Tous les résultats
Publicité

«Comme le jour de la marmotte»: cet ex-joueur des Alouettes qui a oublié tous ses souvenirs du passé à la suite d'un accident mérite mieux que les oubliettes

Terry Evanshen portait le numéro 25 avec les Alouettes de Montréal. Il a notamment gagné la Coupe Grey avec l’équipe, en 1970.
Terry Evanshen portait le numéro 25 avec les Alouettes de Montréal. Il a notamment gagné la Coupe Grey avec l’équipe, en 1970. Photo d’archives
Photo portrait de Benoît Rioux

Benoît Rioux

2025-09-14T04:00:00Z

Partager

Chaque matin, Terry Evanshen enfile fièrement sa bague de la Coupe Grey remportée avec les Alouettes en 1970. Chaque matin, ce Montréalais ne se souvient toutefois pas de ses exploits réalisés comme receveur de passes dans la Ligue canadienne de football.

«Il le sait, qu’il est un champion de la Coupe Grey, parce qu’on lui a dit», résume sa fille aînée, Tracy Evanshen, lors d’une touchante entrevue accordée au Journal.

Aujourd’hui âgé de 81 ans, Terry Evanshen pose sur cette photo avec Sheppard, le chien de sa fille Tracy.
Aujourd’hui âgé de 81 ans, Terry Evanshen pose sur cette photo avec Sheppard, le chien de sa fille Tracy. Photo fournie par la famille Evanshen

Evanshen venait d’avoir 44 ans le 4 juillet 1988, quand sa voiture a été emboutie par un autre véhicule ayant grillé un feu rouge dans la région d’Oshawa, en Ontario. Ont suivi une intervention chirurgicale à la tête, des semaines dans le coma et... l’oubli de tous ses souvenirs du passé.

«Il est une inspiration, mais c’est parfois difficile de penser qu’il s’est en quelque sorte oublié, d’ajouter Tracy. C’est notre travail, à la famille, de s’assurer que son histoire perdure.»

Publicité
Au Temple de la renommée

Aujourd’hui âgé de 81 ans, Terry Evanshen habite toujours à Oshawa avec sa femme, Lorraine, dont le nom de fille est d’ailleurs Galarneau. Originaire du quartier de Pointe-Saint-Charles, à Montréal, il est membre du Temple de la renommée du football canadien. Evanshen a aussi été intronisé au Panthéon des sports du Québec en 2002, en même temps que l’ancien joueur du Canadien Yvan Cournoyer. Autrement, pour bien des Québécois, il a été relégué aux oubliettes, comme ses propres souvenirs.

Le nom d’Evanshen a refait surface plus tôt cette année, quand son record de 10 matchs consécutifs avec un touché a été menacé par l’Américain Eugene Lewis, du Rouge et Noir d’Ottawa. Ce sont d’ailleurs les Alouettes qui, dans une victoire de 39 à 18 obtenue le vendredi 13 juin à Ottawa, ont empêché Lewis d’égaler Evanshen.

Le Montréalais portait les couleurs des Stampeders de Calgary en 1967 et 1968, lorsqu’il a réalisé son exploit. Sa meilleure saison dans la LCF fut d’ailleurs celle de 1967, durant laquelle il a inscrit un total de 17 touchés et récolté 1662 verges de gains par la passe en 16 matchs. Encore une fois, Evanshen n’a aucun souvenir de tout ça.

Terry Evanshen, dans l’uniforme des Alouettes de Montréal, est pourchassé par le demi défensif Paul Williams, des Blue Bombers de Winnipeg, sur cette photo prise au début des années 1970.
Terry Evanshen, dans l’uniforme des Alouettes de Montréal, est pourchassé par le demi défensif Paul Williams, des Blue Bombers de Winnipeg, sur cette photo prise au début des années 1970. Photo d’archives

«Il était mon héros et il est devenu un fantôme, laisse spontanément tomber sa fille Tracy, qui avait pour sa part 18 ans au moment de l’accident. À la sortie de son coma, il ne se souvenait plus qu’il avait été un joueur de football. On lui montrait des vidéos, et il disait que ce n’était pas lui. Étrangement, il se souvenait toutefois de nombreux règlements du football.»

Publicité
Cérémonie miraculeuse

Parmi les plus touchants souvenirs reliés à son père, Tracy cite une cérémonie tenue sur le terrain à Hamilton au cours de laquelle Evanshen a été honoré pour sa carrière dans la LCF.

