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Ce que Léa Clermont-Dion souhaite pour le futur de ses enfants

Alicia Bélanger-Bolduc

2026-03-05T11:00:00Z

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Léa Clermont-Dion continue de faire de l’engagement social l’une de ses priorités. Entre la nouvelle campagne On s’écoute et son documentaire consacré à Janette Bertrand, présenté dans le cadre de l’exposition Le siècle de Janette, les liens sont nombreux entre ces deux grandes femmes. Entrevue avec celle qui nous pousse, encore et toujours, à évoluer.

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Léa, parle-moi de cette nouvelle campagne On s’écoute.

C’est une campagne qui s’attaque aux discours masculinistes banalisant les violences sexuelles. Nous avons constaté une forte influence de ces discours dans les universités et les cégeps. Avec le ministère de l’Enseignement supérieur, nous avons jugé essentiel d’agir, car plusieurs mythes et stéréotypes circulent sur les réseaux sociaux. Une vidéo d’impact a été lancée, accompagnée d’un guide éducatif destiné aux établissements qui souhaitent déconstruire ces idées. La campagne est aussi appuyée par des influenceurs incarnant une masculinité positive, comme Lambert Drainville et Claude Bégin.

Pourquoi vouloir t’impliquer de cette façon dans cette cause ?

Je suis directrice de la campagne On s’écoute, qui œuvre en prévention des violences sexuelles en enseignement supérieur, depuis 2023. Cette année, j’ai pris davantage de responsabilités : j’ai chapeauté le projet, dirigé la campagne et réalisé la vidéo d’impact.

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Pourquoi avoir choisi d’aborder la montée du masculinisme en particulier ?

Parce que les universités et les cégeps nous ont signalé que c’était un besoin criant. Une statistique révèle que 75 % des jeunes de 15 à 25 ans remettent en doute la crédibilité des victimes d’agressions sexuelles. On observe un recul préoccupant, et plusieurs établissements se sentent démunis. Il est urgent de démystifier cette question avec ouverture, sans antagoniser. On veut que le dialogue demeure possible. Et ce phénomène ne touche pas seulement le Québec ou le Canada : il est mondial.

Un autre de tes projets est l’exposition Le siècle de Janette, qui se poursuit jusqu’en mars. Parle-moi du documentaire qui y est intégré.

L’idée était simple : transmettre la mémoire de Janette Bertrand pour raconter son siècle, celui des femmes du Québec et des mouvements sociaux. Je voulais qu’elle nous parle avec ses mots et son regard, pour créer un vrai legs. L’installation, composée de deux écrans, est très immersive. J’y ai intégré des illustrations et des archives fortes en émotion. Le tout se déploie dans un cadre sobre, sur fond noir, avec Janette, dans une grande simplicité formelle. L’expérience est presque hypnotisante.

Quelles conversations privilégiées as-tu eues avec elle ?

Janette s’intéresse profondément aux autres. Elle est d’une générosité rare, curieuse de la vie intime et du cheminement des gens. Nos échanges, amorcés il y a plusieurs années, sont à la fois politiques et personnels. Parfois, j’ai l’impression de discuter avec une femme de mon âge tant nos affinités sont grandes... puis je me rappelle qu’elle a 100 ans ! Mes enfants l’ont rencontrée au lancement de l’installation. Ils étaient très impressionnés de rencontrer « la femme de 100 ans »! (rires) C’est un immense privilège de partager ce lien avec elle.

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Valerie Blum / ECHOS VEDETTES
Valerie Blum / ECHOS VEDETTES

Aimerais-tu devenir la Janette Bertrand de ta génération ?

Je n’aurai jamais cet objectif ! Mais si je pouvais avoir un peu de son humanité, je serais déjà comblée. Elle m’inspire par sa simplicité, sa clarté, sa conviction et son ouverture d’esprit. Elle continue de s’interroger sur le monde, sur les changements sociaux, et ne s’arrête jamais.

Comment réussis-tu à garder ton équilibre en militant sur des sujets si lourds ?

Je ne suis pas sombre dans ma vie de tous les jours, et c’est important pour moi de rester ainsi. Je prépare un livre collectif intitulé Parlez-moi d’amour, qui aborde justement ce thème. C’est une façon d’éviter de sombrer dans la noirceur. Des projets comme Le siècle de Janette m’apportent aussi beaucoup de lumière. Si je ne faisais que des projets lourds, je serais probablement déprimée. Je pratique également le yoga, qui me recentre. L’équilibre est essentiel.

Comment éduques-tu tes enfants, en tenant compte des combats que tu mènes et de l’incertitude du monde à venir ?

Je les implique dans certains événements, comme le lancement de l’exposition. Ça ouvre la discussion. Ils voulaient comprendre pourquoi Janette était connue, pourquoi elle voulait changer le monde. Pour expliquer l’injustice entre les garçons et les filles, je donne des exemples simples : si mon fils pouvait aller à l’école, mais pas sa sœur, comment se sentirait-il ? Il répond qu’il serait triste. Je leur raconte que, du temps de Janette, les femmes n’avaient pas les mêmes droits ni les mêmes possibilités. Je plante des graines, sans endoctrinement. Je leur fais confiance pour comprendre les enjeux.

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Quel serait ton rêve absolu pour eux ?

Qu’ils soient heureux et qu’ils fassent ce qu’ils aiment. J’aimerais qu’ils conservent une conscience sociale et deviennent de bons citoyens, mais je ne forcerai jamais rien. Le monde actuel est parfois effrayant. Je souhaite simplement qu’ils vivent dans une société plus habitable et tolérante.

Ce n’était pourtant pas la vie que tu avais imaginée.

Je ne pensais pas nécessairement avoir des enfants. Ce n’était pas dans mes plans. Aujourd’hui, ils sont mon plus grand bonheur. Ils m’aident à rester positive et m’apportent une précieuse légèreté.

D’où vient ton désir d’engagement ?

Il a toujours été en moi. Je ne sais pas exactement d’où il vient, mais il est profondément ancré dans mon cœur. L’étincelle s’est allumée en écoutant une entrevue de Françoise David. Je l’ai appelée par la suite, et nous sommes allées prendre un café. Très tôt, je me suis demandé pourquoi j’étais née dans une société où je pouvais faire ce que je voulais, alors que ce n’est pas le cas partout ni à toutes les époques. J’ai pris conscience de ma chance.

Tu as aussi un déménagement prévu. Pourquoi ce changement ?

Oui, la maison est officiellement vendue. Tout s’est fait très rapidement. Il n’y a pas de raison particulière, mais je préfère garder cet aspect de ma vie plus discret.

Quels sont tes prochains projets ?

En plus du collectif Parlez-moi d’amour et de mon balado On se livre, un autre livre paraîtra cet automne : Le silence des filles, qui aborde justement la question du masculinisme.

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