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Ce que Florent Vollant a du mal à accepter

Sabin Desmeules

2025-08-21T10:00:00Z

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Il aurait pu mal tourner. Florent Vollant n’ose même pas penser à ce qu’aurait été sa vie sans la musique! Aujourd’hui, il se raconte dans un documentaire. Il a eu envie d’emmener le public au sein de sa communauté innue, dans son univers, de dire qui il est... et de rappeler qu’il est toujours vivant!

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Il y a trois ans, le chanteur a demandé à une amie cinéaste, Isabelle Longnus, de le suivre chez lui, auprès des siens, avec une caméra. Cela a donné le film documentaire Florent Vollant: Innu. «Je m'ouvre. Je présente ma famille, mon territoire, mon avenir. Je montre d’où je viens, ce que je fais, ce que je veux faire...», explique Florent.

Il a dû convaincre ses proches de se laisser filmer. «Mes parents et ma famille ne sont pas ouverts à ça, admet-il. Ma famille me dit souvent: “C'est ton affaire à toi, pas à nous. Si tu veux nous présenter, eh bien, on se présente, sans plus.” Ils ne m'ont pas laissé entrer dans leur intimité comme je l'aurais voulu. C'est des gens qui sont... comment on dit ça? Qui sont un peu restreints. Beaucoup, je dirais, même. Puis, ils ont leur monde à eux. Moi, je fais partie de leur monde, mais eux ne font pas partie de mon monde à moi!» Ils sont pourtant très fiers de ce que Florent a accompli. «Mes enfants, ma femme et mes petits-enfants sont très fiers de ça. Ils me laissent aller, ils m'encouragent, ils me soutiennent, et je l’apprécie.» Il admet qu’il leur doit énormément. «Ils m'ont laissé partir, et c'est ce que j'apprécie. Ils m'ont laissé faire. Je rêvais en couleurs et ils ne m'ont pas réveillé.» Il ajoute: «Mes enfants, eux, aiment beaucoup la musique. Ils aiment beaucoup ce que je fais, mais ils ne se mêlent pas de mes affaires.» D’ailleurs, l’un de ses enfants, Mathieu Mckenzie, évolue dans le milieu de la musique. «Il fait ses affaires à lui, il a son band, sa musique. Des fois, il s'arrête et vient me voir pour me poser une question. Sur le plan professionnel, en ce moment, il me donne un coup de main. Mais il a sa propre carrière.»

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La solitude

L’artiste regrette-t-il d’être souvent parti loin des siens, pour de longues périodes? «Je n’ai jamais eu de regrets. J’ai quand même fait ce que j'avais à faire, comme il faut. Je pense que ça s'est bien passé. Des regrets, je dois sûrement en avoir... Il faudrait que je m'arrête pour penser à tout ça. Mais, pour le moment, non. Jusqu'à maintenant, j'ai eu du succès, puis ma famille était toujours là, près de moi. Quand j'avais mal, quand j'ai souffert de solitude et que je revenais à la maison, ils étaient là pour m'accueillir. J’apprécie beaucoup leur aide.»

Oui, malgré l’immense succès de Kashtin et les foules qui étaient au rendez-vous, et malgré qu'il était constamment entouré, Florent a vécu beaucoup de solitude... «À l’époque de Kashtin, c'était difficile à vivre... Parce qu’après l’intensité vécue avec les gens, sur scène, on se retrouvait seuls.» Des moments de solitude, il y en a encore. «Quand je pars sur la route, je suis avec une gang, mais ce n’est pas ma famille.»

Sauvé par la musique

Dans le film, Florent déclare que la musique l’a aidé à devenir quelqu'un. Autrement, il aurait pu mal tourner. Songe-t-il parfois à ce qu’il serait devenu sans elle? «J'aime autant ne pas y penser, répond-il tout de go. Sans la musique que j'ai faite, sans toute cette période-là, je pense que je serais mal pris! J'ai réalisé un rêve à travers ce que j'ai fait, à travers la musique, à travers les amis de la musique... Et ma famille a réalisé quelque chose aussi parce que, des fois, j’ai pu les emmener avec moi. Sans la musique, tout ça n'existerait pas. Je ne veux pas imaginer ma vie sans musique. Ce serait difficile.»

