Faire le saut comme DG: pour Kent Hughes, c’était Montréal ou... Boston


Marc de Foy
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Certaines équipes de la LNH s’intéressaient déjà à Kent Hughes avant son embauche par le Canadien. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que Jeff Gorton lui a offert d’être son adjoint avec les Rangers.
Les deux hommes se connaissaient depuis un bon moment. Ils se rencontraient souvent lors de matchs de hockey mineur impliquant leurs fils dans la région de Boston. Gorton s’amusait aux dépens de Hughes, qui était entraîneur.
«Il me disait que je ressemblais à John Tortorella derrière le banc, raconte Hughes avec un air amusé.
«Il me disait que lorsque le jeu se déroulait d’un côté, je regardais dans le sens inverse.»
Lorsque Gorton est devenu directeur général des Rangers, il a appelé Hughes pour lui demander de travailler à ses côtés.
Pour ce dernier, il n’était pas question d’aller travailler à New York. D’abord pour des raisons familiales, puis en raison du climat d’insécurité qui vient avec un poste de haute direction chez les Rangers.
Le président exécutif et PDG du Madison Square Garden, James Dolan, a la mèche courte. Hughes ne se sentait pas à l’aise avec cette perspective.
«Si Jeff avait été congédié, je n’aurais pas voulu son poste», ajoute Hughes.
La loyauté est primordiale pour lui.
«C’est l’une des qualités les plus importantes», pense-t-il.
Le copropriétaire des Penguins le tenait en haute estime
Hughes connaît très bien aussi David Morehouse, jadis copropriétaire des Penguins de Pittsburgh avec Mario Lemieux. Leurs fils étaient rivaux au hockey mineur à Boston.
Sans lui dire clairement, Morehouse aurait aimé que Hughes passe une entrevue pour le poste de DG des Penguins. Mais Hughes tenait à ce que sa famille continue à vivre dans un environnement stable à Boston et ne voulait pas avoir à voyager régulièrement entre sa ville de résidence et Pittsburgh.
«C’était vraiment Montréal qui m’intéressait, confie-t-il.
«C’était Montréal, Boston et rien d’autre.»
Les Bruins ne lui ont jamais parlé, mais le Canadien, si.
«Jeff [Gorton] me disait souvent que j’attendais toujours que les conditions soient parfaites, mais que ça n’arrivait jamais.»
Suffisait que Gorton se retrouve vice-président des opérations hockey du Canadien pour que Hughes accepte les fonctions de directeur général du CH. Or, avant que ça se produise, Morehouse a relancé Hughes. Cette fois, il tenait mordicus à ce que Hughes auditionne pour le poste de DG des Penguins. Mais Hughes avait fait son choix.
Puisque le Canadien voulait de lui, c’est à Montréal qu’il allait devenir DG.
Sympathique, aimable, mais têtu!
Kent Hughes a une bouille sympathique. Il est cordial avec les gens qui l’abordent. Lors de la séance de photos pour cette entrevue, il s’est prêté avec plaisir à des égoportraits avec des amateurs dans les gradins du Centre Bell. Les gens ne sont pas gênés d’aller vers lui. L’homme a beaucoup d’entregent.
Avec ce portrait en tête, il est surprenant d’entendre qu’il est têtu et pas à peu près au travail. C’est Jeff Gorton qui me l’a dit dans une grande entrevue réalisée l’an dernier.
Pas entêté dans le sens méchant, mais très opiniâtre quand même. Quand il a une idée en tête, il ne lâche pas le morceau.
Hughes sourit quand je lui dis ça.
«Mon père vous dira aussi que je suis têtu, avoue-t-il.
«Ma femme et mon frère aussi. Toute ma vie, on m’a dit que j’aurais dû être avocat parce que je soupèse toujours l’argument de la partie adverse. Pas que j’y crois, c’est juste pour faire le débat. Et quand je m’engage dans cette voie, je veux aller au fond des choses, je tiens à ce que mon point de vue passe. Je ne suis pas capable de changer d’idée dans le feu de l’action.
«Mais ensuite, quand je me retrouve seul, je peux dire de mon interlocuteur qu’il avait raison sur un point donné. Mais, eux, ils se moquent de moi.»
Bonne chimie avec Gorton
Eux, c’est notamment Jeff Gorton.
«Je n’irais pas jusqu’à dire que je fais les choses uniquement à ma tête, continue Hughes.
«Mais je dirai à ceux avec qui je discute qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent. C’est alors que Jeff intervient et lance: “Pas d’accord!” Mais je pense que la chimie est bonne entre nous. Jeff a un bon sens de l’humour et il s’en sert assez souvent.»
Si Hughes reconnaît son côté obstiné, il affirme que Gorton l’est autant que lui.
«Il prétend que ce n’est pas vrai, mais je peux dire que sa femme et ses enfants vont dire “oh oui!”».
C’est Gorton qui va sursauter!