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Canadien de Montréal: en français SVP!

Nick Suzuki
Nick Suzuki Photo d'archives, MARTIN ALARIE
Photo portrait de Sophie Durocher

Sophie Durocher

2024-10-08T23:00:00Z

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«Je ne comprends pas que Nick Suzuki, le capitaine, n’a pas appris le français en cinq ans!»

Non, ce n’est pas un francophone nationaliste revanchard aigri qui a écrit ça. C’est un anglophone. Et en plus, un journaliste de la Montreal Gazette. Et en plus, ce gars, Brendan Kelly, est un type ultrasympathique avec qui je me suis super bien entendue quand il m’a interviewée pour son livre et sa série documentaire.

Conclusion #1: la vie est parfois pleine de surprises. Conclusion #2: il n’y a que le hockey qui peut réconcilier les deux solitudes!

D’ACCORD AVEC UN ANGLO DE LA GAZETTE

Brendan Kelly a tenu pendant huit ans la chronique What the Puck dans la Gazette. Il vient de sortir le livre Le CH et son peuple, aux Éditions de l’Homme. Un documentaire du même nom sera diffusé sur illico+ à la fin octobre.

Kelly a interviewé Paul St-Pierre Plamondon et Biz, de Loco Locass, Jean-Nicolas Blanchet, du Journal, et Alexander Pratt, de La Presse, et plein d’anciens du Canadien comme Serge Savard et Bob Gainey, pour mieux comprendre les liens émotifs, culturels et sportifs qui unissent le CH et son peuple...

Son argument principal: le Canadien de Montréal est une institution culturelle à part entière et pas seulement une équipe sportive comme les autres. Deuxième argument: «Le CH gagne plus souvent s’il y a beaucoup de Québécois dans l’équipe.»

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Je ne connais pas grand-chose au hockey. Mais j’ai dévoré le livre de Brendan Kelly. Car on y parle d’un sujet qui me tient à cœur (au cas où vous n’auriez pas encore remarqué): la préservation du français et son importance cruciale comme critère identitaire des Québécois comme société distincte.

Et là-dessus, Kelly et moi on est 100% d’accord.

Page 18, Kelly s’indigne: «Un soir de mai 2021, l’alignement ne comprenait pas un seul francophone.»

Ce qui est au cœur du livre de Kelly, c’est de souligner cette tension peut-être irréconciliable: alors que «l’équipe possède une identité culturelle distincte», pour les propriétaires de l’équipe, c’est une entreprise privée comme les autres, dont le seul but est d’être le plus rentable possible.

Page 173, Paul St-Pierre Plamondon le résume très bien: «L’identité du Canadien de Montréal a évolué en même temps que la Ligue nationale vers un modèle global d’affaires, tout en délaissant l’ancrage populaire.»

En lisant ce livre, j’ai appris que le comédien Viggo Mortensen, qui parle un français impeccable, a appris la langue de Tremblay en écoutant des matchs du Canadien, commentés par nul autre que René Lecavalier! Et j’ai appris qu’il a tourné plusieurs scènes du Seigneur des anneaux en portant un t-shirt du Canadien sous ses costumes!

WHAT THE PUCK?

Brendan Kelly a écrit en français un livre sur l’importance du français pour le Canadien de Montréal.

Il multiplie les entrevues depuis deux jours (il était avec moi hier à QUB radio) et il s’exprime dans un français impeccable, comme Viggo Mortensen.

Alors si Brendan et Viggo sont capables, pourquoi les joueurs du Canadien ne peuvent pas faire ce petit effort? Cette marque de respect, de culture, d’intégration, de compréhension?

Comme le disent si bien les Loco Locass dans la chanson Le but: «C’est plus qu’un sport / C’est une métaphore / De notre sort».

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