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Carole Martinez s'est inspirée de la pandémie et des fléaux décrits dans la Bible pour écrire son nouveau roman, «Dors ton sommeil de brute»

Les enfants du monde entier font le même cauchemar

L'écrivaine française Carole Martinez a juxtaposé différentes idées comme les épidémies, les troubles du sommeil et les dérèglements climatiques pour créer son nouveau roman, «Dors ton sommeil de brute».
L'écrivaine française Carole Martinez a juxtaposé différentes idées comme les épidémies, les troubles du sommeil et les dérèglements climatiques pour créer son nouveau roman, «Dors ton sommeil de brute». © Francesca Mantovani / Éditions Gallimard
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2024-09-14T07:30:00Z

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L’écrivaine française Carole Martinez, très remarquée pour ses romans Le cœur cousu et Du domaine des Murmures, invite ses lecteurs à entrer dans un univers où se mêlent les rêves et les cauchemars, la nature et le sort incertain d’une planète en pagaille qui sombre dans le chaos. Dors ton sommeil de brute, son nouveau roman, raconte l’histoire d’enfants qui se mettent tous à hurler pendant leur sommeil, où qu’ils se trouvent dans le monde. Comme si les esprits de la nature se mettaient à les hanter. Et à tourmenter la planète entière.

Le nouveau roman de Carole Martinez est publié chez Gallimard et sort en librairie le 11 septembre.
Le nouveau roman de Carole Martinez est publié chez Gallimard et sort en librairie le 11 septembre. © Éditions Gallimard

En parallèle à cette histoire curieuse de rêve collectif, qui touche les enfants du monde par fuseau horaire, en même temps que la nuit tombe, surgit Eva, qui a fui son mari et s’est coupée du monde.

Elle s’est réfugiée dans une cabane avec sa fille, Lucie, et est déterminée à la protéger de ce cauchemar qui frappe partout où il passe. Car les nuits de la planète entière sont marquées par des désordres inconnus.

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Une idée née pendant la pandémie

Comment Carole Martinez a-t-elle eu l’idée de ce fameux Cri qui traverse les murs, se répand dans les rues, remonte des canalisations et fait hurler tous les enfants du monde?

«Pendant la COVID, pendant le premier confinement, je ne dormais plus. J’étais chez moi, en Normandie, et je n’arrivais plus à dormir. Je me suis dit: c’est fou de ne pas dormir à ce point-là!», raconte-t-elle en entrevue.

L’écrivaine a perdu sa mère cette année, emportée par la maladie d’Alzheimer. «Je savais qu’il y avait une relation entre le sommeil et l’Alzheimer. J’avais regardé parce qu’elle était très insomniaque, avant de déclencher l’Alzheimer. Je m’étais dit: pas dormir, c’est une catastrophe! Il va se passer la même chose que pour maman!»

Les événements climatiques extrêmes

Elle a fait ses recherches et eu l’idée d’écrire quelque chose autour du sommeil. «Et puis il y avait ce confinement dans ce lieu isolé, en pleine nature, avec ma fille qui n’est pas une petite fille de huit ans, mais une grande fille qui passait son bac à ce moment-là. Et le fait que la COVID ne touchait pas les enfants.»

Des fléaux très anciens

Elle a donc associé le sommeil, l’épidémie, l’idée qu’une maladie toucherait les enfants, la nature et «toute cette folie humaine qui fait qu’on a perdu une forme d’harmonie». Et l’écoanxiété.

Elle fait remarquer que les apocalypses, les événements catastrophiques, les fléaux... c’est très ancien. «C’est pas juste le cinéma catastrophe qui porte ça: dans la Bible, tu en as. Donc, je suis allée regarder dans la Bible, dans l’Ancien Testament, les fléaux, les événements climatiques extrêmes, tout ce qui peut détruire l’humanité.»

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En relisant l’Exode, elle trouvait incroyable la description d’un Dieu qui veut montrer son pouvoir à tout prix et aller jusqu’au bout pour montrer sa puissance.

«Si jamais on était face à un autre pouvoir, si on parlait de la terre, globalement, est-ce qu’elle irait jusqu’au bout, elle? Est-ce qu’une puissance féminine irait jusqu’au bout? Et c’est parti: j’ai associé à la fois les désordres écologiques, le jusqu’au-boutisme humain complètement fou, le sommeil, l’épidémie des enfants, et cette idée des dix plaies d’Égypte.»

Son lien avec la nature

L’écrivaine, qui a grandi à Paris, fait remarquer que son propre lien, très fort, avec la nature est arrivé tard dans sa vie. «Il y avait le jardin public en bas de la rue, à Paris. Sinon, je faisais pousser des haricots verts et des avocats sur ma fenêtre. La relation à la nature, je n’y ai pas eu droit pendant longtemps. Maintenant, j’habite dans cette petite maison en Normandie et je suis complètement dans la nature. Mais finalement, j’ai découvert ça très tard.»

Dors ton sommeil de brute

Carole Martinez

Éditions Gallimard

Environ 400 pages

En librairie le 11 septembre.

  • Carole Martinez est l’autrice des romans Le cœur cousu, qui a reçu 16 prix littéraires, et Du domaine des Murmures, qui a reçu le prix Goncourt des lycéens 2011.
  • Elle a voyagé pendant six semaines au Québec et fait du canot-camping dans la Réserve faunique de La Vérendrye. «J’ai tout aimé au Québec, sauf la poutine!», dit-elle.
  • Elle adorerait rencontrer ses lecteurs québécois.
«À Alger, à Paris, à New York, dans ces grandes villes où il est déjà passé, le Cri a été enregistré et il ponctue le discours des journalistes, il amplifie tes acouphènes, mais tu l’écoutes quand même. Son côté universel te fascine, pas de langue, pas d’accent, rien d’articulé. Seule son intensité varie en fonction du nombre d’enfants présents. Tous les petits endormis poussent le même hurlement suraigu, garçons et filles, quel que soit leur âge.»
- Carole Martinez, Dors ton sommeil de brute, Éditions Gallimard

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