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«C’est le nirvana du football»: du petit gars de Lac-Mégantic à l’Alabama, Steve Bolo Mboumoua se rapproche de la NFL

Steve bolo Mboumoua est ici en action contre Eastern Illinois et il a vu de l'action pendant trois matchs la saison dernière, enregistrant cinq plaqués, dont un pour des pertes.
Steve bolo Mboumoua est ici en action contre Eastern Illinois et il a vu de l'action pendant trois matchs la saison dernière, enregistrant cinq plaqués, dont un pour des pertes. PHOTO ALABAMA ATHELTICS PHOTOGRAPHY
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2026-05-09T04:00:00Z

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LAC-MÉGANTIC | La première journée où Steve Bolo Mboumoua s’est présenté sur le terrain de football à la polyvalente Montignac de Lac-Mégantic, il n’avait aucune idée du parcours fascinant qui l’attendait. Celui qui est aujourd’hui l’un des plus beaux espoirs québécois, à la prestigieuse Université de l’Alabama, pourrait passer dans deux ans à la NFL.

• À lire aussi : Le prodige du football québécois Steve Bolo Mboumoua redonne aux élèves de Lac-Mégantic

Mboumoua était de retour à la maison cette semaine, où il a remis des bourses à des élèves de l’école où tout a commencé pour lui. Le Journal en a profité pour lui piquer une bonne jasette.

Le plaqueur défensif de 21 ans évolue aujourd’hui pour l’un des plus renommés programmes de football aux États-Unis.

Le Crimson Tide de l’Alabama, c’est 18 championnats nationaux. C’est le Bryant-Denny Stadium, qui accueille 100 000 personnes à chaque match local. C’est, surtout, un programme où aucun Québécois n’a joué avant Mboumoua.

Pourtant, lorsqu’il s’est établi à Lac-Mégantic avec sa famille en provenance de son Cameroun natal, le garçon de 12 ans de l’époque ne connaissait évidemment rien au football.

L’entraîneur Yannick Thibault l’a remarqué à l’école en 2017 et l’a invité à tenter sa chance en raison de son gabarit.

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« Je me souviendrai toujours que Steve est arrivé avec sa bouteille d’eau et ses protège-tibias. Pour quelqu’un du Cameroun, le football, c’est du soccer », raconte-t-il avec le sourire.

Même à sa première année au secondaire comme membre benjamin des Béliers de la Polyvalente Montignac, Steve Bolo Mboumoua se démarquait par sa taille et ses habiletés comme porteur de ballon, sa première position.
Même à sa première année au secondaire comme membre benjamin des Béliers de la Polyvalente Montignac, Steve Bolo Mboumoua se démarquait par sa taille et ses habiletés comme porteur de ballon, sa première position. PHOTO FOURNIE PAR YANNICK THIBAULT

Toute une première impression !

Le moins que l’on puisse dire est que son épopée dans le football est saisissante !

Évoluant à la base à l’attaque comme porteur de ballon, Mboumoua s’est taillé une place avec Équipe Québec, jouant aussi en défense. C’est cette partie de son jeu qui l’a conduit au prochain niveau, comme ailier défensif avec le Notre-Dame du CNDF, où il s’est imposé.

Sur le front défensif, le joueur de Lac-Mégantic a fait un malheur avec le Campus Notre-Dame-de-Foy, sur la scène collégiale.
Sur le front défensif, le joueur de Lac-Mégantic a fait un malheur avec le Campus Notre-Dame-de-Foy, sur la scène collégiale. Courtoisie Roch Lambert

Invité à participer à des camps d’essai avec différents programmes universitaires américains en 2023, Mboumoua s’est pointé sur le campus de l’Université de l’Alabama.

Sur place, pas moins de 400 joueurs de ligne offensive et défensive rivalisaient. Dans un groupe si imposant, il fallait trouver une manière de se démarquer.

Le pauvre joueur devant Mboumoua en a payé le prix, se faisant anéantir au point d’en perdre son casque, qui a roulé près d’un bonhomme inconnu aux yeux du Québécois. Le nom de cet étranger était nul autre que Nick Saban, considéré comme le meilleur de tous les temps avec ses sept titres nationaux.

