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C’est la frénésie pour la chaussure magique derrière le record sous les 2 h au marathon

Après avoir établi un record mondial, le Kényan Sabastian Sawe a fièrement exhibé la nouvelle chaussure dernier cri d’Adidas, qu’il a portée pour survoler le marathon de Londres.
Après avoir établi un record mondial, le Kényan Sabastian Sawe a fièrement exhibé la nouvelle chaussure dernier cri d’Adidas, qu’il a portée pour survoler le marathon de Londres. WireImage
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2026-05-03T04:00:00Z

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Depuis que les coureurs Sabastian Sawe et Yomif Kejelcha sont devenus les premiers à franchir la ligne d’arrivée d’un marathon sous la barre mythique des deux heures, dimanche, c’est la ruée vers leurs chaussures magiques. Les prix, déjà élevés, explosent sur le marché de la revente. Lubie éphémère ou nouvelle tendance dans le monde de la course à pied ?

À Londres, le Kényan Sawe a pulvérisé le record du monde avec un chrono de 1 h 59 min 30 s. Il a été suivi de l’Éthiopien Kejelcha, 11 s plus tard. C’est sans parler du fait que l’Éthiopienne Tigist Assefa a elle aussi battu son propre record du monde en parcourant les 42,2 km en 2 h 15 min 41 s.

Quel est le dénominateur commun entre ces trois humains supersoniques ? Ils étaient tous les trois chaussés par Adidas avec son modèle Adizero Adios Pro Evo 3.

Cette chaussure dernier cri, lancée au bout de trois ans de recherche, est la toute première à ce jour dont le poids est inférieur à la barre des 100 grammes (97 grammes pour une taille 9). Pas moins de 80 % des plaques de carbone ont été retirées au profit de deux tiges de chaque côté.

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Tout comme Sawe, l’Éthiopienne Tigst Assefa a aussi établi un record du monde en battant sa propre marque avec des Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 dans les pieds.
Tout comme Sawe, l’Éthiopienne Tigst Assefa a aussi établi un record du monde en battant sa propre marque avec des Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 dans les pieds. REUTERS

Une prévente folle

Quelques milliers de ces chaussures pour gazelles ont été mises en prévente après la course au coût officiel de 500 dollars américains (685 dollars canadiens).

Selon Yahoo Sports, il aurait fallu seulement deux petites minutes pour écouler les stocks. Depuis, c’est la frénésie sur le marché de la revente. Sur StockX, les rares paires disponibles se sont vendues entre 1113 et 3562 dollars canadiens, dans les derniers jours. Certains ont poussé l’audace jusqu’à demander plus de 4400 dollars !

Avis aux intéressés qui ne craignent pas de déplier, la chaussure magique n’est pas encore disponible au Québec pour le moment.

« Je ne sais pas si on va se rendre là. L’un des plus beaux avantages de la course à pied est que c’est accessible à tout le monde, mais ce ne sera plus le cas, éventuellement, si ça continue », a mis en garde Dorys Langlois, entraîneur de nombreux coureurs québécois, lorsque joint dans un camp d’entraînement en Arizona.

« Pour l’instant, non seulement on ne l’a pas, mais le modèle ne nous a même pas été présenté encore. On parle de très petites distributions. Le prix reste un frein », a noté de son côté le propriétaire de la boutique Le coureur nordique, Jimmy Gobeil.

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« Très peu de boutiques à travers le Canada vont avoir le droit d’obtenir ce produit. Il y aura peut-être une boutique à Vancouver, une à Toronto, une à Montréal et nous, qui allons recevoir quelque chose comme 10 à 15 paires. Une fois que c’est vendu, tu n’as pas la possibilité d’en recommander », a-t-il poursuivi.

Jimmy Gobeil est le propriétaire de la boutique Le coureur nordique, à Québec.
Jimmy Gobeil est le propriétaire de la boutique Le coureur nordique, à Québec. Photo Stevens LeBlanc

Pas pour tous

C’est principalement l’argument de l’extrême légèreté qui séduit les adeptes de la course.

« Ce qui est impressionnant, c’est le poids à 97 g. Ce qui s’en approche le plus pour nos athlètes, c’est un modèle à 121 g. Je crois que tous les autres sont presque à 200 g. C’est clair et net selon la science que plus c’est léger au bout des jambes, plus c’est économe pour l’énergie en course à pied », a mentionné Dorys Langlois.

Depuis une dizaine d’années, c’est une véritable course contre la montre que se livrent les différents fabricants pour livrer ce qu’ils appellent les « super chaussures », principalement destinées à l’élite de la course à pied.

En chaussant deux athlètes qui ont négocié un marathon en moins de deux heures, Adidas vient de s’offrir « un énorme coup de marketing qui cogne très fort », selon Jimmy Gobeil.

