Canadiens: j'ose parler de séries éliminatoires

Jean-Charles Lajoie
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Le Canadien a désormais disputé 10% de son calendrier 2023-2024, à quelques décimales près.
Huit matchs, dont six à domicile, un seul «dos à dos», une semaine plus éreintante de quatre matchs en six soirs la semaine dernière, comptant toutefois trois des quatre matchs à la maison.
Est-ce que ceci explique cela? Est-ce que ce calendrier favorable jette du discrédit au dossier de cinq victoires contre seulement deux défaites et une autre au-delà des 60 minutes règlementaires du Canadien?
Pas le moins du monde selon moi!
Les plus beaux cadeaux que l’on reçoit dans la vie sont souvent ceux que l’on n’attend pas.
Le CH nous a appris à la dure depuis trop d’années à bien nous gouverner en matière de gestion des attentes.
Nous avons acquis la conviction depuis trop longtemps que chaque année qui commence connaît déjà sa date de péremption, soit le dernier match de la saison régulière.
L’adage le prétend avec justesse : pas d’attentes, pas de déceptions.
Ce qui nous ramène à l’ivresse collective actuelle et à sa pertinence.
Le groupe de Martin St-Louis fonce tête baissée, il ignore la peur... il fait fi des obstacles, il perd des soldats importants, mais quand même, il avance.
Ce groupe y croit, il a confiance... il boit les enseignements de son leader, véritable gourou au sens positif du terme.
Cette équipe, bien que plusieurs puristes peuvent en douter, est coachée. Et elle est très bien coachée!
Évidemment, pas selon les standards du manuel du parfait petit coach de Hockey Canada... mais qui veut encore lire ce manuel en pensant que la bonne marche à suivre y est décrite?
Ce que j’aime le plus de Martin St-Louis, c’est sa force de caractère... c’est cette même force de caractère qui l’animait sur la glace.
Une aussi grande carrière comme joueur actif. Une carrière que personne n’avait vue venir, mais en laquelle il a toujours cru.
Martin est isolé du bruit extérieur. Il entend, mais n’écoute rien de ce qui se dit et s’écrit au sujet de son club ou de sa façon de le diriger...
Il n’en a rien à cirer. Il suit son plan et son instinct, il ne panique jamais, il y croit et ses joueurs le ressentent. Ils sont en première ligne à la guerre pour leur coach aux allures de l’un de leur coéquipier.
Le différentiel de -1 de la Sainte-Flanelle est pour moi la seule ombre au tableau jusqu’ici. Les équipes dans le rouge des buts pour et buts contre ratent les séries éliminatoires 9,5 fois sur 10.
Oh! Sacrilège!! Suis-je vraiment en train de parler de séries éliminatoires? Quel être déconnecté suis-je pour oser placer séries éliminatoires et Canadiens de Montréal dans la même phrase!
Évidemment, c’est de l’ironie. Plusieurs d’entre vous ne veulent pas entendre parler de séries éliminatoires. Certains plus vindicatifs hurlent au loup sur les réseaux sociaux que ce qui se passe est atroce pour le grand projet de reconstruction. Que celui-ci va encore échouer puisque le Canadien ne va pas repêcher top 3 pendant deux ou trois autres saisons et qu’à cause de ça, il va continuer de végéter...
Savez quoi? Je me fous royalement de l’opinion arrêtée et ulcérante de ces tenants de la défaite éternelle qui croient à tort qu’elle apporte champagne en grosse coupe argentée automatiquement.
Chaque saison est un livre en soi. Celui que Martin St-Louis et ses déterminés joueurs sont en train de rédiger jusqu’ici en 2023-2024 est très excitant. Et bien malin qui peut déjà confirmer le titre qui ornera la page frontispice de ce livre... «Un plan suivi à la lettre?», «L’improbable épopée ?» Quelque chose à mi-chemin entre ces deux propositions?
Gérons nos attentes soit, mais ne boudons pas notre plaisir... Le Canadien de 23-24 de Martin St-Louis ne compte vraiment plus beaucoup d’irritants dans sa composition, ce qui le rend vraiment le fun à regarder!