«C’était après l’accident, et ma mère ne voulait pas trop que papa participe à cette cérémonie au cours de laquelle on devait symboliquement lui lancer un ballon de football pour qu’il l’attrape, se remémore Tracy. J’avais essayé d’entraîner mon père dans la cour derrière chez nous.»

Or, à chaque fois que le ballon était lancé à Evanshen, l’objet frappait sa poitrine et tombait directement au sol. Jusqu’au jour de la cérémonie où, devant des milliers de partisans, Evanshen avait curieusement attrapé le ballon, comme si son instinct avait repris le dessus.

«C’est un peu comme le jour de la marmotte»

L’ancien joueur de football Terry Evanshen a une routine quotidienne bien établie depuis l’accident qui lui a fait perdre la mémoire, en 1988, soit il y a 37 ans.

«C’est un peu comme le jour de la marmotte», illustre sa fille aînée, Tracy, faisant allusion au célèbre film mettant en vedette l’acteur Bill Murray au cours duquel le personnage principal se réveille continuellement la même journée.

Photo d’archives, JEAN-LOUIS BOYER
Photo d’archives, JEAN-LOUIS BOYER

En juin dernier, pour la fête des Pères, Tracy a justement opté pour une œuvre cinématographique au moment de lui choisir un cadeau.

Publicité

«Je lui ai acheté le film A Fish Called Wanda, avec Jamie Lee Curtis. C’est un film qu’il écoutait souvent, il y a plusieurs années, raconte-t-elle. Il l’a visionné immédiatement après l’avoir reçu et il riait aux mêmes scènes qu’à l’époque.»

Selon sa fille, Evanshen pourrait regarder ce même film une fois par jour et rire encore aux mêmes scènes. C’est du moins ce qu’il fait avec les livres, il lit toujours les mêmes, qui traitent, pour la plupart, d’histoire et de certaines conquêtes militaires.

Lorraine: le roc de la famille

À propos de la littérature, le parcours de cet ancien joueur de football a fait l’objet d’un livre intitulé The Man Who Lost Himself, publié par la défunte journaliste et auteure ontarienne June Callwood. On y relate la lutte d’Evanshen, de sa femme, Lorraine, et des autres membres de la famille après l’accident de 1988.

«Ma mère, Lorraine, est le roc de la famille, qualifie leur fille aînée. Il y a des jours où je me demande comment elle fait. Lui, il l’appelle “le général”.»

«Papa, lui, suit beaucoup les nouvelles et les sports à la télévision, mentionne par ailleurs Tracy. Il aime écouter le golf et, trop souvent, il se chicane avec ma mère.»

Souvenirs de LaSalle

En plus de son accident de la route, Evanshen a subi un AVC il y a cinq ans, ce qui lui provoque des sautes d’humeur. Le couple a par ailleurs vécu le décès d’une autre de leurs filles, Jennifer, à la suite d’un cancer, en 2021.

Publicité

À n’en point douter, la vie a été remplie de défis pour les Evanshen. À travers tout ça, Tracy Evanshen conserve néanmoins de précieux souvenirs de ses propres années passées à LaSalle durant son enfance. Parmi tant d’autres, elle se rappelle encore du goût des hot-dogs vapeur des restaurants Lafleur et La Belle Province. Tracy se rappelle aussi d’avoir vu son père jouer au football.

Qui est Terry Evanshen?

Originaire du quartier Pointe-Saint-Charles, à Montréal, Terry Evanshen a disputé 14 saisons dans la Ligue canadienne de football de 1965 à 1978.

Le receveur de passes a porté les couleurs de quatre équipes différentes dans la LCF, soit les Alouettes de Montréal, les Stampeders de Calgary, les Tiger-Cats de Hamilton et les Argonauts de Toronto. Il a d’ailleurs remporté la Coupe Grey avec les Alouettes en 1970.

Terry Evanshen a porté les couleurs des Tiger-Cats de Hamilton de 1974 à 1977.
Terry Evanshen a porté les couleurs des Tiger-Cats de Hamilton de 1974 à 1977. Photo d’archives

Evanshen a été nommé le meilleur joueur canadien de la LCF à deux reprises, soit en 1967 avec les Stampeders, puis en 1971 dans l’uniforme des Alouettes.

Terry Evanshen a un trophée à son nom dans la LCF, celui remis annuellement au joueur par excellence de la division Est. Eugene Lewis l’a d’ailleurs emporté en 2022, à sa dernière saison dans l’uniforme des Alouettes. Chad Kelly et Bo Levi Mitchell en ont été les plus récents récipiendaires.

Publicité
Publicité