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Ce dernier tient toutefois à se montrer parfaitement clair sur le fait que tout coureur normal n’a pas à investir ses économies dans cette paire de chaussures.

« Tu n’as pas besoin de ça pour courir, sauf si tu es un jeune coureur d’élite et que l’accès à un soulier comme ça te permet de faire la différence », a-t-il noté.

Pas que les chaussures

Des études ont démontré dans les dernières années que les super chaussures peuvent amener un gain en efficacité de l’ordre de 4 %.

« Il faut quand même faire attention. Est-ce que c’est seulement la chaussure ? Dans le cas des résultats du marathon de Londres, c’est sûr que les conditions étaient parfaites. Le peloton était excellent. Les deux coureurs dont on parle ont aussi réussi à prendre jusqu’à 120 g de glucides à l’heure. Les techniques d’alimentation ont connu de grandes avancées. Ce sont tous des facteurs à considérer aussi », a prévenu Dorys Langlois.

Un modèle qui n’est pas conçu pour durer

MEGA/WENN
MEGA/WENN

Sachez que, même si elles risquent de créer un petit trou dans votre budget, les nouvelles chaussures magiques d’Adidas ne sont clairement pas faites pour vous permettre d’avaler des kilomètres et des kilomètres d’asphalte.

Ce n’est évidemment pas un secret pour les athlètes de pointe ou pour les mordus de la course à pied qui s’y connaissent, mais le coureur du dimanche qui s’imagine que ce nouvel achat dispendieux compensera par sa durabilité se met un doigt dans l’œil.

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Plusieurs sources dans le milieu parlent d’une durée de vie d’une centaine de kilomètres à peine, ce qui est bien en dessous de la durée de vie de la vaste majorité des modèles vendus pour l’entraînement.

« Tu achètes ça pour la performance, pas pour la durabilité. Si tu recherches la durabilité, tu t’achètes un soulier d’entraînement avec un gros caoutchouc, une mousse plus durable », tranche Jimmy Gobeil, de la boutique Le coureur nordique.

Résultats différents

S’il est le premier à affirmer que « cette chaussure d’Adidas, c’est du génie », Gobeil met tout de même en garde monsieur et madame Tout-le-Monde pouvant être tentés par un tel modèle, qui ne répondra pas à leurs besoins.

Et ce, même si la chaussure Adidas Adizero Adios Pro Evo 3 procure apparemment la sensation de « courir pieds nus avec un ressort », selon les mots du fabricant.

« La mousse utilisée est super rebondissante. Pour un athlète comme Sawe, qui court en trois minutes et moins au kilomètre, le temps de contact avec le sol est assez rapide et la puissance au sol est assez forte pour qu’on ait vraiment un effet rebond.

« Quand tu prends un coureur dans la moyenne qui court un marathon en cinq minutes et plus au kilomètre, le temps de contact au sol est trop long. Cette mousse-là est vraiment molle, ce qui fait que ça crée beaucoup d’instabilité. Ça devient un handicap parce que si tu crées beaucoup d’instabilité, la fatigue musculaire va arriver plus vite », a-t-il expliqué.

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QUELQUES RÉVOLUTIONS SPORTIVES QUI ONT ÉCHOUÉ

Le monde du sport a maintes fois vu apparaître des gadgets dernier cri qui annonçaient de grandes révolutions. Si plusieurs de ces jouets à la fine pointe de la technologie ont percé, d’autres ont vite collé aux tablettes. Voici quelques exemples où l’innovation proposée n’a pas séduit la masse.

Halo Sport, 740 $

Ce casque de neurostimulation envoyant des signaux au cortex moteur du cerveau a été testé par plusieurs joueurs de la NFL et de la NBA. Toutefois, l’entreprise a cessé ses activités grand public en 2022.


Zephyr Anywhere, jusqu’à 2000 $

Cette sangle de poitrine très évoluée pour mesurer tout, de la posture à la fréquence cardiaque, a été chérie par les équipes professionnelles et les forces armées. Sans un analyste de données, l’outil a toutefois été jugé trop complexe par le commun des mortels, qui préfère les montres intelligentes.


Masques d’entraînement à l’altitude, environ 150 $

Des salles d’entraînement ont investi de gros montants dans ces équipements visant à simuler l’entraînement en haute altitude. Or, il a été démontré que ces masques ne changeaient rien à l’oxygénation du sang.


Bracelets holographiques, 60 $

Pas aussi dispendieux que d’autres équipements dans cette liste, ces bracelets portés par des athlètes à portée internationale comme Shaquille O’Neal et Cristiano Ronaldo ont généré une immense controverse. La compagnie Power Balance a même dû débourser 57 millions en compensation pour publicité mensongère.

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