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La folle période de Kashtin

Le documentaire revient sur l'immense vague d'amour et l'hystérie collective que le groupe Kashtin a suscitées dans les années 1980 et 1990. Pour n'importe qui, il aurait été difficile de garder les pieds sur terre. Quel regard Florent porte-t-il sur cette période très intense de sa vie? «C’était étourdissant! On n’arrêtait pas. Kashtin, ç’a duré des années, et c’était très intense, admet-il. On a dû suivre ce rythme-là pendant des années, et on a bien fait ça. On a surfé sur notre succès pendant un bon moment.» Au-delà des petits désagréments, il y a eu un immense bonheur! «On a bien aimé ça. On a beaucoup apprécié cette période.»

Et l’amitié, dans tout ça?

L’amitié entre Florent Vollant et son comparse de Kashtin, Claude McKenzie, a-t-elle survécu? Un long silence s’installe lorsqu’on lui pose la question. Florent réfléchit. «Entre moi et Claude, c’est devenu autre chose que de l’amitié», confie-t-il. Il fut un temps où leur lien était fort. «On a déménagé dans la même communauté. On a passé des années ensemble, à jouer, à travailler... On a vécu des choses parfois difficiles, mais on est revenus l’un vers l’autre parce qu’on avait des choses à faire. C’était plus fort que l’amitié: c’était fraternel. Kashtin, c’était ça.» Florent est heureux d’avoir vécu cette aventure avec Claude.

Besoin des autres

En avril 2021, l’artiste a été victime d’une hémorragie cérébrale qui aurait pu lui coûter la vie. «J’ai pensé à la mort, mais ça ne m’a pas fait peur: je n’ai pas peur de la fin.» Cet accident, qui lui a coûté sa mobilité et sa motricité, a transformé son existence et sa façon de voir la vie. «C’est sûr que ç’a changé des choses. Tout est plus lent pour moi, parce que j’ai perdu la moitié de mon corps. J’ai une jambe et un bras qui ne répondent plus de la même manière. J’étais déjà lent, alors imaginez-moi encore plus lent!», note-t-il. «Ça me demande beaucoup, mais je fais ce qu’il faut. Je chante et je fais encore de la musique. J’ai vécu lentement, ces dernières années, mais j’arrive à faire ce que j'aime. Je ne suis pas pressé. Je ne suis en manque de rien. Je suis avec ma famille en ce moment. Souvent, je suis tout seul et je m’en tire bien. Je ne suis pas mal pris.» Mais, à travers cette épreuve, Florent a dû accepter d’être parfois aidé par les autres. «J’ai de la misère à accepter que des gens me viennent en aide. Dans ma nature, je suis plus un aidant qu’un aidé. J’ai beaucoup aidé ma famille et, là, c’est le contraire. Je l’apprécie, ils sont toujours là, ils savent de quoi j’ai besoin... Je n’ai pas besoin de grand-chose, dans la vie, précise-t-il. J’ai ma musique, des musiciens autour de moi... Je suis très heureux de ce que je vis en ce moment. J’en profite et je profite de la vie.»

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Une grande liberté

Tout au long de son existence et aujourd’hui encore, Florent Vollant a toujours été habité par un sentiment de liberté. «Ce qui est bien, c’est que ma famille et ma communauté m’ont laissé faire. J’ai grandi comme ça, et c’est de cette manière-là que j’ai créé: en faisant ce dont j’avais envie. Des fois, je me trompais et je recommençais. On avance, on se trompe, on recommence... et parfois, on trouve!, constate-t-il. Dans mon monde à moi, il y a une grande liberté. Et cette liberté, j’aimerais que les gens la ressentent en voyant le film.»

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