Cérémonie d’ouverture à Milan: l’harmonie salutaire sur un fond pourri

Jean-Nicolas Blanchet
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MILAN | Ça fait du bien, des Jeux olympiques. Il y a une magie, comme l’a dit haut et fort la présidente du Comité olympique, qui permet au monde de s’unir. C’est la fraternité, le respect, l’amour, les rivaux qui s’enlacent, l’humanité. Pis là... boum, on voit apparaître J. D. Vance.
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Vous avez compris, j’ai assisté à la cérémonie d’ouverture des 25e Jeux d’hiver vendredi à Milan.
C’est vrai que c’est beau de voir tout ça. Le discours de la nouvelle présidente du Comité olympique, l’ex-nageuse Kirsty Coventry, était sublime. «Je suis parce que nous sommes [...], il faut prendre soin les uns des autres», a-t-elle lancé, se référant au terme africain (elle vient d’Afrique) ubuntu.

C’était sous le thème de l’harmonie, notamment pour parler de l’harmonie entre les peuples et les cultures. Même l’actrice sud-africaine Charlize Theron est venue lancer un message à qui de droit pour la paix et l’égalité.
Ramené sur terre
J’étais assez ému. Puis...
D’abord, je me suis rappelé que j’étais en Italie, qui est gouvernée par Giorgia Meloni depuis 2022 avec son parti, Les Frères d’Italie.
C’est un parti d’extrême droite issu du postfascisme. Meloni est contre le mariage homosexuel et l’avortement. Elle encourage fortement les valeurs traditionnelles. Son parti est aussi plutôt actif contre l’immigration. Et Meloni est adorée en Italie.
Ensuite, j’ai vu J. D. Vance à l’écran, quand les Américains ont été présentés. Il a été hué chaudement.
Bref, cette belle harmonie, ça reste comme un morceau de tapisserie pour cacher un mur pourri. Ça fait du bien, mais on se rappelle vite l’illusion dans laquelle on se laisse bercer. Ce n’est pas nouveau quand ce sont les Jeux, mais c’est ce qui m’a frappé le plus.
Un peu plate
Bon, sur un ton plus léger, je n’ai pas vraiment capoté sur la cérémonie. Je n’ai aucune compétence en critique de spectacle. Mais ma blonde m’a dit: «Jean-Nic, tu ne peux pas penser voir ta Céline chanter sur une tour à toutes les cérémonies d’ouverture.»
Elle a raison. Mais cette cérémonie m’a rappelé à quel point celle de Paris, qui n’était pas dans un stade, était incroyable. Peut-être que le fait d’avoir fait ça sur plusieurs sites n’a pas aidé.
J’aime tellement la musique italienne. Évidemment, Andrea Bocelli, c’est un dieu. Mais j’aurais mis plus de bonnes vieilles chansons italiennes au lieu du long techno plate. À Paris, ils n’étaient pas gênés de mettre Les Rita Mitsouko. À Milan, j’aurais pris du Toto Cutugno.
L’arrivée comme une reine de Mariah Carey, qui chantait Volare, était quand même géniale. J’avais déjà cette chanson dans la tête, qui me fait tomber dans la lune. Ça va rouler encore un méchant bout.
Un stade laid que j’adore
Ce qu’il y avait de vraiment fascinant par contre, il fallait être sur place pour le comprendre.
Ça se passait au stade San Siro. Pour les chanceux qui y sont déjà allés, désolé, mais je dois partager ça avec les autres.
C’est là où évoluent deux clubs mythiques de soccer: l’AC et l’Inter de Milan.
Le stade a été construit en 1926. C’est ÉNORME. C’est un monstrueux bloc de béton qui domine tout dans ce secteur de Milan.
Moi, c’est le genre de stade que j’adore. C’est vieux, ça sent l’histoire. Les Italiens l’adorent aussi.
Mais c’est tellement dégueulasse. Ça ne marche plus du tout. Tous les tuyaux sont en train de péter. Ça sent beaucoup les boules à mites. Les toilettes coulent. Même que dans certaines salles de bains, c’est un trou au sol au lieu d’être une toilette.
Heureusement, même si ça fait de la peine à beaucoup de gens, c’est le chant du cygne pour San Siro. Tout sera démoli d’ici 2031.
Mais je me sentais quand même choyé d’être à l’endroit où Bob Marley a fait l’un de ses plus gros spectacles en 1980. Il y avait plus de 100 000 personnes.
En fait, je me sens tellement choyé, juste d’assister à tout ça.
Beau à voir
Je ne sais pas si ça vous rend un peu émotif comme moi, mais j’adore voir la tête des athlètes lorsqu'ils arrivent, avec leur sourire fendu jusqu’aux oreilles. J’essaie un peu de me mettre à leur place et j’imagine à quel point ils sont heureux d’avoir tout mis sur pause dans la vie pour réussir à vivre un moment comme ça. Et ç’a marché!
Les Jamaïcains qui arrivaient en dansant étaient fantastiques. C’est le fun de voir que les athlètes n’arrivent plus comme des robots, qu’ils laissent aller leur trop-plein de bonheur. J’aime ça.
Soyons fiers aussi. Le Canada fait partie des pays qui ont reçu la plus belle ovation. C’est impressionnant de voir une aussi grosse délégation. On est imposants. Ça sonne comme le slogan des Raptors de Toronto, qui l’est devenu pour tout le Canada: «Nous sommes le Nord». Pour montrer que nous, l’hiver, on s’en occupe!