Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Milan: la politique américaine s’invite sur le perron du stade
Les spectateurs américains s’attendaient à des huées et à un mauvais accueil durant la cérémonie


François-David Rouleau
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MILAN | Avant la cérémonie d’ouverture, l’esplanade du stade San Siro grouillait de partisans venus des quatre coins du monde. Parmi les Suédois, les Hongrois, les Chinois, les Brésiliens, les Autrichiens, les Français, les Italiens et les Canadiens, les ressortissants américains portant les couleurs de la bannière étoilée se demandaient comment leur pays et leurs athlètes seraient reçus quelques heures plus tard. L’accueil fut mitigé.
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Avec les débordements à travers le pays, les deux décès à Minneapolis dans les manifestations contre les agents de l’immigration (ICE) qui ont fait le tour de la planète depuis un mois, la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro et les dérapages de l’administration Trump, qui cherche à acquérir le Groenland, plusieurs Américains rencontrés par Le Journal ont affirmé avoir «la frousse» quant à l’accueil qui sera réservé aux représentants du pays.

Les athlètes des États-Unis ont reçu un chaleureux accueil à Milan jusqu’à ce que soit présenté le vice-président J.D. Vance à l’écran géant du stade. Les applaudissements ont alors viré en chahut dans les hauteurs des deux côtés des gradins.


Qu’on le veuille ou non, bien que les Jeux se disent apolitiques et que les puristes ne veuillent pas mêler les sports à la politique, ils y sont liés. Le contexte géopolitique mondial le rappelle chaque jour. Les diplomates du monde s’alignaient dans la loge du CIO.

Sur l’esplanade, Le Journal a abordé plus d’une vingtaine d’Américains portant fièrement leurs couleurs en soutien aux athlètes... et non à Donald Trump.
«Je suis un peu inquiète qu’on soit hués quand les athlètes entreront dans le stade, car ils méritent leur moment, a indiqué Lisa Lederer, de St. Louis, qui portait une épinglette en soutien aux citoyens du Minnesota. Ils n’ont rien à voir avec Donald Trump, à moins que certains d’entre eux l’aient soutenu publiquement.»

Une bonne affaire
«Je ne suis pas effrayé qu’on soit hués, mais je m’y attends», a soutenu le New-Yorkais Nick Torres, avec son chandail de hockey de Team USA sur le dos.
«Et honnêtement, c’est correct qu’on le soit, car certains d’entre nous, en Amérique, le méritent, a renchéri promptement son amie, Maggie Doherty. Ça fait du bien d’être ici et de démontrer notre fierté en faisant passer le message que nous ne sommes pas tous des trous du cul aux États-Unis.»

Un peu plus loin, un autre groupe ayant fait le voyage depuis la Pennsylvanie croyait aussi que la parade des athlètes à Milan pourrait être plutôt « épicée», mais ne souhaitait pas que les athlètes soient hués.

«Ils ne méritent pas ça. Mais si J.D. Vance est présenté à l’écran en même temps, c’est certain qu’il sera mal reçu», a assuré Jack.
Ce fut le cas...
Pas d’ombrage aux athlètes
En l’absence du président Donald Trump, le v.-p. figurait parmi les dignitaires étrangers présents dans les tribunes du stade San Siro.
Il n’aurait pas fallu que Trump y soit, selon tous les Américains rencontrés et questionnés sur le sujet. Car sa présence aurait créé la folie et porté ombrage aux athlètes.
Mais la présence de J.D. Vance n’est pas mieux perçue.

«Peu importe dans le pays où il se trouve, c’est un trou du cul pareil, a lancé sans retenue Josh Avigad, de St. Louis. Nul besoin, donc, de lui demander ses allégeances politiques!
«C’est exactement ce que je pense de lui, a-t-il ajouté aux côtés de sa conjointe, Lisa. En fait, Donald Trump aurait pu entendre ce que les gens du monde pensaient de lui s’il s’était présenté. Il aurait entendu qu’il défait les principes fondamentaux de notre pays.»
Tensions palpables
Texan ayant déménagé à Porto Rico depuis quelques années pour le travail, Brent Folan a voté pour le Parti républicain aux élections de 2024. Il n’apprécie guère les résultats et le comportement de l’administration qu’il a portée au pouvoir.

«Bien qu’on ne doive pas laisser la politique envahir le sport, qui devrait plutôt unir, nous, les Américains, recevons des commentaires négatifs avec ce qu’il se passe. C’est difficile chez nous, a raconté celui qui a visité sa famille au Texas avant les Fêtes. On sent grimper les tensions et les frustrations.»
À l’embrasement de la vasque olympique, dans un pareil contexte mondial, c’était plutôt difficile de mettre la politique de côté. Bien qu’ils le souhaitaient, les Américains s’y attendaient. L’esprit sportif a été applaudi à Milan tandis que la figure politique américaine a été chahutée.