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«C’est une nouvelle blessure»: des décennies de tensions avec la police à Montréal-Nord

Le lien de confiance déjà fragile entre la population et la police dans ce quartier est une fois de plus fortement ébranlé

Photo portrait de Olivier Faucher
2026-06-15T04:00:00Z

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Les révélations sur la conduite inadmissible de policiers à Montréal-Nord s’ajoutent à une histoire marquée par de vives tensions entre les citoyens et les forces de l’ordre dans cet arrondissement depuis deux décennies.

« Ça nous rappelle 2008 et tout le traumatisme qu’avait vécu la population. On ne devrait pas s’attendre à revivre la même chose en 2026, mais malheureusement, c’est encore là qu’on est rendu », lâche Sheilla Fortuné, directrice de la Maison des jeunes L’Ouverture.

Elle fait ici référence à la mort de Fredy Villanueva, un jeune de 18 ans fauché par les balles d’un policier cette année-là.

Cet événement très médiatisé pendant des années est resté gravé dans les esprits à Montréal-Nord. Il avait d’ailleurs provoqué une importante émeute le lendemain du drame.

À l’époque, estime l’avocat Papa-Mike Diomande, le drame avait permis de « cristalliser » l’enjeu du profilage racial qui existait déjà depuis longtemps dans l’arrondissement, selon lui.

En 2016, la mort sous les balles policières de Bony Jean-Pierre dans le même secteur lors d’une intervention antidrogue a ravivé ces tensions, et mené à une manifestation ayant tourné à la casse.

Bony Jean-Pierre, tué lors d’une opération policière menée en 2016 dans un appartement de la rue Arthur-Chevrier.
Bony Jean-Pierre, tué lors d’une opération policière menée en 2016 dans un appartement de la rue Arthur-Chevrier. Photo d’archives

Sheilla Fortuné n’hésite pas à comparer ces morts à la bombe que le SPVM a lancée vendredi en annonçant la suspension de 16 policiers et en révélant du même coup des comportements racistes et haineux qui avaient cours dans leur équipe.

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« C’est une nouvelle blessure. Compte tenu de l’historique du quartier, ça vient fragiliser le lien de confiance que nous dans le milieu communautaire on essaie de bâtir avec le Poste de quartier 39 », déplore-t-elle.

« Pire que ce qu’on pensait »

Si les morts sous les balles des policiers sont les conséquences les plus dramatiques qu’on puisse imaginer, l’épisode de vendredi révèle des comportements encore plus graves au SPVM, aux yeux de Mme Fortuné.

« On pensait que c’était une pomme ou deux pommes pourries, mais c’est rendu que c’est le panier et que ça touche à la dignité humaine. Ça prouve que le problème est pire et beaucoup plus profond qu’on ne le pensait », déplore-t-elle.

Comment peut-on concevoir que des policiers se permettent d’agir ainsi dans ce quartier après de nombreuses années où le profilage racial a été dénoncé, même par le SPVM lui-même ?

« Il y a eu des politiques de sensibilisation, de recrutement, mais toutes les dérives qu’il y avait, on ne les a pas corrigées. Il y a une culture d’impunité qui s’est installée », croit Me Diomande.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Alexandre Dubé, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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« C’est un ghetto »

Anastasia Marcellin, qui milite depuis plus d’une décennie contre le profilage racial dans son quartier d’origine, croit qu’une mentalité nocive s’est perpétuée entre policiers et qu’elle doit être déconstruite.

« J’ai l’impression que dès qu’on dit à un policier qu’il va aller dans ce quartier, on lui dit que c’est un ghetto avec des bêtes sauvages. Il y a des jeunes qui provoquent parfois, donc il y a un travail à faire aussi du côté des citoyens, mais celui qui a la force ne peut pas devenir un bourreau », soutient-elle.

2008 : un mort qui sème la colère

Le 9 août 2008, Fredy Villanueva est tué à 18 ans dans le parc Henri-Bourassa lors d’une intervention policière qui a dégénéré, alors qu’il faisait partie d’un groupe de jeunes qui jouaient aux dés. Le lendemain, une émeute éclate dans les rues de Montréal-Nord. Les manifestants incendient des véhicules, vandalisent des commerces et s’en prennent aux policiers. L’événement a poussé le gouvernement à créer le Bureau des enquêtes indépendantes cinq ans plus tard.

2016 : autre décès, autre émeute

Le 31 mars 2016, lors d’une perquisition de drogue dans un appartement, Bony Jean-Pierre meurt d’une balle de plastique sur la tête tirée par un policier qui sera plus tard acquitté d’homicide involontaire. Un peu plus deux semaines plus tard, une manifestation pour dénoncer la mort de Villanueva et de Jean-Pierre vire à l’émeute. Cette fois, le poste de quartier 39 fait l’objet de vandalisme et des véhicules sont incendiés.

Un problème documenté depuis longtemps

En octobre 2019, un rapport dévastateur conclut que le SPVM discrimine fortement les Noirs, les autochtones et les jeunes arabes dans ses interpellations. Le document citait notamment une recherche datant de l’année précédente réalisée spécifiquement à Montréal-Nord qui dénonçait « un niveau de surveillance élevé, un interventionnisme trop important, le plus souvent pour de petites incivilités » auprès des jeunes racisés du quartier. En 2024, la Cour supérieure du Québec condamnait la Ville, directement responsable du profilage racial par ses policiers. La cause a été portée en appel.

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