Ce que veut Pékin de la visite de Donald Trump
AFP
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Les présidents américain et chinois tiendront la semaine prochaine un sommet très attendu sur fond de tensions globales généralisées. Malgré les urgences et les enjeux de long terme, Pékin devrait se contenter d’acquis concrets, même modestes, anticipent les experts.
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Que veut la Chine ?
La guerre avec l’Iran risque de projeter son ombre sur la rencontre de Donald Trump avec Xi Jinping. Mais après des mois de confrontation commerciale et stratégique consécutive au retour de M. Trump à la Maison-Blanche en 2025, la Chine cherchera surtout des progrès tangibles prolongeant la dynamique de la trêve conclue par les deux leaders en octobre, estiment les analystes.
La Chine aimerait remettre à plat les relations entre les deux grandes puissances, mais sait que c’est improbable en l’état actuel, souligne Benjamin Ho, professeur à l’École d’études internationales S. Rajaratnam à Singapour.
Le cessez-le-feu commercial d’un an convenu en octobre a fortement réduit des taxes douanières qui avaient atteint 145 % de la part des Etats-Unis sur de nombreux produits chinois. L’objectif chinois sera, a minima, d’en prolonger les termes.
« Ce dont la Chine a besoin, c’est que Donald Trump honore sa promesse de dialogue, avec au moins quelques résultats concrets », affirme Yue Su, analyste du cabinet Economist Intelligence Unit (EIU).
Pékin se satisferait d’une baisse des droits de douane américains, en échange d’un assouplissement mesuré de ses propres restrictions visant les États-Unis, dit-elle.
Quelle place pour l’Iran ?
La question iranienne sera difficile à éviter, mais la Chine ne souhaite pas pousser trop loin la conversation à ce propos, disent les analystes.
« Les États-Unis ont déjà accentué leur pression avant le sommet en visant les liens économiques sino-iraniens », note Lizzi Lee, de l’Asia Society Policy Institute basé aux États-Unis.
M. Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 50 % sur les produits chinois en cas d’aide militaire à l’Iran, que Pékin conteste.
Partenaire économique et politique de l’Iran, principal importatrice de son pétrole, fortement tributaire du commerce international, la Chine est directement concernée par la crise au Moyen-Orient. Elle a cependant fait preuve de retenue dans ses critiques contre les États-Unis et dans son soutien à Téhéran.
Mais elle n’acceptera pas les injonctions américaines au sujet de l’Iran, un dossier sur lequel elle « peut avoir une certaine influence mais pas le pouvoir de trancher », souligne Yue Su.
Pékin a néanmoins dit mercredi son intention de jouer « un rôle plus important » pour tenter de résoudre la crise, en accueillant le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi.
Pour Lizzi Lee, le conflit ajoute « une couche supplémentaire de pression mutuelle », mais le cœur des négociations reste le commerce.
Quels atouts pour Pékin ?
La domination mondiale de la Chine sur les terres rares, fruit de décennies d’efforts, est son levier le plus puissant pour obtenir des concessions américaines, estime Yue Su.
En partie parce que M. Trump accorde « une grande importance » à ces éléments, relève Joe Mazur, analyste chez Trivium China à Pékin.
Selon lui, la Chine pourrait aussi vouloir mettre M. Trump « dans de bonnes dispositions » en annonçant l’achat de produits agricoles américains ou de Boeing. Une délégation du Congrès américain en visite en Chine cette semaine a exprimé le souhait de voir Pékin passer commande de nouveaux appareils de l’avionneur.
Comment Pékin aborde-t-elle la visite ?
La Chine a anticipé l’instabilité générée par M. Trump en diversifiant ses échanges vers l’Asie du Sud-Est et les pays du Sud, tout en renforçant ses liens régionaux, explique Lizzi Lee.
Pékin a en outre affiné ses outils juridiques et réglementaires pour disposer d’un « éventail d’options plus large », souligne-t-elle.
Illustration : le récent blocage par la Chine du rachat par le géant américain Meta (Facebook, Instagram...) de l’agent autonome d’intelligence artificielle Manus (conçu par une start-up chinoise).
Nombre de mesures (diversification des importations énergétiques, électrification, quête d’autonomie technologique) sont néanmoins antérieures au second mandat de M. Trump, souligne Joe Mazur.
« Même si cette rencontre (Xi-Trump) se déroule exceptionnellement bien, elle ne modifiera pas la trajectoire » de la Chine et sa volonté « de rendre son économie moins dépendante des États-Unis », estime-t-il.
Pékin abordera les discussions avec une « confiance mêlée de prudence », selon Lizzi Lee.
La Chine s’estime mieux préparée qu’avant à absorber les pressions et peut jouer sur « le temps long », tandis que M. Trump va au-devant d’élections parlementaires à mi-mandat en novembre qui pourraient changer le visage de sa présidence, dit Mme Lee.
La venue de M. Trump à Pékin devrait par ailleurs être rapidement suivie de celle du président russe Vladimir Poutine.
La séquence enverrait le message que « même après une bonne rencontre avec Trump, le soutien de la Chine à la Russie reste constant », souligne Joe Mazur.
« Cette relation (sino-russe) est extrêmement solide. »