partie administrative. Tennis Canada est aussi prêt à donner un coup de main. 

Et les entraîneurs de l’Académie de tennis Aliassime, à Québec, iront passer du temps sur les terrains en Afrique afin de travailler avec les joueurs qui seront recrutés. Leur implication lui fait « chaud au cœur », souligne-t-il. 

« À l’Académie, à Québec, nous avons des entraîneurs de cinq ou six nationalités, pointe M. Aliassime. Quand ils sont arrivés, je leur ai dit : je vais vous aider à vous installer, à vous développer. Mais par contre, j’aurai besoin de vous un jour pour que l’on puisse redonner au Togo. »

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En Côte d’Ivoire

Le centre d’entraînement sera éventuellement situé à Abidjan, en Côte d’Ivoire, un lieu central sur le continent qui possède déjà des infrastructures qu’il pourra louer.

Mais avant cela, Sam Aliassime lancera des écoles de mini-tennis pour développer les futurs talents. 

Il retournera au Togo et en Côte d’Ivoire dans ce but cet hiver, mais il aimerait éventuellement en fonder dans plus de cinq pays. 

Dans la prochaine année seulement, M. Aliassime a comme objectif de recruter 1000 jeunes de 6 à 8 ans, mais aussi des entraîneurs avec la même éthique que celle de son académie à Québec.

« Ce projet, il est costaud, dit-il. Mais si on met certaines structures en place, les gens seront moins nombreux à quitter l’Afrique. Car personne n’a vraiment envie de partir de son pays, de s’éloigner de sa famille. »

« [Le centre] va permettre de garder les gens là-bas, de les rendre heureux, de leur permettre de se développer, ajoute-t-il. Il a une dimension humaine, il redonne également à l’Afrique. »

« Et je suis gagnant, moi aussi, car je me suis toujours dit une chose : quand j’arriverai à un point dans ma vie où je serai capable de redonner, ce sera une grande richesse. Je suis heureux, car je suis rendu là. »

FAA soutient les jeunes qui viendront au Québec

Félix Auger-Aliassime écrase des graines avec une dame togolaise lors de son passage au Togo, en décembre, où il était afin de constater les progrès de son projet #FAAPointsForChange.
Félix Auger-Aliassime écrase des graines avec une dame togolaise lors de son passage au Togo, en décembre, où il était afin de constater les progrès de son projet #FAAPointsForChange. Photo tirée du compte Instagram @felixaliassime

À l’instar de son père, Félix Auger-Aliassime a mis sur pied un projet pour aider l’Afrique, et plus particulièrement le Togo. Le joueur québécois a lancé #FAAPointsForChange en 2020, afin de soutenir l’éducation des enfants dans le pays. 

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Pour chaque point que Félix gagne dans un match, il verse 5 $ à la fondation. À cela, son partenaire, la banque française BNP Paribas, ajoute chaque fois 15 $.

De passage au Togo

Le sixième mondial était d’ailleurs de passage au Togo au début du mois de décembre, avec Sam Aliassime, afin de constater les progrès effectués depuis qu’il a mis sur pied sa fondation, qui a pour l’instant récolté environ 340 000 $.

Mais cela n’empêche pas « FAA » de soutenir son père dans son projet d’académie. Financièrement, surtout. 

« La sélection des enfants [faite en octobre], ça m’a coûté environ 8000 euros [11 500 $ CA]. Moi, je ne peux pas me le permettre, alors il m’a aidé », explique M. Aliassime.

C’est aussi Félix qui a signé les lettres envoyées à l’ambassade canadienne pour assurer qu’il soutiendra les jeunes recrutés par Sam Aliassime. 

Et tant son entraîneur, Frédéric Fontang, que son préparateur physique, Nicolas Perrotte, iront en Afrique, en temps et lieu, afin de donner des conférences aux joueurs et aux entraîneurs locaux qui seront recrutés. 

M. Aliassime se réjouit également de voir les commanditaires de son fils, mais aussi ceux de son académie à Québec, s’impliquer dans le projet. 

Les anciens vêtements

Une initiative dans laquelle papa Aliassime désire limiter le gaspillage : ainsi, les balles utilisées en octobre dernier étaient celles de l’Académie Aliassime. 

Et les vêtements qui seront portés par les entraîneurs de Team Aliassime Africa seront d’anciennes collections Adidas portées par le détenteur de quatre titres ATP. 

« On se complète bien, se réjouit Sam Aliassime, car Félix, il est à fond dans le côté éducatif, et moi, je suis à fond dans le côté sportif. »

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