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« On m’a juste dit que le big boss était là et comme toute personne ordinaire, je voulais impressionner le big boss. Je me suis dit que j’allais jouer le tout pour le tout. J’ai plaqué le gars devant moi, j’ai ramassé son casque par terre et je l’ai amené à Saban sans savoir que c’était lui en disant juste : “Comment ça va, coach ?” Tout le monde autour de moi a figé », rigole le costaud gaillard.

Le légendaire entraîneur-chef Nick Saban a reçu Steve Bolo Mboumoua et quelques-uns de ses entraîneurs, dont Yannick Thibault, au moment de le recruter.
Le légendaire entraîneur-chef Nick Saban a reçu Steve Bolo Mboumoua et quelques-uns de ses entraîneurs, dont Yannick Thibault, au moment de le recruter. PHOTO FOURNIE PAR YANNICK THIBAULT

L’entraîneur d’expérience a tout de suite demandé au Québécois de quitter le terrain. Pas pour le punir, mais parce qu’il en avait assez vu. Deux semaines plus tard, il lui offrait une place au sein du programme, assortie d’une bourse complète. D’ailleurs, le Méganticois d’adoption a reçu une vingtaine d’offres de programmes majeurs.

La patience est de mise

En 2024, afin de répondre aux exigences scolaires de l’établissement, Mboumoua a dû parfaire son anglais pendant une session, tout en disputant sa première saison à Southwest Mississippi, un junior college.

La saison dernière, il a vraiment vécu son baptême avec le Crimson Tide de l’Alabama, participant à trois matchs et récoltant cinq plaqués.

« Comme compétiteur, tu veux jouer plus. Ça reste un long processus. C’était décevant dans un sens, mais les coachs m’ont parlé et m’ont dit : “On veut te mettre sur le terrain quand le pays verra tout ce que tu peux faire” », explique celui qui s’est illustré lors des récents entraînements printaniers.

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Une expérience surréaliste

À ses premiers pas avec le Crimson Tide, Mboumoua a vite compris qu’il se retrouvait sur une autre planète. Les moindres faits et gestes de l’équipe enflamment l’Alabama, comme chaque moment du Canadien qui tourne en feuilleton au Québec.

Pour le traditionnel match intra-équipe du printemps, des foules de plus de 72 000 personnes ont envahi le stade dans les dernières années.

« Comme expérience, il faut le vivre pour vraiment le comprendre. C’est le nirvana du football ! Il faut que tu sois assez fou pour y croire et te dire : “OK, je suis peut-être un gars de Mégantic, mais je suis bel et bien arrivé ici. Si j’en suis rendu là, c’est parce que je peux jouer à ce niveau” », s’exprime-t-il.

La NFL dans deux ans ?

Le jeune homme s’attend à beaucoup plus de temps de jeu à sa deuxième saison complète en Alabama. Si tout se passe comme il l’entend, il se fera remarquer pendant deux saisons avant de se déclarer admissible au repêchage de la NFL de 2028.

« En arrivant au repêchage à 23-24 ans, ça me donne plus de chances de faire ce que j’ai à faire. Je rêve de sortir en première ronde. On a un Canadien [Akheem Mesidor] qui l’a fait au dernier repêchage et quand tu vois ça, c’est une inspiration. »


Une nouvelle position et 20 livres de plus

À 6 pieds quatre pouces et 280 livres en arrivant en Alabama en 2023, Steve Bolo Mboumoua était déjà tout un spécimen physique. Aujourd’hui, il en impose encore davantage.

Évoluant à l’extrémité de la ligne défensive comme ailier, à l’origine, Mboumoua a rapidement été converti en plaqueur défensif.

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Il occupe donc le cœur du front, à l’intérieur, ce qui signifie qu’il doit occuper plus d’espace et devenir plus difficile à déplacer. Ses entraîneurs lui ont donc demandé d’ajouter une trentaine de livres à sa charpente pour faire osciller la balance à 310 livres.

Une fois à ce poids, l’ancien des Béliers et du Notre-Dame trouvait qu’il n’avait plus l’agilité souhaitée. Le voilà au sommet de son art, à 300 livres.

