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« C’est toujours le problème du Québec : on manque de capital »

Malgré tout, les Québécois ont fait beaucoup de chemin dans le secteur minier

Un travailleur à l’œuvre à la mine Casa Berardi, dans le Nord-du-Québec. Ce site d’exploitation minière est  propriété de la compagnie américaine Hecla Mining, fondée en 1891.
Un travailleur à l’œuvre à la mine Casa Berardi, dans le Nord-du-Québec. Ce site d’exploitation minière est propriété de la compagnie américaine Hecla Mining, fondée en 1891. Photo Olivier Bourque
Photo portrait de Sylvain  Larocque

Sylvain Larocque

2022-05-28T04:00:00Z

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Les Québécois ne sont pas propriétaires de leurs mines, mais au moins, ce sont principalement eux qui les gèrent et qui sont à la tête des firmes d’exploration chargées de découvrir de nouveaux gisements, souligne une sommité de l’industrie.

« Pendant très longtemps, on n’était pas propriétaires de nos ressources naturelles tout simplement parce qu’on n’avait pas les compétences », souligne Michel Jébrak, professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal (UWQM) et expert du secteur minier québécois.

« C’est quelque chose qui a progressivement changé et aujourd’hui, à la tête des principales entreprises minières au Québec, en termes de dirigeants, on trouve des Québécois, et en termes de direction technique, on a des Québécois », ajoute-t-il..

Des patrons surtout francos

« Quand je suis devenu prof à l’UQAM en 1987, on ne m’a rien dit, sauf “Michel, aujourd’hui, les compagnies d’exploration, c’est des anglos, il faudrait que ça devienne des francos”. C’était ma mission en gros. Et ça a marché. Aujourd’hui, les patrons des boîtes sont surtout francos. »

Pour ce qui est de la propriété de nos mines, « ça, c’est un autre problème », convient M. Jébrak.

Le spécialiste explique la situation par notre faible population, un taux d’entrepreneuriat qui laisse à désirer et la grande présence de l’État dans l’économie québécoise.

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Capital = pouvoir

« C’est toujours le problème du Québec : on manque de capital », résume-t-il.

« Et évidemment, les gens qui ont le capital, ils ont le pouvoir. »

Selon Michel Jébrak, le développement du secteur minier québécois continuera de dépendre largement des investisseurs étrangers.

« On est dans un contexte de contraction de l’industrie, donc les petites compagnies québécoises vont être des cibles pour les grosses minières, d’autant plus que l’incertitude politique internationale augmentant, les capitaux occidentaux ont tendance à se mettre dans les juridictions sans risque », affirme-t-il.

Plus payant pour l’État

M. Jébrak rappelle toutefois que depuis les réformes menées au tournant des années 2010 par les gouvernements de Jean Charest et de Pauline Marois, le Québec tire davantage de revenus de ses mines sous forme de redevances.

« E​st-ce que ça rapporte assez à l’État ? » demande-t-il sans répondre lui-même à la question.

En 2020, le gouvernement du Québec a touché plus de 600 millions de dollars de la part des mines situées sur son territoire, contre à peine 100 millions de dollars en 2015.

« Si on contrôle le territoire et le savoir-faire, on contrôle deux éléments sur trois [l’autre étant la propriété des mines] », estime Michel Jébrak.

Ceux qui prônent la nationalisation des ressources minérales ne comprennent pas qu’il faut des sommes colossales pour les extraire du sol – des investissements bien trop risqués pour l’État, note-t-il.

« Il n’y a pas de “richesse naturelle”, il n’y a que du travail humain qui valorise des trucs. La “richesse naturelle”, tant qu’il n’y a personne qui la travaille, ça ne vaut rien. »


Michel Jébrak a récemment publié aux éditions MultiMondes, avec Christian Hocquard, ingénieur et économiste au Bureau de recherches géologiques et minières de France, le livre Objectif lithium : Réussir la transition énergétique.

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