Certificats de secourisme bidon: une situation signalée il y a près d’une décennie au ministère de la Famille... qui n’a pas agi
Plusieurs milieux de garde de la grande région de Montréal affirment avoir dénoncé au ministère de la Famille les pratiques de la compagnie Formation et Médi-Soins du Québec


Kathryne Lamontagne
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Le ministère de la Famille a reçu de nombreuses plaintes au cours de la dernière décennie visant l’entreprise montréalaise qui délivre des certificats de secourisme bidon à des éducatrices en garderie... mais il n’a pas agi pour stopper ses activités.
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« Ça fait plusieurs années qu’on signale cette compagnie et [les gens au ministère] ne font jamais rien. Ils n’ont jamais agi », déplore Alexandra Levac, directrice adjointe du bureau coordonnateur Le Hêtre, qui encadre deux CPE et près d’une centaine de garderies en milieu familial, à Laval.
Au cours des dernières semaines, notre Bureau d’enquête s’est entretenu avec les dirigeants de plusieurs milieux de garde de la grande région de Montréal, qui affirment avoir signalé au ministère de la Famille les pratiques trompeuses de la compagnie Formation et Médi-Soins du Québec, dirigée par Toufic Eid.

Notre équipe a été à même de constater le stratagème, en se rendant sur place incognito, en avril dernier. Il n’avait fallu que quelques minutes et une poignée de dollars pour obtenir des accréditations en secourisme et en petite enfance, sans suivre le cours qui y est rattaché (voir encadré ci-dessous).
Enquête en cours
Par courriel, le ministère de la Famille a reconnu que « certaines situations » ont été portées à son attention « ces dernières années » concernant les pratiques de Formation et Médi-Soins du Québec.
Le « cumul de ces informations » lui a permis d’ouvrir une enquête administrative sur l’émission de faux certificats de secourisme, en 2024.
Reste à voir ce que donnera cette enquête. Car le ministère insiste sur le fait que le « cadre légal actuel » ne lui permet pas « d’agir auprès des entreprises qui émettent des certifications », soutient la porte-parole Emanuelle LeBlanc. Pour cette même raison, il ne peut pas non plus demander au réseau de refuser des preuves de formation.
Aucune intervention
Sans action de la part du ministère, certains milieux de garde ont pris la décision de refuser systématiquement toute certification émanant de Toufic Eid.
« Chez nous, ça fait plus que dix ans qu’on ne reconnaît aucune formation qui vient de lui », lance Robert Racine, directeur général du Lieu des petits, qui regroupe quatre CPE à Montréal.
Le bureau coordonnateur Le Hêtre a mis en place la même politique, en 2022.
Organismes recommandés
Des milieux de garde appellent maintenant le ministère à agir et à identifier des organismes officiels pour dispenser les formations offertes au réseau de la petite enfance, et ce, afin d’assurer la qualité des enseignements.
« Tout le monde peut se nommer formateur en petite enfance, ici, au Québec. Ça devient vraiment un fléau », s’insurge Alexandra Levac.

Dans la foulée de nos reportages exposant les pratiques de Formation et Médi-Soins du Québec, le ministère a fait parvenir au réseau une directive mentionnant « qu’en cas de doute sur la formation reçue par leur personnel, ils doivent procéder à une vérification dans leur dossier et, au besoin, demander des preuves supplémentaires ».
La missive ne fait toutefois nullement mention de l’entreprise de Toufic Eid et ne contient aucune mise en garde précise concernant ses activités, déplorent nos sources, qui estiment que le ministère « se déresponsabilise » par son inaction.
Le ministère rappelle qu’il travaille sur un projet de règlement qui permettrait de déterminer notamment les organismes habiletés à dispenser le cours de secourisme.
Toufic Eid, quant à lui, aurait cessé ses activités, évoquant un « problème cardiaque très sévère ».
Notre enquête - quelques minutes et 35 $ pour obtenir une certification
- Deux représentants de notre Bureau d’enquête ont pu obtenir en quelques minutes et en échange de 35 $ chacun deux certificats attestant la réussite d’un cours de secourisme de huit heures, auprès de la compagnie Formation et Médi-Soins du Québec. Or, nos journalistes n’ont jamais suivi cette formation, qui est obligatoire pour tous les éducateurs en garderie ou dans les écoles primaires.

- Lors d’une visite subséquente chez Médi-Soins, une autre de nos journalistes a pu obtenir pour 65 $ un diplôme indiquant la réussite d’un cours de 45 heures sur la petite enfance, sans suivre la formation ni subir aucune évaluation. Ce cours est requis pour exploiter une garderie en milieu familial.
- Des experts ont condamné les pratiques de cette entreprise montréalaise, craignant qu’une telle manière de faire puisse mettre la vie d’enfants en danger. La formation en secourisme permet notamment d’apprendre comment réagir en cas d’étouffement, d’arrêt cardio-respiratoire ou de réaction allergique grave.
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