« Maintenant, je bouge vraiment comme je veux. J’ai dû me discipliner pour jouer à une nouvelle position parce que si je prends le mauvais angle, le porteur de ballon de l’autre bord va sortir de la ligne et il peut sortir loin. C’est ça qui a été le plus dur dans la transition », explique Mboumoua.

Dans les prochaines semaines, le prodige sera aux bons soins de l’entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin, qui possède le don de former d’excellents joueurs de ligne défensive.

Au revoir, Saban !

Nick Saban vient à peine de prendre sa retraite, mais il a déjà sa statue à l’Université de l’Alabama, devant laquelle Steve Bolo Mboumoua et son entraîneur à Lac-Mégantic Yannick Thibault ont pris la pose.
Nick Saban vient à peine de prendre sa retraite, mais il a déjà sa statue à l’Université de l’Alabama, devant laquelle Steve Bolo Mboumoua et son entraîneur à Lac-Mégantic Yannick Thibault ont pris la pose. PHOTO FOURNIE PAR YANNICK THIBAULT

L’autre bouleversement vécu par Mboumoua depuis son arrivée en Alabama est que le grand Nick Saban, qui l’a recruté, a opté pour la retraite quelques mois plus tard.

Mboumoua assure toutefois qu’il n’a jamais été question de changer ses plans et qu’il a d’abord et avant tout tissé des liens de proximité avec l’entraîneur de la ligne défensive, Freddie Roach.

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« Oui, coach Saban m’a recruté, mais j’ai bien vécu la transition. Depuis son départ, l’équipe a connu de bonnes saisons, mais ce n’est pas le standard auquel les partisans en Alabama sont habitués. Il faut juste faire notre travail et bien conclure. Pour moi, c’était Bama un jour, Bama toujours. »


Un entraîneur fier comme un père

Les retrouvailles entre Steve Bolo Mboumoua et son mentor Yannick Thibault sont toujours chaleureuses, comme cette semaine quand l’ancien des Béliers a redonné à des jeunes de son école sous forme de bourses.
Les retrouvailles entre Steve Bolo Mboumoua et son mentor Yannick Thibault sont toujours chaleureuses, comme cette semaine quand l’ancien des Béliers a redonné à des jeunes de son école sous forme de bourses. PHOTO STÉPHANE CADORETTE

Yannick Thibault a vu son protégé évoluer de ses débuts timides jusqu’à aujourd’hui et il continue de le suivre pas à pas dans sa quête.

Une immense fierté se lisait sur le visage de l’entraîneur-chef juvénile et responsable du programme de football des Béliers de la Polyvalente Montignac lorsque Steve Bolo Mboumoua est rentré au bercail cette semaine afin de remettre des bourses d’études.

Il ne s’est pas fait prier pour partager des anecdotes qui ont façonné le parcours de son poulain et pour rappeler une conversation marquante entre eux il y a quatre ans.

« Steve venait de recevoir une bourse de la Fondation Aléo. Je lui ai dit que s’il mettait les efforts dans ses études, s’il s’entraînait avec sérieux et s’il s’entourait des bonnes personnes, il avait le potentiel pour jouer à un autre niveau.

« Je n’avais jamais dit ça à un autre joueur parce que je n’ai jamais eu un joueur de ce calibre-là. Il m’a tout de suite pris au sérieux et il a fait le nécessaire. Le côté football ne m’étonne pas, mais ce qui m’impressionne le plus, c’est sa réussite scolaire », a-t-il dit au sujet de l’étudiant en gestion d’entreprise.

Un premier choix

Quant au joueur sur le terrain, Yannick Thibault va-t-il jusqu’à croire, comme Mboumoua, qu’il pourrait devenir un choix de première ronde dans deux ans dans la NFL ?

« Je peux juste dire une chose. Au dernier repêchage, Kadyn Proctor, un bloqueur de Bama, est sorti 12e au total. Steve le brassait pas mal dans les pratiques. Proctor n’aimait pas ça et il le disait que Steve était vraiment bon. C’est capoté quand on y pense », a-t-il lâché.

Thibault a évidemment accompagné Mboumoua en Alabama à son premier camp d’essai et il a aussi assisté à son premier match.

« Physiquement, c’est un phénomène. Il bench 600 livres. C’est la moitié de ton char. Il est fort comme ça ne se peut pas. »

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