Washington n’est plus la même. La Maison-Blanche a changé. L’ambiance est différente. Donald Trump, même assis dans le Bureau ovale, continue de se voir comme un bâtisseur, un « génie créateur stable », pour le paraphraser. Peu importe ce que tout le monde en dit.
Le gala « UFC Freedom 250 » d’arts martiaux mixtes dimanche symbolise, à lui seul, l’indifférence du président à l’égard de ce qu’on peut penser de lui. Déjà, l’habitude s’était imposé de décrire son second mandat comme un cirque. L’immense structure métallique construite dans les jardins sud de la Maison-Blanche a concrètement transformé la résidence présidentielle en place de carnaval.
Le défigurement du complexe avait déjà été bien entamé par la démolition de son aile est pour y installer une monumentale salle de bal, au mépris des critiques d’architectes et d’historiens et de l’avis de milliers de Washingtoniens scandalisés.
La vanité comme source d’inspiration
Il a fait repeindre en bleu, sans permission ni appel d’offres, la célèbre « Reflecting Pool » devant le mémorial en hommage à Abraham Lincoln. Il s’obstine à vouloir faire ériger un immense arc de triomphe sur le chemin menant au cimetière d’Arlington, en dépit de l’opposition d’anciens combattants qui y dénoncent un manque de respect envers les militaires tombés au combat.
De longues bannières à son effigie ont été installées sur plusieurs édifices fédéraux, y compris le siège du département de la Justice. Elles sont omniprésentes dans les pays autoritaires, mais de mémoire, personne n’a rien vu de semblable dans la capitale américaine. Et au diable, l’indépendance de la justice !
Du geste à la parole
Ce n’est souvent plus du détachement, mais de l’insensibilité. Son « I love inflation » dans le Bureau ovale cette semaine rivalisait en désinvolture avec son aveu le mois dernier – « Je ne pense pas à la situation financière des Américains. Je ne pense à personne. Je pense à ne pas laisser l’Iran se doter de l’arme nucléaire. » – lorsqu’interrogé sur les difficultés de nombreuses familles face à la hausse du prix de l’essence.
Il persiste à affirmer qu’il a perdu l’élection présidentielle de 2020 par la fraude, malgré des enquêtes et vérifications qui lui donnent tort. Et tant pis pour l’apparence flagrante de favoritisme envers ses partisans : il a continué de pousser l’idée de créer un fonds de près de 1,8 milliard de dollars – « Anti-Weaponization Fund » – dans une absence totale de transparence.
La question, en fait, n’est peut-être plus de savoir ce que Donald Trump pense des Américains, des experts ou de ses détracteurs. La réponse semble évidente : pas grand-chose. Il s’agit maintenant de surveiller jusqu’où un président convaincu d’avoir toujours raison peut remodeler les institutions, les symboles et même le paysage à son image. À voir ce que Washington est en train de devenir, nous avons un début de réponse.

