Réinventer son emploi: changer d’emploi après la pandémie
Le virage professionnel des travailleurs plus âgés s’apparente souvent à une démarche d’émigration


Daniel Germain
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Quand on a moins de 30 ans et qu’on s’est accroché à un job qui n’offrira jamais de salaire mirobolant et de grandes perspectives d’avancement, ce que la crise provoque s’apparente moins à une catastrophe qu’à une opportunité.
On a beau dire que la pandémie revêt un caractère plus qu’exceptionnel, elle ne révèle pas moins ce qu’on avait perdu de vue quand l’économie roulait à pleins gaz : il y a des emplois précaires.
Pour certains, le programme du gouvernement du Québec pour requalifier les chômeurs pandémiques (le PARAF) donne aux événements des airs presque providentiels. En temps normal, on ne se ferait pas offrir de nous payer des études et une allocation hebdomadaire de 500 dollars pour nous inciter à nous réorienter.
Je ne saurais vous dire si le programme en question a été mis en place dans le seul but de produire des soudeurs, des grutiers et autres machinistes pour les secteurs en manque de bras.
Une rare occasion, mais...
Si c’est le cas, ce n’est peut-être pas le genre de proposition qui séduira les émules de Robert Lepage ou de Martin Picard. Je laisse aux personnes concernées le soin de regarder ça et d’y réfléchir.
Une occasion pareille ne se représentera pas, mais je rappelle qu’on aura aussi besoin de restos et de théâtre, alors ne vous convertissez pas tous au camionnage.
Je ne veux pas minimiser ce que vivent les jeunes, mais les conséquences me semblent plus lourdes chez les plus âgés que la pandémie a poussés à quitter leur emploi. Je pense aux travailleurs qui ont accumulé plus d’une dizaine d’années dans une profession et que la crise oblige à se réinventer à 35, 40 ou même 50 ans.
Il vient un âge où décider d’entreprendre un virage professionnel s’apparente à une démarche d’émigration, comme si on quittait son pays natal pour refaire sa vie dans un endroit qu’on ne connaît pas.
Quand on exerce depuis longtemps un métier qu’on aime, on s’identifie à ce qu’on fait, notre travail devient une part de notre identité. Quand les circonstances nous poussent à faire autre chose (parfois, c’est la retraite), il faut non seulement composer avec le stress financier, mais aussi traverser un deuil.
Des travailleurs à bout
Parfois, ce n’est pas un deuil, mais une libération. Il arrive que les conditions de travail, et non le travail en soi, se fassent si déplorables qu’elles en deviennent toxiques. La crise offre peut-être une porte de sortie.
Je discutais avec un orienteur pour cette chronique, pas le genre d’orienteur qui conseille les jeunes du secondaire, mais du type qui aide les adultes malheureux qui se sont égarés sur leur parcours professionnel.
Un gros de la clientèle est constitué non pas de gens en précarité d’emploi, mais d’enseignants et d’employés du réseau de la santé qui, même avant la pandémie, étaient à bout. Ces derniers mois, on leur a asséné le coup de grâce. Ils se cherchent maintenant un nouveau métier.
Une perte pour la patrie !