Cent ans de rivalité: 1988, l’année de la délivrance pour Bourque et les Bruins


Jonathan Bernier
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C’est la même chose chaque fois qu’on demande à un ancien Bruins des années 1980 quel est son meilleur souvenir de la rivalité. La réponse est toujours instantanée: la victoire de 1988.
Ce printemps-là, en finale de la division Adams, les Bruins avaient éliminé le Canadien, mettant ainsi fin à une domination de 45 ans du Tricolore. Avant cette victoire, les Bruins avaient baissé pavillon 18 fois de suite, entre autres lors de chacun des quatre mois d’avril précédents.
Parler d’une délivrance n’est pas trop fort.

«Pour la première fois en cinq ans, ma femme et moi, on a passé un bel été, a raconté Raymond Bourque, joint au téléphone, il y a quelques jours. On est tous les deux originaires de Ville Saint-Laurent. Tous les étés, on revenait à Montréal et je me faisais dire la même chose: “Ouin. Vous avez encore perdu.”»
«Cette fois-là, ça avait été plutôt tranquille», a-t-il poursuivi, un sentiment de satisfaction toujours présent dans la voix, même 26 ans plus tard.
Bourque, alors co-capitaine des Bruins avec Rick Middleton, est d’avis que toutes ces années d’insuccès avaient créé un certain blocage psychologique chez les Bostoniens. Comme une barrière qu’ils n’étaient pas en mesure de franchir chaque fois que leur chemin croisait celui du Canadien.
«Quand ça fait 18 séries de suite que tu perds, il y a assurément quelque chose qui est là et qui, mentalement, fait un effet, a affirmé Bourque. D’ailleurs, lors de cette série-là, on avait perdu le premier match par un gros pointage [5 à 2]. Le lendemain, ça n’avait pas été beau dans le meeting.»
Cultiver la haine
Les Bruins ont remporté les quatre matchs suivants et ont poursuivi leur route jusqu’en finale de la Coupe Stanley, où ils se sont fait balayer par les Oilers.
Au moins, la malédiction était brisée. D’ailleurs, Bourque ne perdra qu’une seule de ces cinq autres confrontations (en 1989) contre le Canadien en séries éliminatoires.
«Ça nous a relancés», a-t-il convenu.
Mais la haine viscérale ne s’est pas estompée pour autant.
«Il y a une grande notion de respect dans le sport. Mais je pense que ça prend une forme de haine pour être capable de passer à travers certaines épreuves. Et la haine, ça se crée souvent quand il y a un manque de succès.»
Comme, par exemple, une disette de 45 ans.
Changer son fusil d’épaule
Bourque a grandi en admirant le Canadien et en détestant les Bruins. Il se rappelle à quel point il était heureux lorsque le Tricolore a éliminé la troupe de Don Cherry, au printemps de 1979. Alors qu’il se trouvait à deux pas du Forum, le jeune homme de 18 ans avait célébré intérieurement en apprenant la nouvelle.
«J’étais allé voir la finale de la Coupe Memorial à l’Auditorium de Verdun. Je devais prendre l’autobus pour retourner chez moi. Quand je suis passé en avant du Forum pour prendre mon transfert, je me suis dit: “Yes! On les a encore battus!”»
Il était loin de se douter que son allégeance allait changer à tout jamais moins de trois mois plus tard. Le 9 août, les Bruins, avec la neuvième sélection au total, faisaient de Bourque leur premier choix.
«Quand j’ai mis les pieds dans le vestiaire pour la première fois, au camp d’entraînement, c’est là que j’ai compris la rivalité de l’intérieur, a raconté Bourque. J’ai vu l’effet que la défaite avait eu sur eux. Les joueurs en parlaient encore. Ça leur avait pris un bout de temps pour s’en remettre.»
Disons que ça avait aidé le défenseur à rapidement se mettre dans le bain.
«Je n’étais plus le ti-cul de Saint-Laurent. Je m’en allais à Boston avec une nouvelle mission.»
Celle de haïr le Canadien.